APPLICATION ET CONTRÔLE DE L'AMÉNAGEMENT
C'est un fait malheureusement avéré que la plupart des aménagements exécutés à grand frais, depuis une trentaine d'années, par des commissions spéciales, n’ont pas procuré tous les avantages qu'il était permis d’en attendre. Mal compris par certains agents qui n’ont pas voulu se donner la peine de les étudier, systématiquement repoussés par d'autres, ces aménagements n’ont pas toujours été bien appliqués.
AInsi :
On ne s’est pas conformé assez exactement, pour l'assiette des coupes, aux prescriptions des plans d'exploitation. Comme j'ai eu déjà occasion de le faire remarquer, les agents locaux se laissant influencer par l’état du peuplement considéré en lui-même, et non dans ses rapports avec les circonstances extérieures, ont quelquefois porté les coupes principales dans des parcelles qui auraient dû seulenent être
éclaircies et en ont éclairei d’autres qui auraient dû être régénérées.
On ne s’est pas renfermé partout dans les limites de la possibilité ; soit parce qu’on a omis de tenircompte, dans les exploitations annuelles, des arbres abattus par le vent, la neige, le givre, et vendus sous forme de menus marchés; soit parce qu’on a employé, pour l'estimation des coupes, d’autres tarifs et d’autres unités de mesure que ceux adoptés par les commissions ; soit enfin parce que l’on n'a pas pris le soin d'établir chaque année une balance des exploitations, qui permit de fixer la quotité des coupes de l’année suivante, conformément aux résultats de cette balance.
On à négligé, soit par incurie, soit par manque de fonds, d’exécuter les travaux d’amélioration, reboisements, assainissements, routes, etc., etc. prévus par l'aménagement; après avoir fait une coupe d’ensemencement, on ne s’est pas toujours assez préoccupé de ce qu’elle devenait.
On n'a pas enfin provoqué les révisions quand cependant la nécessité en était démontrée.
Pour prévenir le retour d'aussi graves irrégularités, l'administration à souvent prescrit à ses agents d'indiquer sur les états d’assiette, les parcelles dans lesquelles ils se proposent de porter les coupes principales et de justifier la quotité de ces coupes, d’après le chiffre de la possibilité réglementaire et celui des coupes de toute nature de l’année précédente.
Elle a d’un autre côté invité ces agents à se servir,
l18 AMÉNAGEMENT DES FORÊTS.
pour l'estimation des coupes, des tarifs et des unités de mesure, adoptés par les commissions ; sauf à faire une autre estimation spéciale pour la vente;
Mais tout cela ne suffit pas ; il importe maintenant qu’elle les oblige à tenir pour chaque forêt aménagée un sommier de contrôle ; il est même à désirer qu'il en soit tenu un également à la Direction générale.
Le modèle de ce sommier a été récemment arrêté par l'administration. Divisé en trois parties distinctes: la première pour les exploitations, la deuxième pour les travaux, la troisième pour les recettes et les dépenses, il permettra de juger d'un coup d'œil, nonseulement des soins apportés dans l’application des aménagements, mais encore des résultats pécuniaires de cette application, et sous ce dernier rapport, il ne sera pas moins utile que sous le premier, car il fournira les moyens de rectifier les appréciations erronées auxquelles la gestion des forêts soumises au régime forestier à souvent donné lieu, au point de vue financier. Rien de plus commun, par exemple, que d'entendre dire que les forêts coûtent trop relament à ce qu’on en retire; et en effet, si l’on considère en bloc, sans s'occuper de leur nature, les dépenses qu’elles occasionnent, il est certain que ces dépenses dépassent de beaucoup la proportion qu'il est raisonnable de maintenir entre le revenu et les frais d'administration d’un immeuble; mais il convient de faire remarquer que, parmi les travaux dont l'aménagement d’une forêt met la nécessité en évi-
dence, il y en a, et ce sont les plus considérables, qui sont des travaux de premier établissement, c’està-dire des travaux qui, ayant pour objet la réparation, la reconstitution, la mise en état du domaine, ne sauraient entrer en ligne de compte dans la comparaison du revenu avec les dépenses annuelles d’entretien.
Il s’est rencontré des sociétés industrielles qui, pour enfler leurs dividendes, portaient au compte de premier établissement des sommes qui appartenaient à l'entretien et aux frais d’exploitation. C'était un tort très-grave. Pour les forêts, on est dans l’usage, au contraire, de porter au compte de l'entretien ce qui appartient au capital de premier établissement, et de cette manière, on diminue le revenu net. C’est un tort dans le sens opposé et qui n’a pas peu contribué à répandre de très-fausses notions sur l’économie avec laquelle les forêts sont œérées. Il sera facile, désormais, de rétablir la vérité sur ce point, au moyen des états que les agents auront remplis. Néanmoins, ces états ne répondront pas à tous les desiderata qui se rapportent à la justification du service forestier. Ils sont destinés seulement à la constatation des faits qui peuvent se traduire par des chiffres. C’est beaucoup, mais ce n’est point assez, et il est à désirer que l’administration s'occupe maintenant de faire recueillir toutes les observations qui, en dehors des renseignements de pure comptabilité, seraient d’une réelle utilité pour la culture forestière et pour les intérêts qui s’y rat-
tachent. On consignerait ces observations dans des cahiers spéciaux qui formeraient autant d’annexes du sommier de contrôle. J’en indiquerai onze qui me paraîtraient particulièrement utiles et qui seraient relatifs :
Le premier, à la floraison et à la fructiñcation des arbres. On indiquerait les essences pour lesquelles elles ont été le plus abondantes, et les conditions où se trouvaient ces essences sous le rapport du sol, du climat et de la consistance du peuplement.
Le deuxième, aux expériences sur l'accroissement, dont j'ai parlé à la page 150 de ces études. Je crois qu'il y a eu quelques travaux entrepris à ce sujet. Que sont-ils devenus? Je l’ignore. En tout cas, ces travaux exceptionnels dus à l'initiative d’un petit nombre d'agents, eussent été tout à fait insuffisants. Il conviendrait d’en exécuter d’après des règles uniformes dans les différentes régions de la France, au moins pour les essences principales. Ce serait le seul moyen de se procurer des bases certaines pour la détermination de l’âge d’exploitabilité et de la durée des révolutions applicables suivant les sols, les climats et la nature du peuplement.
Le troisième , aux exploitations de tout genre : coupes de régénération, coupes d'amélioration, élagages, extractions de souches. On ferait connaître les méthodes suivies, les procédés employés, les précautions prises et les résultats obtenus, notamment pour les coupes d’ensemencement et les éla-
gages.
Le quatrième, aux assainissements et aux repeuplements artificiels.
Que deviennent les nombreux fossés d’assainisse ment que l’administration fait ouvrir chaque année dans les parties humides de son domaine. Quel effet ont-ils produit ? Ce sont des questions auxquelles la plupart des agents, eux-mêmes, seraient embarrassés de répondre. Il en sera autrement quand, chaque année, 1ls seront tenus de constater dans un cahier spécial les résultats de ces travaux d’amélioration.
Quant aux repeuplements artificiels, je pourrais citer des forêts dans lesquelles ils absorbent depuis longtemps et tous les ans de fortes sommes, quoiqu'ils n'aient jamais été suivis d'aucun succès. À quoi cela tient-il? Les agents n’en savent rien et ils n'en continuent pas moins Îles mêmes errements.
Que la municipalité de Paris ne se lasse pas de faire replanter à grands frais sous les épais ombrages des Tuileries, de jeunes arbres qui ne * réussissent jamais et meurent infailliblement au deuxième printemps. Le mal n’est pas grand, car si les arbres meurent, il y a des gens qui vivent de leur mort et ne pourraient peut-être pas vivre sans cela. La ville de Paris est d’ailleurs assez riche pour se payer le luxe de ces plantations perpétuellement renouvelées. Mais les repeuplements artificiels dans les forêts soumises au régime forestier ont une bien autre importance que des plantations d'agrément : La sécu-
h22 AMÉNAGEMENT DES FORÉTS.
rité de toute une contrée peut en dépendre, lorsqu'ils ont pour but, par exemple, de consolider les terrains en montagne. Ailleurs, 1l est nécessaire qu'ils réussissent pour que l'application des aménagements ne soit pas compromise. Partout, ils intéressent l'avenir de nos richesses forestières déjà si appauvries. C'est dans leur jeunesse, d’ailleurs, que l’on doit soigner les arbres comme les hommes pour leur préparer une longue et utile existence, et l’administration le comprend bien puisqu'elle consacre chaque année aux repeuplements artificiels et à leur entretien, une somme considérable.
Il y a donc, en définitive, beaucoup de raisons pour que cette partie du service soit soumise désormais à un contrôle sévère et efficace. Le cahier que je propose de faire tenir aux agents le rendrait possible.
On y constaterait pour chaque repeuplement d’une certaine étendue :
L'exposition et la situation du terrain, son état à l'intérieur, à la surface, le genre de préparation qui lui aura été’ donnée, l’époque de cette préparation;
L'époque de la plantation ou du semis;
L’essence, le nombre, la provenance, l'âge et la. qualité des plans mis en terre, les précautions prises pour assurer leur réussite ;
L'espèce, la quantité et la provenance des graines ensemencées, les procédés employés pour l’ensemencement ; |
Le coût de l’opération dans son ensemble et dans ses détails ;
Les soins et les dépenses d’entretien, binage et remplissage ;
L'état du repeuplement chaque année, jusqu’au moment où 1l pourra être regardé comme complet.
Le cinquième, à l'estimation et à la vente des coupes :
Ce cahier ferait connaître les circonstances commerciales et industrielles qui étaient de nature à réagir sur le prix du bois ;
Les procédés employés pour assurer l'exactitude de l’estimation ;
Les résultats comparés de la vente sur pied et de la vente des produits façonnés ;
Les résultats de la décomposition du mètre cube en marchandises diverses, de sorte que l’administration pûüt se rendre compte des progrès accomplis dans l’utilisation de la matière ligneuse.
Le sixième, aux routes, chemins et autres moyens de vidange.
On y consignerait tous les renseignements nécessaires pour éclairer l’administration sur leur état et la facilité qui en résulte pour la vidange;
On y examinerait les avantages et les inconvénients des différents modes (adjudication, régie ou économie) employés pour l'exécution des travaux ;
On y signalerait toutes les améliorations dont le transport des produits à travers bois, le débardage en un mot, aurait été ou pourrait être l’objet.
Le huitième , au débit, au faconnage et à la carbonisation des bois en forêt :
L'administration ignore presque complétement quelle est la plus-value que ces opérations ajoutent au bois dans la coupe même, et si on lui demandait combien un mètre cube de bois d'industrie dans telle forêt représente de journées de travail, elle ne saurait répondre. Ces journées de travail constituent cependant pour l'État un produit aussi précieux que la somme d'argent qu'il a retirée de la vente du mètre cube en question.
Dans ce cahier, la carbonisation, l’écorçage et les scieries mériteraient de faire l’objet d’une attention particulière.
La carbonisation en forêt se fait aujourd'hui comme elle se faisait il y a mille ans. Elle est restée stationnaire depuis un temps immémorial, et cela vient peut-être de ce que les agents forestiers ont trop négligé de rechercher les améliorations dont
elle pourrait être susceptible.
L'écorcage non plus n’est pas encore sorti de l’ornière de la routine. Dans ces dernières années, on a fait grand bruit d’une méthode qui consiste à écorcer le bois vert ou sec, au moyen de la vapeur, et qui à par conséquent le grand avantage d'éviter l’écorcage sur pied dont les inconvénients sont bien connus. Un homme distingué, ancien inspecteur des forêts, M. de Wavrechin, a dépensé beaucoup de temps, d'argent et d'intelligence, pour propager cette nouvelleinvention, sans parvenir à y intéresser l’administration des forêts. Cependant si l’écorcage à la vapeur n’enlevait rien à la qualité de l'écorce, comme
semblent le prouver de nombreuses expériences , l'administration des forêts manquerait à tous ses devoirs en maintenant dans ses cahiers des charges relatifs aux coupes, la faculté pour les adjudicataires de n'abattre que lorsqu'ils sont en pleine séve, les taillis à écorcer.
Les scieries sont encore, la plupart, entre les mains de l'administration qui, chaque année, en fait même établir de nouvelles. Elle a des scieries à elle, afin de soustraire ses adjudicataires aux prétentions des particuliers propriétaires eux-mêmes de scieries, prétentions qui deviendraient- exorbitantes si l'État ne leur fesait pas concurrence. C’est une raison qui a sa valeur sans doute dans la situation actuelle des choses. Cependant il est fâcheux, en principe, que l’État se charge de travaux que les particuliers peuvent faire; d’abord, parce qu'en général il les fait moins bien et moins économiquement; ensuite, parce que son intervention dans l’industrie, n'étant pas subordonnée à la poursuite du plus grand profit net, crée aux particuliers une rivalité qui est de nature à les effrayer et à paralyser leurs efforts.
Aujourd'hui la construction d’une scierie exige encore des capitaux relativement considérables, sans compter les difficultés auxquelles donne lieu l'usage des eaux courantes, et si l'administration des forêts n'avait pas de scieries à elle, il se formerait infailli- - blement pour le sciage du bois, des monopoles qui mettraient les adjudicataires des coupes à la merci de quelques spéculateurs ; mais un jour viendra pro-
bablement où la scierie locomobile à vapeur perfectionnée pourra circuler facilement à travers les forêts et s'installer sur le sommet des plus hautes montagnes ; on louera alors une scierie comme on loue actuellement une charrue ou une machine à battre le blé. Quand il en sera ainsi, l’administration des forêts n'aura plus à se mêler de la question, et je crois qu’elle devrait faire quelques efforts, chercher des moyens, donner des encouragements, pour se débarrasser le plus tôt possible des soins que cette question lui impose.
Le neuvième, aux incendies, aux animaux et aux insectes nuisibles :
On y exposerait loutes les mesures prises pour prévenir ou arrêter les ravages qu’entrainent ces diverses causes de destruction, ravages dont l’administration ne connait même pas toujours l’existence.
Le dixième, aux observations météorologiques (gelées, verglas, ouragans, coups de vent, orages, pluie, neige, température, pression barométrique.)
L'administration des forêts indépendamment du profit qu’elle retirerait pour elle-même de ces observations, pourrait rendre de grands services à la science de la météorologie ; elle comprend un nombreux personnel qui réside dans les régions les plus accidentées et qui est par conséquent placé dans les meilleures conditions pour se livrer à des expériences intéressantes; mais il faudrait que ce personnel fût muni des instruments et des instructions nécessaires
pour faire des observations exactes et comparabless.
Le onzième enfin, à l’influence des exploitations forestières sur le bien-être matériel et la moralité des populations environnantes.
Ce cahier ne serait pas le moins important; on y donnerait le nombre des bras employés par chaque nature de travail, le chiffre des salaires, l'exposé des avantages que l’agriculture retire des produits divers que la forêt lui fournit.
1. L'école de Nancy fait depuis quelques années, sous l’habile direction du savant professeur M. Matthieu, des observations météorologiques dout l'utilité est déjà fort appréciée.
Ho ou, ssaémos sn WE
MOBNEN n 110 je: à Sue æ à fus a énobilolc F5, 8 ah 6 1HaUPBER
AE Ex VOIE à: je farratens :
Aa is
# £ 7. À à ‘al ROM DEEE
Li LE RARE A
“HET aN0E some Carianarel otill ut |
EAN LE