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de sacrifices pour ces travaux que pour les autres.
En outre, quand il s’agit de travaux d’urgente nécessité, ces travaux sont précédés d’une enquête, tandis que pour les reboisements où gazonnements facultatifs, ils ne le sont point; de sorte que les garanties exigées pour assurer le bon emploi des deniers de l'État, lorsque le bien publie est engagé dans la question , on les juge superflues quand ces deniers sont consacrés à des dépenses d’une utilité locale, douteuse, et dans tous les cas, secondaire. Enfin, il m'est impossible de comprendre pourquoi l’administration, qui a des ressources insuffisantes pour les travaux nécessaires, en consacre une partie à des travaux dont on pourrait se passer. A cela on objecte que l'utilité des travaux facultatifs doit être en vérité considérée comme secondaire, si l’on envisage les terrains à consolider dans leur ensemble; mais qu’elle est tout aussi grande que celle des travaux dits obligatoires, pour la part du travail facultatif que représente la subvention; car la loi dit expressément que la subvention sera proportionnée à la part d'intérêt général que présente le travail à entreprendre. L'intérêt général entre-t-il pour un quart par exemple dans tel reboisement, la subvention sera d’un quart de la dépense. Tout cela peut être ingénieux, est-ce bien sérieux?
Au surplus, je repousse les primes et les subventions au nom de l’économie politique : |
En thèse générale, lorsqu'une industrie n’est point engendrée par le libre jeu des intérêts indivi-
duels, par la spontanéité et l'initiative privées, il est imprudent, hasardeux pour le moins, de l’encourager au moyen d’un appât extraordinaire, anormal, factice, et qui peut dès lors être trompeur. C’est lui donner un mobile, un fondement fort incertain, et par conséquent exposer à des mécomptes les gens qui y consacreraient leurs soins et leurs capitaux. On pourrait assurément, en y affectant les encouragements nécessaires, introduire en France la culture de l’Ananas. Serait-ce une conquête utile, désirable? non évidemment, puisqu'elle ne saurait se maintenir qu’à la condition de jouir éternellement de la subvention qui lui aurait été primitivement accordée. On ne doit recourir aux primes, aux subventions, qu'avec beaucoup de réserve et dans des cas exceptionnels. On comprend ces moyens de provoquer, de développer l’industrie au début d’une civilisation, lorsque l'intérêt privé n’a pas encore l’œil ouvert sur les ressources qu'il pourrait avantageusement exploiter; lorsqu'il manque des épargnes, des capitaux indispensables pour fonder une entreprise; lorsqu'il n’y à pas d'institutions de crédit. Au temps où nous vivons, ils ne sont plus admissibles.
+ S'il n'y avait jamais eu de bois dans les contrées où il s’agit d’en établir; si l’on était dans l'ignorance ou dans le doute sur les avantages des biens-fonds de cette nature pour ceux qui les possèdent; si l’on pouvait enfin espérer qu’une fois les frais de premier établissement faits, une fois la propriété constituée, elle durerait par sa propre force à cause du profit
qu’en retirerait le détenteur, j'admettrais les subventions et les primes; mais il y a eu et il y a même encore des bois dans les montagnes ; on sait parfaitement que ceux-là ont disparu et que ceux-ci sont en train d'en faire autant, parce que leur conservation ne s'accorde pas avec l'intérêt actuel des propriétaires, et que dans l’échelle des cultures lucratives, la culture forestière occupe souvent le dernier rang; alors, à quoi bon imposer à l’État de grands sacrifices pour reconstruire un édifice qui serait destiné à s’écrouler infarlliblement de nouveau, dès que la main du gouvernement ne serait plus là pour le soutenir?
Je ne dis rien d’exagéré : Ce qui se passe aujourd'hui, l'impuissance des efforts que fait l’administration pour sauver le peu de forêts qui existent encore dans les Alpes, dans la Lozère, dans l'Ardèche, dans les Cévennes, montrent jusqu’à l'évidence que ce genre de propriété ne se concilie pas toujours avec Îles exigences de l'intérêt privé et qu'il n°y à ni loi, ni contrainte qui puisse en empêcher la ruine, lorsque cette ruine n’est pas susceptible d’appauvrir le propriétaire actuel. Malgré la prohibition du défrichement, malgré la tutelle que le gouvernement exerce sur les communes, les bois des particuliers et ceux des communes elles-mêmes disparaissent rapidement; c'est un fait constaté.
Les bois des communes disparaitront un peu moins vite peut-être, si on adopte les mesures que j'ai proposées pour renforcer la tutelle que l'État exerce sur
eux. Cependant on aurait tort, je l’ai dit, de compter entièrement sur ces mesures.
Mais puisque toute la force d’une grande administration ne parvient pas à sauvegarder les bois des particuliers et ceux des communes existants encore, est-il sage, est-il raisonnable de songer à en créer de nouveaux, pour les placer dans les mêmes mains et les soumettre en conséquence aux mêmes causes de destruction ? Oui, sans doute, les particuliers et les communes consentiront à reboiser leurs terrains vagues si on leur donne, sous forme de primes, d’exemptions d'impôts, de subventions, des subsides qui les indemnisent à la fois et des frais du reboisement et de la perte qu'on leur occasionnera par la suppression des pâturages; mais quand les bois auront été formés, comment fera-t-on pour en assurer la conservation ? L'État prendra-t-il à sa charge les frais de gestion et continuera-t-il les mêmes subsides ? ce serait le seul moyen. Mieux vaudrait cent fois recourir immédiatement à l’expropriation pour cause d'utilité publique.
Ainsi, on est forcé de reconnaître que les fonds employés en subventions et en primes, non-seulement pour les particuliers, mais encore, pour les communes, sont des fonds fort mal employés et que l’on peut considérer d'avance comme perdus. On comprend d'ailleurs que les travaux de consolidation des terres, de reboisement et de gazonnement, exécutés d’après ce système, n'étant assujettis à aucun plan d'ensemble, à aucune direction, n'ayant entre
eux aucune solidarité re sauraient produire que des résultats insignifiants.
Le premier reproche que j'ai fait aux lois du reboisement et du gazonnement est donc fondé. Le deuxième ne l’est pas moins :
L'administralion, elle-même, a montré qu’elle n'avait pas grande confiance dans les résultats des travaux facultatifs exécutés à l’aide de ses encouragements, puisqu'elle s’est réservé d'exécuter à ses frais et de diriger, dans tous les cas, les travaux obligaioires. Mais s’il y a lieu de craindre que les forêts créées en grande partie avec les fonds des communes et des particuliers ne soient pas entretenues en bon état, à plus forte raison doit-on s'inquiéter de l’avenir de celles à la création desquelles les communes et les particuliers n’auront pas voulu participer; et c’est un vice fondamental de la loi d’avoir admis que les terrains pourraient être remis, après le complet achèvement des travaux, entre les mains des anciens propriétaires. Rien ne justifie une semblable générosité de la part de l’État. Il est évident que les terrains que l’on consolide n'auront de valeur que par les travaux qu'on y fait; que leur prix réel actuel est dans tous les cas peu de chose à côté de la dépense qu’occasionnent lesdits travaux; pourquoi donc l’État ne les acquerrait-il pas définitivement dès à présent, et s’engage-t-il à en rétrocéder la moitié ou les trois quarts? Eh quoi! le gouvernement s'empare de ces terrains; il y dépense des sommes énormes en barrages, en semis, en plantations, sans compter
les indemnités pour interruption de jouissance; et quand il est parvenu à les restaurer au prix de si srands sacrifices, il en abandonne de nouveau une partie à des mains qui la laisseront encore se dégrader ! Vraiment, ce n’est pas raisonnable. C'est d'autant moins raisonnable que la valeur qu'auront acquise ces terrains, est surtout une valeur immatérielle, une valeur d'utilité publique, qui ne saurait s’apprécier en argent, et dont l'individu ne tient aucun compte; de sorte qu'en la cédant à des particuliers. l'État s’appauvrit sans profit pour eux. On pourrait objecter que, pour les particuliers, cette rétrocession n’est point à craindre, attendu qu'en présence de la tendance des jurys d’expropriation à exagérer la valeur des propriétés auxquelles l'État applique la loi d’expropriation pour cause d'utilité publique, il y a grande probabilité que les particuliers auront recu pour le prix de leurs terrains, une somme plus élevée que celle qui représentera la valeur de ces terrains, après l'exécution des travaux. Cette probabilité pourrait bien cependant ne pas se réaliser, quand on considère que les terrains à restaurer sont souvent complétement improductifs et sous le coup d’une destruction complète, imminente. Quelle que soit la libéralité des jurys d’expropriation, il n’y aurait rien d'étonnant à ce qu'ils attribuassent à ces terrains un prix moins élevé que celui qu'ils acquerront, quand ils auront été consolidés et mis en valeur. Au surplus : ou le danger que je signale est réel et alors mon objection reste; ou il est chimérique et alors :l
n'y avait aucun motif pour que l’on rendit l'éxpropriation conditionnelle.
Je laisse de côté, comme on voit, l'hypothèse du remboursement des frais de restauration, par les propriétaires des terrains. Cette hypothèse est irréalisable en effet, puisque les frais de restauration seront certainement hors de toute proportion avec le revenu net que pourront rapporter les terrains, après qu'ils auront été remis en valeur. D'ailleurs, qui ne voit combien serait difficile une ventilation équitable entre les propriétaires, quand il s'agirait de faire à chacun sa part dans les dépenses de certains de ces travaux, tels que les barrages qui, utiles également à toutes les propriétés, n'auraient été cependant élablis que sur quelques-unes.
Justifions maintenant le troisième reproche :
J'ai dit que c'était une lacune bien regrettable dans la loi qu’elle ne contint pas les dispositions suffisantes pour éviter que, pendant qu’on réparerait les dégâts d’un côté, il ne s’en produisit de nouveaux d’un autre côté, par l'effet de cette réparation.
Les bois restent donc soumis tout simplement au régime forestier, tel que l’ont organisé le code forestier et l’ordonnance royale du 4% août 1827, régime insuffisant ; et les pâturages, non englobés dans les périmètres de conservation obligatoire, restent livrés à l’insouciance et à l’avidité de ceux qui les possèdent. Or qu’arrive-t-il? C’est que, tandis qu’on s'efforce de reboiser les terrains dégradés, les troupeaux auxquels on enlève ainsi une partie de leur
domaine, s'accumulent sur l’autre partie déja surchargée et en précipitent la ruine. On ne saurait être plus imprévoyant.
Voilà ce que je vois de mauvais dans les lois sur le reboisement et sur le gazonnement des montagnes ‘, et voici maintenant ce que j'y vois d’excellent : |
D'abord elles proclament le droit d'intervention de l’État dans la gestion, non pas seulement des bois, mais encore des pâturages et des terrains incultes appartenant aux communes ;
Ensuite elles reconnaissent que c’est un devoir pour le gouvernement de venir au secours des communes, quand celles-ci n’ont pas les ressources qu’exiserait l'amélioration de leurs biens.
Enfin, elles admettent l'expropriation pour cause d'utilité publique des propriétés de même nature que les particuliers seraient inhabiles à régénérer ou à conserver; ét on peut dire qu’elles admettent aussi cette expropriation pour Îles terrains communaux ; car la faculté qu’elles donnent à l’État de retenir la moitié ou le quart de ces terrains, après l’exécution dés travaux, aboutit à une expropriation partielle et déguisée.
di n'ai pas parlé dans ma critique de l’article 14 de la loi sur le reboisement, relatif à l’aliénation d’une certaine étendue de forêts, dans le but de faire face aux frais du reboisement. Cette conception singulière, qui attachait la même importance aux forêts en projet et d’une création fort incertaine, qu'aux forêts séculaires
en plein rapport, a été abandonné lors de la discussion de la loi du gazonnement. Voilà pourquoi je n’en ai rien dit.
Ces dispositions sont très-remarquables; et comme l'appréciation des conditions nécessaires pour que la conservation d'un terrain soit déclarée d'utilité publique, est abandonnée, sans restriction formelle, à l'autorité supérieure, celle-ci pourrait, avec un peu de hardiesse, rattacher au domaine de l’État la moitié ou le quart des propriétés communales et toutes les propriétés privées situées en montagne.
Cependant, il faut bien l’avouer, ces lois ont été faites pour arréter les ravages des eaux et conjurer les effets des grands désordres de la nature‘. Elles ne devaient pas s'appliquer. dans l'esprit du législateur, aux terrains qui, bien que situés en pente et impropres à l’agriculture, ne courent pas le risque d’être emportés dans les plaines et d'y causer des dommages. Ces terrains-là auraient pourtant besoin aussi d’être mis entre les mains de l’État; au moins, d’être surveillés par lui, quand ils appartiennent aux communes. et en cela encore mes idées vont plus loin que les lois sur le reboisement et le gazonnement.
J'avais néanmoins raison de dire que ces lois renfermaient des dispositions qui étaient d'accord avec mon opinion sur l'autorité dont le gouvernement devrait être investi relativement aux forêts et päturages créés ou à créer dans notre pays, opinion que je résume ainsi :
4° Instituer pour les forêts, les bois et les pätu-