SADOWA ET SEDAN
Unhistorien de l'unité allemande rapporte' qu'à la veille d*entamer la lutte décisive, M. de Bismarck
' Syl)el, loc. cit., II, 147.
^ KlUpfel, ibid., II, 12.
offrit par deux fois sa démission au roi de Prusse : d'abord en 1865, avant la convention de Gastein, puis en mars 186G, quelques semaines avant l'ouverture de la campagne de Sadowa. Non certes que cet énergique esprit reculât devant la responsabilité des événements qu'il avait préparés ; mais il estimait que le procédé le plus simple et le plus prompt pour créer l'Allemagne était d'en appeler au peuple contre l'Autriche en restaurant la constitution révolutionnaire de 1849, et, se jugeant impropre à cette tache à raison de son passé politique, il conseillait à son maître de mettre des libéraux au pouvoir. Etait-ce, chez ce prodigieux autoritaire, aveu sincère de la toute-puissance de l'opinion dans les moments de crise, ou seulement calcul politique? application héroïque de cette maxime, édictée par lui-même, que la révolution est une force dont il faut savoir se servir, ou habile machination pour effraver son souverain en le réduisant à ce terrible dilemme : exclure l'Autriche en s'alliant aux révolutionnaires, ou la chasser en restant Hohenzollern et recourant aux armes ? Quoi qu'il en soit, le roi Guillaume repoussa cette idée ; il était, paraît-il, disposé à garantir à l'Autriche la possession du Vénitien pour acheter son consentement à l'annexion du Schleswig-Holstein
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à la Prusse. M. de lîismarck s'v opposa à son tour : il lie suFHsail j)as de résoudre la (juestion du Selileswijj ; il lallait faire quelque chose pour rAllenîa{}ne ; en s'unissantà TAutriche, on s'interdisait 1 alliance italienne; si le roi ne voulait point de la constitution de 1849, la {juerre était la seule issue. Le Roi céda; il garda M. de Bismarck. C'était la guerre.
Elle éclata en juin, malgré les libéraux prussiens, malgré les lil)éraux allemands, qui y voyaient la ruine de ce qui restait de liberté en Allemagne. Mais auparavant, pour se concilier roj)inion, la Prusse avait eu soin de faire, parvoie d'insinuation légale, ce que son roi n'avait point voulu faire par voie d autorité révolutionnaire : le 9 avril 1866, puis dans une note détaillée du 11 mai, elle avait proposé à la diète un [)rojet de constitution fédérale qui ressemblait fort, sauf l'omnipotence parlementaire, à la constitution de 1849. La diète avait dédaigneusement répondu à cette offre impudente de suicide par persuasion; en défiance de la Prusse, l'opinion s'était montrée hostile. M. de Bismarck avait pris rang cependant : lorsque, le 14 juin, il déclara la Confédération dissoute comme incapable de suffire à sa tache et qu'il annonça l'intention d'en fonder une nouvelle sur la base
de ses propositions d'avril, lorsqu'on le vit mobiliser l'armée prussienne contre rAutriclie et tous les rois allemands', il v eut un mouvement de surprise que le moindre succès militaire pouvait changer en élan d'espérance.
Le 3 juillet, la bataille de Sadowa raya TAutriche de la carte de FAllemagne ; le 26, la diète fédérale tint sa dernière séance ; le même jour, la cour de Vienne, dans les préliminaires de jSikolsbourg, signait l'acte de décès de la Confédération de 1815; elle reconnaissait l'union étroite que la Prusse entendait établir entre les Etats situés au nord du Mein, et consentait à ce que les Etats du Sud formassent entre eux une autre union, dont les liens avec la première seraient réglés ultérieurement par un accord entre les deux parties intéressées. 11 y avait dès lors, comme en 1806, trois tronçons en Allemagne ; mais deux de ces tronçons allaient aussitôt se souder.
Aussitôt? On le crut sur le moment. Dès le 26 août, les États du Sud avaient fait avec la Prusse des conventions militaires ; tandis que les princes
^ Quand l'Autriche Jemnnda à la diète de mobiliser les continnents fédt'iaux contre la Prusse ])Our réprimer l'invasion (lu Holstein, la Bavière, la Saxe, le Hanovre, le Wurtemberg, les deux Hesse, lîeuss (branche aînée), Lichtenstein et iSassau,
se ran;;èrent à son avis.
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du Noid ai relaient un projet de ecjnstitiition, tandis que le lleiclistaj; constituant votait ce projet, qui n'est autre «jue la constitution actuelle, à part (|uel(|ues motliHcations dans le noinlMe des si/j;nataires et la ri'daction des articles, le Nord et le Midi nej;uciaient une union ccononurjue ; elle fut conclue le 8 juillet ISGT. La borne frontière du Mein n'est qu'une « pierre d'attente », disait un députe du Hanovre, M. Miquel, au Reicbsta^}, et, pour ne point demeurer en retard, M. de Bismarck ajoutait que l'union si souhaitable était assurée, dans un avenir prochain sans doute, par « le besoin du Sud et le devoir du Nord » .
En effet, la Ihusse sut aisément amener le Sud, non pas seulement à l'alliance défensive avec le Nord, mais à l'adoption d'une organisation militaire commune. Elle put, sans plus de difficulté, étouffer dans son berceau la Confédération du Midi, que nul ne crovait viable, à qui nul ne désirait sérieusement donner le jour. Elle réussit encore, et c'était là le plus si(}nificatif, à faire entrer le Midi dans le cadre politique qu'elle donnait au Nord. Le Nord avait accepté de sa main un conseil fédéral [Bundesrath) représentant les princes, une assemblée {Reic/istarj), élue par le suffrage universel direct, représentant le peuple ;
cette organisation, pre'parée dans les conciliabules des princes, avait reçu, après débats, l'adbésion publique dune cbambre populaire. Quand il s'agit de donner des organes au Zollverein de 1867, il parut naturel d'étendre ce système : nouveaux maîtres Jacques, le Bundesratli du !Xord s'agrégeait quelques plénipotentiaires du Sud, le Reichstag recevait un certain nombre de députés méridionaux pour discuter sur les intérêts économiques communs; puis, la besogne expédiée, le Conseil fédéral douanier [Zollbiuidesrath) et le Parlement douanier [ZoUparlemeyit] laissaient sortir ces collègues accidentels et se remettaient à Tétude des intérêts du Nord. Le Midi s'était accommodé tant bien que mal de ce régime' ; il n'acceptait qu'à contre-cœur une cohabitation aussi compromettante, mais comment se défendre contre les vainqueurs de rAutricbe, contre les séducteurs de Topinion allemande?
L'enthousiasme pour la jeune unité et la naissante lijjerté se calma cependant, plus vite même qu'on n'aurait pu le croiie : on saperçut, mais un
' Bade seul l'accueillit avec ardeur, re;T;rettant même de ne point appartenir au ^ord. Pour convaincre la Bavière, il fallut lui faire un traitement de faveur : les Etats avaient autant de voix au Bundesrath qu'ils en avaient dans le l'ienum de l'ancienne diète; la Bavière s'en Ht donner plus, 6 au lieu de 4.
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peu tard, de quelques cliausse-trapes qui existaient dans la constitution du Nord; on se prit à croire (jue la Prusse s'était fait la part troj) lar(je. Les particularistes recouvrèrent leur hclle confiance : aux élections pour le Zollparlement, en 18()8, ils ohtiiuent une {jrosse majorité dans le Sud; d'accord avec les ultra-conservateurs prussiens, ils empêchèrent cette assemblée de se livrer à des manifestations unitaires; à Municli , les catholiques devinrent maîtres des Chambres locales, à Stutt(jart les démocrates. On était beaucoup moins avancé au printemps de 1870 qu'en 18G7; la « pierre d'attente » semblait avoir servi d'assise à un mur de séparation. Bade seul demeurait fidèle à la Prusse, et M. de Bismarck disait tristement au Reichstag que l'adhésion du (][rand-duché à la Confédération du Nord était politiquement impossible, que mieux \alait d'ailleurs laisser dans le Sud cet unique foyer de l'unité. Ce fut une dernière fois la France qui se chargea de lever les obstacles.
La déclaration de guerre du 19 juillet 1870 eut deux effets : elle fit entrer en vigueur les traités d'alliance défensive de 18G(); elle paralysa pour un temps les particularistes. Le 2 septembre, Bade proposa au Sud d'entrer dans la Confédération du Nord. On négocia les conditions de l'accession.
M. de Bismarck, au risque de mécontenter le ^ord, fut doux et caressant; il fit des concessions, surtout à la Bavière, toujours re'calci(rante, avide de reprendre en détail ce qu'elle accordait en principe. On s'entendit enfin. Pour racheter sa mau- J vaise volonté la Bavière proposa, le 30 novembre, ' de décerner le titre impérial au roi Guillaume. Adoptée par le Reiclistag du !Xord et par chacun des Parlements du Sud, la constitution fut pro- | mulguée le 18 janvier 1871 à Versailles. L'Allemagne existait : lorsque le Sud élut ses députés au Reichstag de l'Empire, les particularistes furent presque partout l)attus, et le nouveau Reichstag n'eut qu'à enregistrer les modifications survenues dans l'acte fédéral de 18G7.