‹ Études sur l'Allemagne politiqueChapitre 9 sur 33 · LA NOUVELLE ERE PRUSSIENNE · texte numérisé non relu

LA NOUVELLE ERE PRUSSIENNE

C'est encore à la France que revint le peu lucratif honneur d'accuser ce mouvement. Les choses officielles avaient repris leur cours normal dans la Confédération : la diète avait administré quelques vertes semonces à la presse ; le ZoUverein était, depuis 1853, renouvelé pour douze ans, en dépit des efforts de l'Autriche ; le Hanovre

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y avail adhi ri'; la tour i\c Vienne, hatUie, s'était résignée à faire avec la l^rnsse un traité de commerce. F/AII«Mna(;ne vé(;était plutôt qu'elle ne vivait, lorsque éclata soudain la (juerre d'Italie, nouveau coup de fouet qui vint distraire le peu[)le de sa somnolence.

Il y avait, dans cette (juerre, une puissance allemande au\ prises avec l'ennemi national : rAllema;;ne était menacée sur « sa frontière du Mincio » . Les sympathies allèrent à TAutriclie; la défiance revint à l'égard de la France. Cette défiance pouvait servir les intérêts de l'Allemagne. Cessympatliies ne pouvaient que leur nuire. INjurquoi ne pas donner son concours, son concours moral au moins, au peuple italien qui, plus heureux que l'Allemagne, saisissait enfin le fantôme si souvent entrevu de son unité et lui donnait un corps? Parce que, dit-on, cela diminue l'Autriche. Mais qui ne voit que l'Autriche gène notre marche , que son antagonisme avec la Prusse fausse la situation de l'Europe? Qu'elle nous laisse lihres de faire notre unité; n'allons point nous hattre pour elle. On a parlé de nationalités, soit; ce principe nous convie à nous constituer nousmêmes, à ne point nous attarder dans les énervements d'une fausse sentimentalité de races. —

Ainsi parlèrent deux brochures : La Prusse et la question italienne, La guerre (V Italie et le devoir (le la Prusse, attribuées, Tune à un conservateur, ^I. de Bismarck, l'autre à un révolutionnaire, Ferdinand Lassalle '.

Le conseil fut entendu. Le prince Guillaume, plus tard TEmpereur, était alors régent de Prusse. Il empêcha la diète d'ordonner la mobilisation au profit de l'Autriche, en prétextant que la cour de Vienne avait attaqué et que la Confédération était purement défensive. Mais il mobilisa pour son propre compte en vue d'une médiation armée, et, se posant en défenseur des intérêts allemands, il réussit, par la rapidité de ses mouvements, à arrêter Napoléon III à Yillafranca. Ollmùtz était vengé, les voiles déchirés : la Prusse avait avoué sa mission allemande. Restait à l'accomplir.

Tous les veux sont maintenant tournés vers Berlin. En quelques jours, la Prusse a reconquis presque tout le terrain perdu en 1851, et Ton se laisse d'autant plus volontiers aller à l'instinct qui fait deviner en elle l'artisan prochain de l'unité, qu'on a vu le prince Guillaume s'entourer de conseillers libéraux, le ministère Auerswald, baptisé dès sa

1 Klupfel, I. p. 189-192.

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naissaïutî du nom de » ininistcio de l'ùrc nouvt'llc » : le r<i'iir <'t l'esprit sont donc satisfaits. Le 17 juillet, (juelques iioinmes politiques, réunis à Eisenaeli, demandent le remplacement de la diète par un (jouvernement central, lort et permanent, la convotaliun (Tune Assemblée nationale; ils veulent <pie la Ih'usse prenne l'initiative de ces réformes. La l*russe ne souffle mot et laisse faire. Il faut quelque temps encore pour que l'idée se propage. Le Sud résiste au mouvement qui se dessine dans le Nord; il craint pour sa religion et ses libertés locales; le Nord, par contre, redoute de voir s'opérer une scission. Une nouvelle réunion, tenue à Francfort le 15 septembre, retrancbe du programme tout ce qui était un engagement formel envers la Prusse. On fonde le Nationalvei^ein, qui ne com|)ta jamais plus de vingt mille adhérents, mais qui, disposant d'un grand nombre de journaux, eut une action considérable sur l'opinion publique. Les petits gouvernements s'émeuvent; la police pourchasse les membres de la ligue, les tribunaux les frappent. L'idée chemine cependant : en mai 1861, en octobre 1862, des congrès commerciaux, à Ileidelberg et à Munich, demandent la création d'un Parlement douanier au sein du ZoUverein; en août 1861, un congrès de juriscon-

suites, à Dresde, re'clame Funité de la législation civile et du droit des obligations.

11 faut parer le coup. En 1859, en 1860, en 1861, les États du Sud parlent d'unifier la législation civile, pénale et commerciale, de régler à l'avance le commandement des armées fédérales pour éviter les retards et les compétitions au jour du besoin. La Saxe, où M. de Beust est ministre, va plus loin : elle veut une Chambre consultative, composée à peu de chose près comme celle du traité des Quatre Rois, mais où FAutriche et la Prusse réunies n'auront que la minorité des sièges, et non plus les deux tiers. Elle propose aussi de faire alterner F Autriche et la Prusse à la présidence de la diète. La Prusse voit la manœuvre; tous ces projets n'ont qu'un but : l'absorber, la noyer dans les infiniment petits, ou la balancer par l'Autriche. Aussi, le zèle qu'elle ajadis déployé à provoquer des réformes fédérales, elle l'emploie maintenant à contenir la diète dans les étroites limites de compétence que lui a fixées l'Acte de 1815. Elle est particulariste à son tour, et consentirait seulement (1859), en cas de guerre fédérale, à prendre le commandement des corps du Nord, tandis que l'Autriche dirigerait ceux du Sud, ce qui jette dans les esprits la notion incertaine d'une

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Allt'ma{;ne scindée en deux (jroupes par \v Meiii. Si on la serre de plus près, elle déclare doctement (18()l) qu'une Chambre ne se conçoit que si les sièjjes en sont répartis proportionnellement à la population, ou encore que, si Ton ne peut comprendre tout le monde dans un Etat fédéral if, il convient d'accueillir ceux-là seuls qu'il est vraiment possible et avantageux d'unir.

Mais ce ne sont là que principes posés. D'application pratique, la Prusse n'en veut pas pour l'instant : elle ne désire point un fruit trop vert; elle n'admet plus surtout l'idée d'en partager les morceaux. Elle entrevoit que la question se résoudra parla force; tandis que le particularisme lui sert à ne point laisser entamer ses défenses, elle se recueille, elle prépare, polit et perfectionne l'instrument qui sera la raison dernière de l'unité allemande : l'armée prussienne. Dans l'entretemps, elle fait, en 18G2, un traité de commerce avec la France au nom du ZoUverein; l'Autriche proteste; la Bavière, le Wurtemberg, le Hanovre refusent leur adhésion; la Prusse répond froidement à la première que son traité personnel avec le ZoUverein n'est nullement violé, aux seconds que leur attitude signifie sans doute qu'ils se reti-

rent de Funion douanière; TAutriche se tait, les autres cèdent.

Ici, arrêt et recul, et cela par le fait de la Prusse même. Le 23 septembre 1862, un nouveau ministère est constitué à Berlin ; à sa tête est M. de Bismarck, qui a longtemps représenté la Prusse à la diète, et dont les opinions réactionnaires sont universellement connues. Chez lui, point de faiblesse pour les idées libérales; quant à un sentiment national, qui pourrait lui en prêter Fombre? il est sorti du parti qui circonvenait Frédéric-Guillaume IV pour l'empêcher d'amoindrir la monarchie prussienne en la commettant avec le peuple allemand. Rien à attendre de lui, rien que du mal plutôt.

Les partisans de Fhégémonie prussienne baissent tristement la tête; ses ennemis exultent. Le 28 octobre est fondé, dans le Sud, un Rejormve- 7^ein qui veut la Grande Allemagne, avec l'Autriche. La cour de Vienne, crovant écraser sa rivale, propose le 18 décembre à la diète, et plus explicitement le 17 août 1863, dans une assemblée des princes à Francfort, en l'absence du roi de Prusse, qui a décliné l'invitation, d'en revenir, sauf quelques modifications, au système des Quatre Rois; projet mort-né sans doute, mais que la France

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se duniu' le luii (jratuil de combattre'. La Prusse se refuse caté{jori(|uem(Mit à le discuter; elle se déclare prctc à recourir aux armes si Ton prétend se passer de son concours. La proposition tombe. M. de Bismarck a néanmoins saisi l'occasion pour établir, dans sa célèbre circulaire du 24 janvier IS():i, (jifi! faut renvoyer FAutriclie vers l'Orient, lui rompre en visière en Allemagne, et à la stupéfaction g^énérale, dans son mémorandum du L5 septembre, il a réclamé comme première condition d'une réforme la création d'une Cbambre populaire issue d'élections directes. Mais qui l'écoute aujourd'hui? Il est en plein conflit avec la Chambre des députés prussienne au sujet du budj;et mihtaire, et il ose parler d'instituer un parlement allemand! Le Xatioîialverem, désespéré, déclare, le 25 mai, qu'il n'a plus d'espoir en la Prusse, que la Prusse le comptera désormais parmi ses adversaires. Les journaux officieux badois, les seuls org^anes gouvernementaux qui

' Le cabinet de Paris, liante par des traditions démodées d'hostilité contre la maison d'Autriche, ne voyait dans le projet de 18G3 que la constitution d'un empire de 70 millions d'ha« bitants dans rEuro|)e centrale; il ne s'apercevait pas que cet empire, où la rivalité des Habsbourjj et des Hohenzollern n'eût pas manqué de se perpétuer, était infiniment moins redoutable qu'une union plus restreinte commandée par la Prusse seule.

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aient jamais soutenu la cour de Berlin, laissent entendre que tout est fini'.

Tout commence au contraire. De part et d'autre, les jalons sont posés, les positions prises. L'Autriche se contente du statu quo et ne parait disposée à innover, par intervalles, que pour revenir plus sûrement, à la faveur des zizanies des princes, au svstème de 1815. La Prusse, c'est avéré, ne prêtera les mains à une réforme que lorsque cette réforme sera efficace ; la première condition de Tefficacité, c'est Texclusion de l'Autriche, que l'on obtiendi'a de gré ou de force. La Prusse, il est vrai, n'est plus 1 enfant gâtée de l'opinion, au lieu que la gent princière se serre plus étroitement autour de l'Autriche. Qu'à cela ne tienne : les années I8G4 et 1865, l'affaire du Schleswig-Holstein vont rendre l'Autriche suspecte à ses alliés ; en s'engageant avec la cour de Vienne contre la diète, contre les petits Etats, la Prusse ne perd rien, puisqu'elle n'a déjà plus les sympathies allemandes ; en revanche elle compromet l'Autriche en la montrant sous son véritable jour,

1 Sybel, loc. cit.^ If, 404, fait observer que personne alors, dans le parti libéral, ne croyait qu'une guerre serait nécessaire pour réaliser l'unité allemande. Les libéraux se montraient sur ce point aussi avisés que l'avait été Frédéric-Guillaume IV en s'entètant à vouloir faire l'unité avec l'Autriche.

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non point désireuse de grandir la Gonfedérati(jn ni résolue à lui rendre ce <|ne rAllenia{jne croit son l)ien |)roj)re, mais avide de (jjains personnels au détriment même de ses soi-disant proté[jés ; de ce COU]), la présidente de la diète est en état de suspicion léjjitime.

A la lin de I8G5, récliiquier est disposé pour la partie suprême : rAutriche est aussi mal vue en Allemagne que la Prusse ; mais la Prusse a une armée puissante, TAutriclie des troupes affaiblies; la Prusse peut, par un succès militaire ou une proclamation révolutionnaire, ressaisir ro})inion, TAutriclie ne le peut point; la Prusse enfin a pour premier ministre un homme que ses adversaires ont souvent dépeint d'un mot sévère : « l'opportuniste (sic) le plus dépourvu de principes de tous les temps ' » .

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