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LA PRUSSE ET L AUTRICHE APRES LA REVOLUTION

Le 2 avril 1849, une députation vint à Berlin trouver le roi de Prusse et mettre à ses pieds les

' L'héritier présomptif de la couronne, le futur empereur Guillaume P"", ne pensait pas alors, en efiet, comme son frère. Il professait la plus grande admiration pour la constitution de Francfort; les seuls reproches qu'il lui faisait ne portaient nullement sur l'abus des doctrines parlementaires : il croyait excès-

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présents de la Hévolulion. II répondit le lendemain qu'il était fort touché de ce ténioi(;na(;e de confiance, mais qu'il ne se rendrait aux vœux de TAssemblée nationale que si les gouvernements eoidédérés tombaient d'accord avec elle. Or, vinyt-liuit Ltats, les plus j)etiLs', acceptaient seuls la constitution; il allait donc falloir négocier à nouveau. Le principe populaire était brusquement arrêté dans son développement. On en revenait à l'ancienne coutume, qui était de faire régler les intérêts communs par les souverains. Gela ramenait l'Autriche en scène, puis les Etats secondaires. En déclinant les offres qui lui étaient faites, Frédéric-Guillaume IV était fidèle à son caractère % à sa qualité de Hohenzollern et à la politique ambiguë qu'il avait eu soin d'ébaucher depuis un

sive la limitation des |)Ouvoirs des gouvernements locaux ; il jugeait difficile la situation faite aux princes dans la composition de la chambre haute, et pensait que les Etats accueilleraient plus aisr'mcnt la réformii si l'Empire devenait électif. — CfSybel, /oc. cit., I, 162.

• Bade et le Wurtemberg étaient les plus considérables. En Bavière et en Saxe, les Chambres locales acceptaient volontiers la prépondérance prussienne, mais les princes refusaient de l'admettre.

' A im moment où on le pressait de prendre la tête du mouvement national, Frédéric-Guillaume IV^, qui se connaissait bien, avait dit : « Si vous aviez eu à faire vos propositions h Frédéric le Grand, il eût été votre homme; mais moi, je ne suis pas un grand souverain. » Cité par Sybel, ibid., I, 313.

an^; mais il v eût menti, s'il n'eût aussitôt tenté de tirer parti de la situation. Désormais fortifié par le vote de TAssemblée de Francfort, bien qu'il en eût repoussé le bénéfice immédiat, il crut pouvoir proposer, dans le courant de mai, à la cour de Vienne, d'unir l'Allemagne et l'Autriche contre l'étranger, de leur donner une représentation diplomatique commune, et d'instituer, pour régler les intérêts communs , un directoire de quatre membres, dont deux Autrichiens et deux Prussiens. Cela revenait en somme à constituer l'Allemagne sous l'autorité de la Prusse, et à n'avoir avec l'Autriche que des rapports d'intimité que le jeu des combinaisons diplomatiques ferait tour à tour aigres ou faciles, comme on Ta vu à une époque récente. La cour de Vienne ne voulut pas entendre parler de ce mode de partage; tout fut dit de ce côté.

1 Saisi, au printemps de ISiô, d'un projet élaboré par le prince Albert de Saxe-Cobourg, époux de la reine d'Angleterre, Frédéric-Guillaume IV avait dit qu'il voulait rendre le titre impérial à l'Autriche, recevoir pour lui, de l'élection des souverains et de l'investiture impériale, une régence à vie, avoir une Chambre des princes divisée en bancs des rois, des ducs et des princes, dont il serait l'organe principal, une seconde Chambre élue par les Landtags locaux. Le 27 novembre 1848, il avait déclaré à Henri de Gagern, président de l'Assemblée, qu'il n'accepterait ni une Allemagne amoindrie par l'exclusion de l'Autriche, ni un pouvoir que ne donneraient point

Frédéric-Guillaume se retourna aussitôt vers de plus accommodants : il signa le i(i mai, avec la Saxe, le Hanovre et 2i petits États, le traité dit desTroisKois. Ce traité, laissant subsister Tancienne Confédération, appliquait aux signataires de la convention et aux autres États qui y adhéreraient par la suite une sorte de constitution de Francfort édulcorée, à Tusage des puritains et des timides. Au lieu d'un empire héréditaire, une présidence [Voi'Stand) où la Prusse, la Bavière, la Saxe, le Hanovre, le Wurtemberg et la Hesse auraient chacun une voix, qui déciderait de toutes questions à la majorité simple et aurait l'ensemble des attributions {jénéralement dévolues au pouvoir exécutif : nomination des ministres et hauts fonctionnaires, droit de veto (désormais absolu), etc. Des deux Chambres inventées à Francfort, on ne modifiait rien à la première; quant à la Chambre populaire, elle serait élue au suffrage universel à deux degrés, suivant le système prussien des trois classes'. Et, pour bien montrer que l'on n'avait

librement leg princes confédérés. Puis, le 23 janvier 1849, dans une circulaire aux {jouvernements allemands, il avait paru faire sien le programme d'Heidelherj^ de 1847 et vouloir conserver l'ancienne diète, v compris l'Autriche, en constituant dans son sein une union plus étroite, mais partielle. ^ Voir le chapitre iv, § 4.

point peur du peuple, la constitution, avant de devenir définitive, devait être soumise à l'approbation d'un nouveau Parlement national. Ce projet fit sensation en Allemagne; les membres du Parlement de Francfort, maintenant dispersés, l'accueillirent différemment : les démocrates le critiquaient comme fait sans la participation du peuple; Gervinus et Hausser le déclaraient impraticable, moins à cause de ses dispositions qu'à raison du caractère de Frédéric-Guillaume , qui ferait toujours tout écliouer; mais cent cinquante députés réunis à Gotha, avec Gagern, Dahimann, etc., y donnèrent une chaleureuse adhésion.

L'Autriche , atteinte dans ses œuvres vives , s'appliqua à déjouer les combinaisons de la Prusse. Elle détacha d'abord de sa rivale la Saxe et le Hanovre, puis mit en avant la Bavière et le Wurtemberg, s'abstenant avec soin de paraître dans la négociation , mais agissant activement dans l'ombre. Au traité des Trois Rois, rendu caduc par la scission de deux des signataires, ces Etats opposèrent le traité des Quatre Rois, traité conclu sans la participation officielle, mais sur les indications de la cour de Vienne et qui lui réservait une place considérable. L'Autriche, avec tous ses territoires, était admise dans la nouvelle Allema-

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{jiic. l'ii directoire, composé de sept membres, comprenant des plénipotentiaires de lAul riche, des cinq rois, des deux Hesse réunies pour la circonstance, exerçait le pouvoir suprême, délibérant suivant instructions, mais décidant à la majorité. A ses côtés, par condescendance tardive aux idées modernes, une Chambre conçue d'après le plan de Stein, c'est-à-dire élue par les diètes locales, ayant l'initiative des lois, la fixation des dépenses, celle des contributions matriculaires. Mais, comme si Ton redoutait de se montrer trop radical en ressuscitant en 1850 un projet de 1813, on avait la précaution d'en restreindre l'application : au lieu d'assigner à chaque Etat un nombre de députés en rapport exact avec sa population, on en donnait cent à l'Autriche, cent à la Prusse, cent aux autres confédérés. L'Autriche, avec ses satellites, était ainsi certaine d'avoir toujours la majorité.

Au fond, le traité des Quatre Rois nétait pas sérieux. Ce n'était qu'une simple diversion au projet prussien, une loque médiocrement éclatante que l'on agitait aux yeux du peuple allemand pour le détourner de sa voie. Ce que l'on voulait en réalité, c'était le rétablissement pur et simple de l'ancienne Confédération de 1815. Mais le temps

n'était point encore venu de l'avouer publiquement. L'Autriche, qui entendait acculer le roi de Prusse dans un duel diplomatique en champ clos, savait à merveille à qui elle avait affaire. Elle spéculait sur sa pusillanimité et sur Tindifférence, mêlée de dédain, qu'avait pour lui la masse du peuple allemand, depuis que Frédéric-Guillaume s'était soustraite la faveur révolutionnaire.

Frédéric-Guillaume, en effet, commençait déjà à trembler. Du jour où son projet avait été si aisément accueilli par le parti de Gotha, il s'était pris à croire qu'il avait vraiment fait trop de concessions à la Révolution. Survint, dans la Hesse électorale , un différend entre le prince et ses sujets : le premier réclama le secours de l'Autriche, seul pouvoir régulier subsistant encore en Allemag^ne; les seconds s'adressèrent à la Prusse. Celle-ci fit mine de vouloir soutenir les Hessois révoltés. Elle arma. La cour de Vienne menaça. Ici encore, le caractère de Frédéric-Guillaume fut inférieur aux circonstances : aux conférences d'Ollmiitz, le 29 novembre 1850, son ardeur s'évanouit, il capitula. Le 30 mai 1851, la diète fédérale, telle qu'elle avait été constituée en 1815, reprit solennellement ses séances.

Le mouvement de 1848 avait totalement avorté.

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Ni rextensioii du pouvoir fédéral ii avait été admise, ni le principe de la représentation populaire reconnu. La réaction triomphait à nouveau ; l'odieuse diète de 1815 retombait sur rAllema{;ne indignée, avec le poids écrasant de ses hontes et de son impuissance, avec l'activité sénile, qui la reprit aussitôt, d'étouffer autour d'elle tout ce qui ressemblait à un cri de la conscience nationale, tout ce qui rappelait la liberté. L'Allemagne avait encore une fois subi l'immixtion étrangère : à la dernière heure, TAutriche, toute glorieuse de ses succès diplomatiques, avait émis la prétention de faire entrer toutes ses possessions dans la Confédération restaurée ; pour l'en empêcher, la Prusse désemparée n'avait eu d'autre ressource que d'invoquer l'Acte final de Vienne, et de faire agir et TAngleterre, et la Russie, et la France. L'humiliation était complète.

A y regarder de plus près, cependant, la période de 18 i8 à 1851 n'avait pas été infructueuse. Le conflit de la Prusse et de l'Autriche avait éclaté au grand jour ; il était dorénavant avéré que, si IWllemagne se créait jamais, l'une ou l'autre en devrait disparaître. Prouvé aussi que, le jour où Ton voudrait faire la patrie, il faudrait de toute nécessité, pour mettre fin aux résistances locales,

satisfaire au besoin que 1848 avait révélé, évoquer les forces latentes de la nation, ouvrir la bouche au peuple, lui donner un organe, des députés. 11 y eut mieux encore : le monde germanique, écœuré de la vanité, des dissensions et de la stérilité du Parlement de Francfort, s'appliqua aux recherches positives et pratiques; la démocratie pure tomba dans le discrédit, et avec elle la métaphysique, la théologie spéculative et l'histoire philosophique; l'Allemagne devint réaliste, mais elle resta nationale et libérale.

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