XXX PRÉFACE
sol était conquis ; il fallait conquérir les eaux; les forêts en fournirent encore les moyens. Elles suffirent à toutes les exigences ; on les attaqua de tous les côtés et par tous les motifs : tantôt, parce qu’elles étaient un obstacle à la culture des céréales, tantôt parce qu’elles renfermaient des instruments de travail, de défense ou de transport.
Il serait bien difficile de déterminer l'effet de chacune de ces influences, et d’ailleurs cela n’est pas nécessaire : je veux établir seulement que les besoins de la civilisation ont puissamment contribué à la destruction des forêts ; je tiens à prouver ensuite que ces besoins ont rencontré malheureusement d'énergiques auxiliaires dans les vices que la civilisation engendre , quand elle se laisse emporter par l’orgueil et qu'elle tombe dans le matérialisme. Parmi ces vices, je signalerai l'oubli de la solidarité humaine et l’'imprévoyance qui en est la conséquence, le goût des plaisirs physiques, l’ardeur pour les richesses immédiatement réalisables, l'indifférence pour celles qu’il faut attendre.
L'homme de nos jours ne se soucie ni du passé ni de l'avenir ; il se soucie du présent, et dans le présent 1l ne voit que lui. Il a perdu le culte des aïeux ; le sort de ses descendants ne le touche pas et depuis longtemps il ne connaît plus les joies sublimes du sacrifice et du dévouement. Il ne vit que pour la satisfaction de ses appétits égoiïstes. Toutes ses aspirations étant concentrées dans l'amour de soi-même, on comprend son dédain pour les biens dont il ne saurait jouir incontinent et qui pourraient dès lors lui échapper.
La conservation des forêts est inconciliable avec de telles dispositions morales : sans le respect des traditions, sans l'esprit de prévoyance, sans l'intelligence des