‹ Études sur l'aménagement des forêts (volume 2)Chapitre 20 sur 121 · DE LA PREMIÈRE ÉDITION. XXXI · texte numérisé non relu

DE LA PREMIÈRE ÉDITION. XXXI

devoirs réciproques que les générations ont à accomplir, sans l'amour de ses semblables, il n’y a pas de garantie sérieuse pour cette conservation. Le profit immédiat que le défrichement d’une forêt procurerait, prévaudra un jour ou l’autre sur les avantages qu’on assurerait à l'avenir, en la laissant sur pied.

Cependant, l'ignorance trop généralement répandue dans laquelle on est, en France surtout, relativement à ces avantages, donne, — j'aime à le supposer, — aux causes de destructionque je viens d’'énumérer, une force particulière, et je ne désespère pas assez de mon pays, pour croire que sil était bien pénétré des dangers auxquels il s'expose par l’anéantissement de ses forêts, il continuerait à les braver avec tant d'insouciance.

La vie des hommes est attachée à celle des arbres, on l’oublie trop. Parmi les nations civilisées et rivales, la France est déjà une de celles qui possèdent le moins de bois, motif d'infériorité plus grave qu’on ne le pense. La Provence se dépeuple, parce que les forêts disparaissentt. Nous payons un tribut annuel de plus de soixante-dix millions de francs à l'étranger pour combler le déficit de notre production’. Nous possédons une magnifique flotte, mais une bataille navale malheureuse peut nous l'enlever, et nous la remplacerions difficilement. La situation mérite qu’on y prenne garde et qu'on s’occupe d'y remédier *.

Quand on lit l’histoire des anciens ; quand on étudie

1. La Provence au point de vue des bois, des torrents, CHARLES D£ RIBBE.

2. Ce tribut est aujourd’hui de 150 millions, (Note de la 2° édition. 3. Je sais bien que l'administration. forestière fait dans ce but les plus louables effoïts; malheureusement, son action est très-limitée.

XXxI1 PRÉFACE

leur caractère, on les voit tout pleins d'un respect relicieux pour les bois. Cette histoire est remplie de traits qui montrent qu'une superstition tutélaire s'attachait autrefois à l'existence des arbres: ils étaient placés sous la protection spéciale de la Divinité. Nos mœurs sont bien éloignées de celles de nos pères: notre raison impitoyable a voulu sonder tous les mystères: elle a fait tomber tous les prestiges, et pour ce qui concerne les bois. leur conservation serait tout à fait compromise si elle ne reposait que sur la vénération dont ils sont l'objet. On peut dire même que, de toutes les propriétés. c'est la moins respectée. Puisqu'il en est ainsi; puisque le positivisme de notre époque a renversé les barrières que le sentiment religieux opposait jadis à l'esprit de destruction. on doit chercher dans l'intérêt des populations une sauvegarde qui remplace celle qui n'existe plus. Il faut faire comprendre les avantages économiques inhérents à la propriété boisée; il faut surtout enseigner les moyens d'en tirer tous les fruits désirables.

Pour les personnes étrangères à la sylviculture, la forêt vierge représente le type du beau en matière de richesse forestière : elle est l'expression la plus haute des ressources que peut fournir une masse d'arbres.

Il y a dans cette opinion une erreur grossière :

Les forêts, comme les autres biens que la Providence a répandus sur notre globe. ont besoin des soins de l'homme pour développer toute leur puissance productive : là comme ailleurs, la terre n’est féconde que pour celui qui la cultive. Le tout est de la bien cultiver. et il est en conséquence désirable qu'on en vulgarise l'art autant que possible.

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