PAR RAPPORT AU CAPITAL
Considérations générales sur la valeur et le profit des capitaux, et spécialement des fonds de bois.
Nous n’avons examiné, jusqu’à présent, l’exploitabilité forestière qu’au point de vue de la quantité, de l’utilité, et de la valeur absolue des proauits. La quantité et l'utilité des choses intéressent presque exclusivement le consommateur ; leur valeur touche surtout le producteur; mais ce qui lui importe principalement, c’est le rapport qui existe entre cette valeur et le capital dont elle émane ; aussi, les spéculateurs qui ont à faire emploi d’un capital pécuniaire, cherchent-ils à l’affecter à l’entreprise qui leur promet le bénéfice le plus grand, c’est-à-dire un profit qui soit, par rapport au capital, le plus élevé possible. Cette préoccupation légitime se rencontre chez le propriétaire de bois, et l’on conçoit qu'on ne
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puisse y satisfaire qu’en recourant à une exploitabilité bien différente de celles que nous avons étudiées précédemment.
On a souvent défini l’exploitabilité dont il s’agit : l’exploitabihité relative à la rente la plus élevée.
J’adopterai aussi cette définition, quoiqu'elle ne soit peut-être pas irréprochable.
Ce qui caractérise l’exploitabilité qui va faire l’objet de notre examen, c’est donc l'intervention de la valeur capitale parmi les éléments à prendre en considération, quand on veut déterminer l’âge auquel il convient d'abattre des bois. Nous ne nous sommes encore occupé que du produit, sans songer à l’agent de production et au prix qu'on y attache dans les transactions commerciales; or, cet agent a, comme les autres capitaux, une valeur commerciale, et il ne saurait dès lors être négligé par le spéculateur qui se propose de fixer, pour l'exploitation d’un bois, l’époque la plus favorable à ses intérêts.
Je dis que les capitaux ont une valeur commerciale. Pour l'intelligence de ce que j'aurai à exposer relativement aux fonds de bois, il est nécessaire de rappeler comment se constitue et fonctionne cette valeur.
On désigne sous le nom de capitaux toutes les choses, tous les objets qui servent ou qui contribuent à la production; ce sont donc en général des instruments de travail; leur valeur repose sur les services productifs qu'ils sont susceptibles de rendre; elle s'établit, dans le commerce, en multipliant le prix
net de ces services par un facteur convenu. Ce facteur varie suivant des circonstances nombreuses dont : les principales sont la sécurité du placement et l’abondance des capitaux disponibles; mais il ne monte œuère au-dessus de 40, tandis qu'il peut descendre beaucoup plus bas.
Les fonds de terre participent de la nature des capitaux, et dans le langage ordinaire, on s'accorde à les ranger dans la même catégorie.
Qu'est-ce que le profit net? — C’est l’excédant du produit pécuniaire sur les frais de production, d’où il résulte que les capitaux dont les services productifs seraient juste suffisants pour couvrir les frais de production, n'auraient aucune valeur commerciale, ce qui, soit dit en passant, ne les empêcherait pas d'être souvent fort utiles. Ainsi, qn’on suppose un fonds de terre dont le produit suffirait à peine à l’entretien du cultivateur et de ses instruments de travail, il est clair que, commercialement, ce fonds sera sans valeur; mais dès qu'il y à un profit net quelconque, la valeur capitale surgit, et pour l’apprécier, pour la déterminer, il n’y à qu'à multiplier ce profit par le facteur exprimant la relation convenue dont je viens de parler, la relation consentie entre Île profit net et le prix de l'agent qui sert à le produire. Pour une terre arable, le profit net sera multiplié par AO; pour un bois, par 33; pour un capital
A. Il est bien entendu que dans ces frais est compris le bénéfice de l'entrepreneur, quand il y a un entrepreneur.
DE L’EXPLOITABILITÉ. 91 employé à l'armement d’un navire, par 15, elc. Ce profit net qui sert à l'évaluation des capitaux, indique en même temps ce qu'ils coûtent à l’industriel qui ne demande que la faculté d’en user, et il porte alors le nom générique d'intérêt (comprenant le loyer, le fermage, etc.). On suppose en effet que ce profit net est la conséquence nécessaire de l’intervention du capital, qu'il lui est, en quelque sorte, inhérent, et qu’il est dû, dès lors, au propriétaire, soit que celui-ci emploie lui-même son capital, soit qu'il le fasse fructifier par d’autres mains. Il se pourrait certainement que l’emprunteur ne trouvât point dans les services du capital qu’on lui aurait prêté, cet excédant qui constitue le revenu du propriétaire. Cela ne prouverait rien contre ce que j'ai avancé à propos des rapports qui existent entre les profits nets et les capitaux. Cela prouverait seulement que le capital dont il s’agit aurait été surévalué ou mal exploité.
D’après ces considérations, la valeur d’un capital ne tiendrait pas à celle de ses parties intégrantes; elle serait intangible, extrinsèque, elle se lierait au revenu; elle diminuerait et progresserait avec lui.
Il est cependant connu de tout le monde que la valeur commerciale d’une forêt, n’est pas toujours avec le revenu net qu'on en retire, dans le rapport adopté pour les placements de l'espèce, et qu’elle dépasse quelquefois le chiffre que l’on obtient par la capitalisation de son revenu au taux desdits placements. |
D'où cela provient-il ? Comment concilier ce fait imcontestable avec la proposition précédente ?
Essayons de répondre à ces questions :
Parce que le revenu net sert de fondement au prix que l’on attache à un capital, ce n’est pas nécessairement une raison pour que le revenu étant nul, les objets qui constituent le capital soient frappés de non-valeur ; ils ne le seraient que dans l'hypothèse où ils ne pourraient être soustraits à la destination qu'on leur avait donnée, pour être affectés à un autre emploi. Voici des pierres, du fer, du bois avec lesquels on à construit une maison : si cette maison ne se louait à aucun prix, elle perdrait toute valeur comme capital-maison, capital immobilier; mais les matériaux dont elle se compose, séparés les uns des autres, rentreraient dans la catégorie des produits, reprendraient ainsi une partie de leur valeur primitive, et pourraient, sous une autre forme, fonctionner comme capital. |
Veut-on encore un exemple ? — II nous est fourni par un bateau que l’on aurait transporté dans l'intérieur des terres. Sur le bord de la mer, ce bateau constituait un capital précieux; dans les conditions où on l’a placé, il a perdu comme capital-bateau toute valeur, et, cependant, il est probable qu'on en tirera quelque profit en le dépecant.
Les choses'qui fonctionnent comme capital, peuvent donc avoir et ont en effet, presque toujours, une valeur propre, indépendante de celle qu'elles empruntent à leur fonction ; mais la première est.
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ordinairement beaucoup plus petite que la seconde, et, par conséquent, elle ne saurait exercer aucune influence sur le prix qu'on attache à ces choses dans les transactions commerciales.
Les bois seuls peut-être font exception à cette règle.
Si le fonds de bois était fixe, immutable, il est certain que son prix vénal se réglerait invariablement comme celui des autres capitaux et particulièrement des fonds de terre, d’après son revenu net; mais le fonds de bois peut, dans une très-grande mesure, être transformé : de fixe, il peut devenir cireulant; d'immeuble il peut devenir meuble, et ces propriétés qu'il possède à un degré exceptionnel, lui donnent une valeur intrinsèque, pour ainsi dire, indépendante du revenu qu'or en retire, et qui est susceptible de s'élever, au point de dépasser le chiffre que l’on obtiendrait, en capitalisant ce revenu au taux des placements en bois. Comment s'établit cette valeur? — C’est bien simple : d’après l’usage que l’on ferait de la portion du capital que l’on aurait mobilisée. On sait, par exemple, que l'intérêt des capitaux qui se prêtent dans le commerce aux mêmes conditions de solidité que celles des placements en bois, est de 3 pour 100. Eh bien! si le revenu net d’une forêt descendait au-dessous du profit qu'on retirerait de cette forêt, en transformant sa superficie en argent, il y aurait, à faire cette transformation, un avantage aisément apprécable.
Le point que j'essaye d'éclairer est véritablement la clef de la théorie de l’exploitabilité relative à la rente la plus élevée. Qu'on me permette donc d’insister, et de montrer en quoi la formation du capital-forêt diffère de celle des autres capitaux et notamment des fonds de terre.
Le propriétaire d’une terre arable dépense ordinairement, soit pour ses besoins, soit pour ses plaisirs, le revenu net qu'il en retire. Supposons, cependant, que sa position de fortune et ses goûts lui donnent la possibilité et lui inspirent le désir de le faire valoir; supposons aussi qu'à raison de la solidité du placement, 1l soit disposé à se contenter de l'intérêt qui correspond au taux des placements en fonds de terre. Pour parvenir à ses fins, 1l peut faire l’une des deux opérations suivantes : ou bien augmenter par une nouvelle acquisition l'étendue de ses propriétés, ou bien améliorer celles qu'il possède déjà. Il choisira probablement ce dernier moyen, parce qu’il est plus commode que l’autre, si en employant son revenu à des améliorations, il prévoit qu’il augmentera son fermage d’une quantité égale à l'intérêt de ce revenu; et il continuera, chaque année, le même emploi, jusqu au moment où l'augmentation du profit net cessera de compenser la perte d’intérêt du revenu.
À partir de ce moment, il cherchera pour ses épargnes une autre destination; il s’en servira, par exemple, pour augmenter l’étendue de ses biensfonds.
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Le propriétaire d’une forêt ne doit pas agir différemment; pour lui, l'accroissement d’une année, c’est le revenu ; il ne consentira à l’immobiliser, à l’incorporer au capital, que dans le cas où l’accroissement de l’année suivante lui offrira un dédommagement.
Jusque-là, les deux capitaux, fonds de terre et fonds de bois, donnent lieu à des spéculations identiques; mais ce qui distingue le fonds de bois de la terre arable, c’est que, dans celle-ci, le revenu incorporé au capital ne se retrouverait plus, si une augmentation proportionnelle du revenu net ne se produisait pas ‘ ; tandis que, pour le fonds de bois, il se conserve et se retrouve, lors même que son immobilisation ne procure pas les avantages qu'on en attendait. Le propriétaire d’une forêt ne perd dans ce cas que l'intérêt de son revenu; seulement, il arrive que le rapport du revenu au capital engagé dans cette forêt, descend au-dessous du taux des placements qui sont dans les conditions de solidité que ledit propriétaire recherche; et dès lors il convient à ce dernier de distraire de son capital engagé toute la portion qu'il considère comme inerte, comme dormante, en ce sens qu'elle ne produit pas un revenu équivalant à l'intérêt qu’elle comporte.
4. Jose affirmer qu'il n'est pas un champ en France qui vaille ce qu’il a coûté, qui puisse s’échanger contre autant de travail qu’il en a exigé pour être mis à l’état de productivité où il se trouve.
(BASTIAT, Harmonies économiques.)
Ces considérations générales prouvent que la valeur effective, réalisable, d’un fonds boisé peut dépasser la somme qu'on obtiendrait, en capitalisant le revenu net de ce fonds boisé au taux des placements; elles prouvent que Île rapport entre ce revenu et cette valeur peut être moins grand que celui admis entre les profits et les capitaux de l’espèce. Il existe, par conséquent, des fonds boisés dont il est permis de dire qu'ils ne rapportent que 2, que À pour 100. En existe-t-il qui rapportent plus de à pour 400, en supposant que 8 pour 100 soit le taux ordinaire des placements en fonds boisés? — Non, car si en s'appuyant sur le bénéfice qu’il y aurait à soustraire une partie d’un fonds boisé à sa destination naturelle, on parvient, dans certaines circonstances, à faire accepter ce fonds boisé pour une valeur plus grande que celle qui résulterait de la capitalisation de son revenu net, on rirait évidemment au nez de l'acquéreur qui se fonderait sur l’inconvénient pécuniaire qu’entraînerait ce changement de destination, pour payer un fonds boisé au-dessous de sa valeur capitale.
En résumé, la valeur commerciale d’un fonds boisé peut se régler d’après un taux inférieur au taux de placement des capitaux de cette nature; elle ne peut pas se régler à un taux supérieur; et ce que je veux, en exposant la théorie de l’exploitabilité relative à la rente la plus élevée, c’est indiquer les moyens de faire fonctionner la propriété forestière, d’après le taux de placement qu’on accorde aux capitaux qui
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présentent les mêmes conditions de solidité et les mêmes avantages qu'elle.
Entrons maintenant en matière :
J’examinerai successivement l’exploitabilité relative à la rente la plus élevée, dans son application à un arbre isolé, à un massif non aménagé, et à un massif aménagé.
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De l’exploitabilité relative à la rente la plus élevée, dans son application à un arbre isolé.
Il y à deux suppositions à faire, savoir : 1° celle où cet arbre occuperait un terrain wague, inculte, qui lui offrirait gratuitement l’espace que réclamerait son développement; 2° celle où il serait, au contraire, situé dans un champ sur lequel il ne pourrait pas s’étaler, sans diminuer proportionnellement l'étendue des cultures environnantes.
Première hypothèse. — L'arbre a atteint l’âge où il commence à avoir une valeur échangeable ; — il a quinze ans; doit-on le couper ou le laisser sur pied? — Dès que l’on pose cette question, l’on admet, — chose essentielle, — que les conditions d’aisance du propriétaire lui permettent d’épargner au moins une partie de son revenu annuel, et que, s’il exploitait son bois aujourd’hui, ce ne serait pas pour en dépenser le prix. Ce qu'il cherche donc, c’est le placement le plus avantageux, et il le cherchcra jusqu'à ce que
les exigences de la vie l’empêchent de continuer ou le forcent de diminuer ses épargnes.
Si son arbre reste sur pied pendant encore un an, par exemple, il acquerra une plus-value. Cette plusvalue sera-t-elle au moins équivalente au profit que lui procurerait une exploitation immédiate? — C’est là ce qu’il veut savoir; il y parviendra en comparant la valeur nette que son arbre serait susceptible d'acquérir dans un an à la somme représentant : 1° la valeur nette actuelle ; 2° l'intérêt de cette valeur pendant un an ; 8° la valeur, à un an, du jeune plant qui remplacerait l’arbre existant.
Si le premier terme de la comparaison était plus petit que le second, il faudrait en conclure que tout délai dans l’exploitation serait préjudiciable au propriétaire. |
Si les deux termes étaient égaux. le propriétaire ne trouverait aucun bénéfice à maintenir son arbre sur pied, mais il n°y perdrait pas.
Enfin, si le second terme était plus grand que le premier, l'avantage du retard dans l’abatage de l'arbre serait évident. |
Deuxième hypothèse. — Pour un arbre situé dans un champ cultivé, le raisonnement qui sert à la détermination de l’exploitabilité ne diffère du précédent que parce qu'ici la situation se complique d’une circonstance nouvelle : le préjudice causé aux cultures arables, préjudice qui s’agrandit chaque année. et qui peut se calculer d’après le loyer ou le fermage, le profit net enfin, du fonds de terre que le
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développement des branches ou des racines de l’arbre enlève successivement à la culture. Ce profit net doit donc être compris dans les déductions à faire subir au prix de l’arbre afin d'en avoir la valeur nette; et par conséquent, pour qu'il ne soit pas désavantageux de retarder l'exploitation, il faut que la plusvalue résultant de ce retard soit équivalente, au moins, à l'intérêt de la valeur nette actuelle, augmenté de la valeur d’un jeune plant d’un an et de la somme exprimant le surcroît de préjudice causé aux cultures. |
On obtiendrait plus rapidement la solution du problème en assimilant les valeurs nettes d’un arbre isolé, aux époques successives de sa croissance, à des rentes périodiques dont on chercherait ensuite, par les formules connues, les capitaux. Au capital le plus grand correspondrait l’exploitabilité la plus avantageuse.
De l’exploitabilité relative à la rente la plus élevée, dans son application à un massif non aménagé,
Le massif peut être soumis à une longue ou à une courte révolution; être destiné à subir des éclaircies, avant d'arriver au dernier terme de sa croissance ; ou, si la révolution est très-courte, être affranchi de ces exploitations intermédiaires.
Ce dernier cas étant le plus simple, c’est celui
dont nous nous occuperons d’abord ; mais l’analogie est complète entre un massif que l’on n’éclaircit pas et un arbre isolé, et l’on devine, par suite, que les éléments à apprécier pour fixer l’âge de leur exploitabilité respective, doivent être absolument les mêmes. L’exploitabilité du massif sera donc indiquée, comme celle de l’arbre isolé, par l’âge au delà duquel la plus-value résultant du maintien du bois sur pied ne serait plus égale à l'intérêt de la valeur nelte actuelle, augmenté de la valeur de la première feuille ou des feuilles ? qui se seraient accumulées, depuis l'exploitation, dans le repeuplement.
Si la révolution dépasse un certain âge, il conviendra d'effectuer des éclaircies périodiques dans le peuplement, et j'ai dit que les produits matériels de ces opérations avaient pour effet de rapprocher le terme de l'exploitabilité absolue, c’est-à-dire du plus grand accroissement moyen. Ils auront donc aussi sur l’époque de l’exploitabilité commerciale une influence, influence qu’on appréciera en ajoutant à la valeur nette présumée de la coupe principale le prix sur pied de chacune des éclaircies précédemment effectuées, augmenté de ses intérêts pendant le temps qui se sera écoulé depuis le moment où il aura été réalisé jusqu’à celui où l’on cherche s’il serait utile de procéder à la coupe principale.
Qu'on se soit, par exemple, posé la question de
1, On appelle feuille le recru, la pousse d’une année.
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savoir s'il serait avantageux de retarder d’une année la coupe d’un taillis de 30 ans qui aurait subi une éclaircie 10 ans auparavant : on ajoutera à la valeur nette S de ce taillis de 50 ans la somme représentative du prix sur pied de l'éclaircie à 20 ans, augmenté de ses intérêts pendant 10 ans; puis, on se demandera si la plus-value que le taillis serait susceptible d'acquérir, en restant un an de plus sur pied, équivaudrait au moins à l'intérêt de la valeur S, augmenté de la valeur de la première feuille,
Il n'y a d’embarrassant dans les calculs concernant l’exploitabilité relative à la rente la plus élevée, quand on est fixé d’ailleurs sur le taux du placement, que la valeur du jeune plant ou du jeune repeuplement destiné à remplacer l’arbre ou le massif dont l’exploitabilité est mise en question : mais en y réfléchissant avec soin, on comprendra qu'elle ne peut être exprimée exactement que par la somme qui, s'ajoutant à elle-même, d'année en année, et croissant à intérêts, serait susceptible de reproduire la valeur nette de cet arbre ou de ce massif, à l’expiration d'une période égale à son âge actuel.
Varenne de Fenille estime que la perte résultant de la non-reproduction est égale au quotient de la valeur du peuplement exploitable par le nombre d'années de son âge. Cette manière de voir ne serait logique que si l’on faisait abstraction de l'intérêt des capitaux ; or, c’est précisément cet intérêt qui est le point d'appui de l’exploitabilité relative à la rente la plus élevée ; c’est sur cet intérêt que repose la valeur
capitale à laquelle on compare le revenu; il ne saurait être passé sous silence.
Qu'est-ce que la reproduction de la première année? C’est la première feuille, c’est le premier revenu annuel du fonds de bois. Que l’on assimile ce fonds de bois à une somme d'argent placée ou à un fonds de terre, une accumulation déterminée de ses revenus se constituera de la même manière qu’une égale accumulation des intérêts de la somme d’argent ou des rentes du fonds de terre. Choisissons celles-ci pour exemple : si le propriétaire les fait fructifier pendant 14 ans, quelle somme obtiendra-t-il par ces épargnes successives ? — Pour le savoir, il faut ajouter à la rente de la 1° année augmentée de ses intérêts pendant 14 ans, celle de la 2° année augmentée de ses intérêts pendant 13 ans, celle de la 9° année augmentée de ses intérêts pendant 12 ans, ainsi que les 12 autres rentes bonifiées de leurs intérêts pendant le nombre d’années compris entre leur échéance et le terme de leur placement.
Ce qu’on fait pour le fonds de terre, on doit le faire pour le fonds de bois. La perte résultant de la non-reproduction, perte égale à la valeur de la première feuille, ne peut donc rigoureusement être représentée que par l’annuité qui, s’ajoutant successivement à elle-même et croissant à intérêts, reproduirait, dans le laps de temps indiqué par l’âge du peuplement exploitable, la valeur nette de ce peuplement. |
Quant à cette valeur nette, elle s’établira en
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retranchant du prix de l’arbre sur pied : 4° les frais accumulés des impôts de toute nature; 2° les frais accumulés de garde, d'entretien et d'assurance, s’il y a lieu; 3° les frais de repeuplement dans le cas où ils ne seraient pas mis en charge sur la vente. Il n y a pas à se préoccuper du capital plus ou moins grand que le propriétaire aurait engagé dans l'acquisition du terrain; car il ne s’agit pas ici de rechercher si un propriétaire à fait une spéculation bonne ou mauvaise en boisant une partie de sa propriété; il s’agit seulement de lui indiquer les moyens de tirer le plus grand profit des bois qu'il possède, en lui montrant à quel âge 1l doit les exploiter pour que leur rendement soit, par rapport à leur valeur commerciale, élevé au maximum. Je dirai, en passant, que si l’on comprenait dans le calcul les intérêts du capital engagé, on aurait pour la valeur nette à l’époque d’exploitabilité une expression souvent nulle et quelquefois négative, et cela s'explique, puisque cette valeur représente précisément ces intérêts.
Les déductions que j'ai énumérées sont celles qui constituent les avances obligatoires faites par le propriétaire, les avances auxquelles l'acquéreur ne pourrait pas non plus se soustraire, et sans lesquelles la valeur commerciale de l'immeuble ne saurait être déterminée. |
Il va sans dire que ces déductions ne sont point applicables aux produits des éclaircies.
Je me suis à dessein servi de ces termes prix sur pied pour exprimer le rendement des éclaircies, au
lieu d'employer les mots valeur nette, afin qu’on évite de retrancher. de ce prix les frais d'impôt et de garde, d'entretien et d'assurance, qui ne doivent être déduits que de la valeur brute des coupes principales, sous peine de donner lieu à un double emploi.
Il va sans dire aussi que pour les arbres épars dans les champs cultivés, il n’y a pas à tenir compte de l'impôt foncier, puisqu'il est compris dans les déductions opérées afin de fixer le revenu net de la portion, de plus en plus grande, du terrain que le. développement de ces arbres enlève successivement à la culture.
On s'attend peut-être maintenant à ce que je fasse connaître mon avis sur le taux de placement que l’on doit adopter dans les calculs qu’entraîne la fixation de l’exploitabilité commerciale. Le moment pour cela n’est point venu, et je prie mes lecteurs de suspendre leur impatience, s'ils sont assez bons pour en avoir. Nous sommes aujourd'hui en pleine théorie ; n’y mêlons pas des questions de fait variables et indépendantes des principes. Le taux des placements est plus élevé en France qu en Angleterre; il l’est moins en France qu’en Russie. La théorie que je développe s'applique à tous les pays. Je me bornerai à faire observer dès à présent, parce que c’est encore là un principe, que le taux de placement adopté pour les valeurs qu'on engage dans la production forestière, doit l'être également pour celles qu'on en dégage afin de leur donner une autre des-
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tination. Avances faites, produits réalisés, le taux de placement appliqué à l’accumulation de toutes ces valeurs ne peut être modifié, si l'on ne veut pas s’écarter du but qu’on se propose d'atteindre. Le taux des placements en bois étant de 3 pour 100, si on allait choisir un taux plus élevé pour l’accumulation d'intérêts à laquelle on aurait à comparer Ja plus-value des bois laissés sur pied, on sortirait des conditions du problème; l’exploitabilité relative à la rente la plus élevée serait livrée à toutes les chances aléatoires de la spéculation et deviendrait indéterminable.
De l’exploitabilité relative à la rente la plus élevée, dans son application à un massif aménagé.
J'ai déjà prouvé que les calculs de l’exploitabilité correspondante au plus grand accroissement moyen, soit en matière soit en argent, sont aussi bien applicables aux forêts aménagées qu’à celles qui ne Île sont pas; de sorte que l’exploitabilité absolue, dans ce dernier cas, ayant été fixée, par exemple, à 120 ans, on devrait en conclure qu’une forêt aménagée, qui serait d’ailleurs placée dans des conditions semblables de végétation, fournirait chaque année le produit le plus avantageux, si elle était partagée en 120 coupes de 4 à 120 ans. Ce principe est indépendant de la nature de l’exploitabilité que l’on envisage, et je pourrais en conséquence me dispenser de rien ajouter
à ce que j'ai dit sur la manière de procéder pour déterminer l’époque de l’exploitabilité relative à la rente la plus élevée; mais les forêts aménagées se présentent avec des caractères spéciaux qui permettent, lorsqu'il s’agit d’en obtenir le rapport le plus élevé entre le revenu net et le capital, de recourir à des moyens moins compliqués que ceux dont on se sert pour les bois non aménagés :
Soit une forêt de 100 hectares, peuplée d’une essence susceptible de rester sur pied, sans dépérir, jusqu'a 400 ans; on demande à quelle révolution il est nécessaire de l’assujettir, c’est-à-dire en combien de coupes il faut la FÉES pour en retirer la plus grande rente ?
Si les bois n'avaient une valeur commerciale qu’à partir de l’âge de 15, cette forêt pourrait être soumise à 86 révolutions différentes. Choisissons parmi ces révolutions celles de 100 ans, de 75 ans, de 50 ans et de 15 ans, et cherchons quelle serait la plus avantageuse.
Avec la révolution de 100 ans, le revenu annuel se composera du produit de la coupe âgée de 100 ans et de celui des éclaircies et nettoiements dans les 99 autres coupes.
Avec la révolution de 75 ans, le revenu annuel se composera du produit de la coupe âgée de 75 ans et de celui des éclaircies et nettoiements dans les 7h autres coupes, :
Avec la révolution de 50 ans, le revenu annuel se composera du produit de la coupe âgée de 50 ans
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et de celui des éclaircies dans les A9 autres coupes.
Avec la révolution de 15 ans, le revenu annuel se composera du produit de la coupe âgée de 15 ans et de celui des éclaircies et nettoiements dans les 1h autres coupes.
Ces produits mis de côté, il restera dans chacun des aménagements prévus un matériel sur pied plus ou moins considérable suivant l’âge de la révolution, mais indispensable pour assurer la continuité du revenu annuel, la succession non interrompue des coupes. Chaque aménagement comporte un certain rapport entre le revenu net annuel et la valeur dudit matériel sur pied. C’est ce rapport qu’il faut établir d’abord, et, cela fait, l’époque de l’exploitabilité la plus avantageuse se manifestera d’une manière évidente.
Un premier point à noter, c’est que, dans l’aménagement à 45 ans, la valeur réalisable du matériel sur pied, nécessaire pour assurer la perpétuité de la production, est nulle, puisque ce matériel comprend les 14 coupes de 4 à 44 ans, inclusivement, dont le peuplement n’a aucun prix vénal. La coupe à exploiter, la coupe âgée de 15 ans, a seule de la valeur, les éclaircies n’en ont pas. Avec cet aménagement, le rapport entre le revenu net et la valeur du matériel sur pied, permanent, est aussi grand que possible, puisqu il est infini ; l’âge de 15 ans est donc une limite inférieure au-dessous de laquelle on ne saurait descendre dans la fixation de la révolution, sous peine de renoncer à tout profit. La valeur commerciale de
la forêt aménagée à 15 ans repose exclusivement sur le revenu; elle est égale à la capitalisation de ce revenu au taux des placements; le revenu disparaîtrait, si l’on diminuait la révolution d’une quantité quelconque, et avec lui s’anéantirait la valeur capitale.
Une seconde remarque à faire, c’est que si, à partir de la révolution de 45 ans, on suit la marche progressive, d'un côté, du capital obtenu en multipliant le revenu net par le denier des placements, et, d'un autre côté, de la valeur du matériel sur pied que Jj'appellerai le capital superficiel ou réel, celui-ci, qui est nul dans l'aménagement à 15 ans, s’augmente ensuite dans une proportion plus grande que l’autre, de sorte que, après lui être resté inférieur pendant quelque temps, il devient son égal et le dépasse enfin de plus en plus. Cela se conçoit : le premier capital, que je distinguerai désormais par le mot nominal, est dans un rapport constant avec le revenu; or, le revenu ne s'accroît point, au fur et à mesure qu’on élève l’âge de la révolution, dans une aussi grande proportion que le capital superficiel, que le capital réel.
Nous ne nous éloignerons pas beaucoup de la possibilité des choses en supposant que, pour l’aménagement à 100 ans, le rapport du revenu au capital superficiel, au capital réel, sera de À 1/2 pour 100; pour celui à 75 ans, de 2 pour 100; pour celui à 00, de à pour 100...; mais alors, et si l’on admet que à pour 100 soit le taux des placements en biens-
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fonds boisés, il est clair que l’âge de 50 ans est une limite supérieure que l’on ne pourrait dépasser dans le choix de la révolution, sans se condamner à une perte d’autant plus forte que la révolution serait plus longue.
15 et 50 ans, voila donc les âges entre lesquels doit se renfermer la révolution pour satisfaire au but que l’on poursuit ! Si l’on veut maintenant préciser le terme intermédiaire auquel il convient de la fixer, on poussera à leur dernière conséquence les considérations sur lesquelles on s’est appuyé pour réduire la révolution de 100 à 75 ans d’abord; puis de 75 à 59 ans. Ces réductions successives pouvaient avoir 1l est vrai pour résultat de diminuer le revenu net de la forêt; mais elles étaient justifiées surabondamment par l’intérêt seul de la portion de la superficie dont elles permettaient la réalisation. On se disait : Puisque l'intérêt de cette portion, réalisée et placée dans les conditions désirables de solidité, sera plus grand que le revenu qu’elle me fournit sous la forme où elle est, il n’y a pas à hésiter, changeons cette forme. C'était là un raisonnement très-rationnel, d’une justesse incontestable, et qui peut se traduire ainsi : [1 y a avantage à diminuer la révolution, lorsque l’amoindrissement du capital superficiel, réel, qui enestle résultat, doit être accompagné d’un amoindrissement proportionnellement moins fort du revenu net, ou, ce qui revient au même, du capital nominal, du capital obtenu par la capitalisation de ce revenu au taux des placements. Il ne pouvait y avoir doute
à ce sujet pour les révolutions supérieures à celle de 50 ans. Pour celles qui lui seraient inférieures, l'évidence n’existe plus au même degré; mais il sera facile de la dégager si nous supposons qu’on soit fixé sur le capital superficiel, le capital réel, et le revenu net correspondant que comporte l'aménagement à un âge quelconque. En effet, pour reconnaître s’il y à ou non opportunité à adopter une révolution plus petite que celle de 50 ans, 1l suffira d'ajouter à l’intérêt de la somme que l’on réaliserait en raccourcissant la révolution, le revenu net que la forêt fournirait encore après ce raccourcissement, et de comparer le total au revenu net actuel de la forêt.
Si l’âge de 50 ans était, par impossible, supérieur à celui correspondant au plus grand revenu forestier moyen, la diminution de la révolution, tout eu amoindrissant le capital superficiel, aurait pour effet d'augmenter le revenu forestier ; et, dans ce cas, cette diminution serait très-avantageuse, puisque à l’accroissement du revenu forestier s’ajouterait l’intérêt du prix de la portion du capital superficiel, du capital réel, que l’on aurait réalisée.
Sile même âge de 50 ans était inférieur à celui correspondant au plus grand revenu forestier moyen, la diminution de l’âge de la révolution entraînerait celle du revenu forestier ; mais il se pourrait que la différence, entre le revenu qu’on aurait retiré jusqu'alors et celui qu'on retirerait désormais, fût plus que couverte par l'intérêt de la portion réalisée du capital superficiel; l'avantage d’une révolution plus
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courte, pour être moins grand que dans le premier cas, n’en serail pas moins certain.
Enfin, si cette différence précitée n’était pas compensée par l'intérêt de la portion réalisée du capital superficiel, ce serait une preuve que l’on ne pourrait pas baisser, sans préjudice, l’âge de l’aménagement.
En résumé, 2! y a, dans le raccourcissement de la révolution et dans l’amoindrissement du capital superficiel, du capital réel qui en résulte, un point auquel on doit s’arréter, quand on recherche l’exploitabilité relative à la rente la plus élevée, et ce point est indiqué par le moment où tout amoindrissement nouveau entraînerait une diminution proportionnellement plus forte du revenu net, et par conséquent du capital nominal.
L’exploitabilité relative au rapport le plus-grand entre le revenu et le capital, est soumise à certaines lois dont plusieurs méritent d’être particulièrement signalées.
Lois auxquelles est soumise l’exploitabilité relative à la rente la plus élevée.
1° L'exploitabilité relative à la rente la plus élevée se réalise presque toujours avant celle qui correspond au plus grand accroissement moyen; elle est plus rapprochée pour les arbres épars dans les champs culhivés, que pour ceux qui sont situés dans les terres
incuiles, el moins rapprochée pour les massifs qui ne sont pas assujethis à des éclaircies périodiques, que pour ceux qu le sont.
2° Elle se fait d'autant moins attendre que les essences sont de moins bonne qualité, et moins susceptibles d'acquérir de l'utilitéet de la valeur en vieillissant.
9° Enfin, et c’est le point le plus remarquable, elle est d'autant plus près de coïncider avec celle du plus grand revenu moyen, que lintérét de l’argent est moindre : de sorte que cet intérêt étant nul, les deux exploitabilités se présenteraient à la méme époque.
Consacrons quelques instants au développement de ces propositions ; car nous aurons à en tirer des conséquences pratiques intéressantes.
1° L'exploitabihité relative à la rente la plus élevée se réalise presque toujours avant celle qui correspond au plus grand accroissement moyen.
Cela provient de ce que la plus-value d’un bois, résultant de l'augmentation annuelle de la matière ligneuse, dans un temps donné, est ordinairement moindre que la somme que procureraient, dans le même temps, les intérêts d'un capital équivalent à la valeur nette de ce bois. C’est dans la phase descendante des accroissements annuels que se rencontre l’époque du plus grand accroissement moyen; or, quand on assimile un bois à une somme d'argent placée, et qu’on veut en obtenir le plus grand profit, on ne peut, sauf de très-rares exceptions, sous peine de manquer son but, prolonger la révolution au delà du terme qui marque l'apogée de la végétation. En
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LD
effet, lorsque les bois ont dépassé cet apogée, le prix du mètre cube ne s'élève plus; la valeur de leur accroissement annuel diminue donc constamment, à partir de cette époque, avec l'accroissement lui-même, et ne saurait suppléer à l’intérêt toujours croissant du produit en argent qu'onaurait réalisé par l'exploitation.
On se convaincra également, sans peine, que l’exploitabilité relative à la rente la plus élevée, est plus rapprochée pour les arbres épars dans les champs cultivés, que pour ceux qui sont situés dans des terrains vagues, si on se rappelle que pour qu'il y ait avantage à retarder la coupe dans ce dernier cas, il suffit que la plus-value présumée de l'accroissement soit plus grande que l'intérêt de la valeur de l'arbre, pendant un an, augmenté du prix de la feuille ; tandis que dans le premier cas, à ces éléments il faut en ajouter un autre qui augmente chaque année, et qui consiste dans le préjudice causé à la culture arable par le développement, soit des branches, soit des racines de l'arbre. L’accroissement de cet arbre étant supposé le même dans les deux cas, il est évident qu'il atteindra plus tôt dans le premier que dans le second, la limite au delà de laquelle il cesserait d'être rémunérateur.
C’est sans doute à cette raison que tient la défaveur dont les plantations, dans les champs cultivés, sont l'objet de la part de nos agronomes les plus renommés, MM. Dombasle, Gasparin, etc. t,
1. On applique souvent aux forêts jardinées dont on veut régler
Enfin, l’eæploitabilité relative à la rente la plus élevée, est plus tardive pour les massifs éclaircis périodiquement, que pour ceux qui ne le sont pas. Cela s'explique par les produits intermédiaires que fournissent les premiers; produits qui, en augmentant tout à la fois le revenu net et le capital obtenu par la capitalisation de ce revenu au taux des placements, tendent à reculer l’époque où ce capital devient moindre que le capital superficiel.
2° L’explouabihté relative à la rente la plus élevée est d'autant plus rapprochée, que les essences sont de moins bonne qualité et moins susceptibles d'acquérir de l'utilité et de la valeur en vieillissant.
Ainsi, pour des bois blancs qui ne seraient propres qu'au chauffage, l’époque de la coupe devrait être plus avancée que pour des bois durs qui, propres au <hauflage seulement, dans les premières années de leur existence, ne tardent pas à acquérir des qualités précieuses qu'on recherche pour une foule d'ouvrages, et qu’on paye en conséquence.
Si l’on veut saisir la vérité de cette proposition, l’exploitabilité, le procédé des expériences individuelles, c’est-àdire qu’on fait entrer les arbres dont elles se composent dans la catégorie des arbres isolés. Ce procédé n’est pas, à beaucoup près, aussi exact que celui qui consisterait à évaluer le revenu moyen annuel et à le comparer au capital superficiel. Dans tous les cas, si on y a recours, il ne faut pas oublier de tenir compte du dommage causé aux sujets environnants par l'arbre d'expérience; ce
faisant, on reconnaîtra, comme la culture l'enseigne d’ailleurs, que la méthode jardinatoire est de toutes la moins productive.
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il est encore nécessaire de se rappeler qu’il est avantageux seulement de retarder l'exploitation, quand l'on est autorisé à espérer que l'intérêt du produit réalisable, joint à la valeur de la première feuille, trouvera une compensation suffisante dans la plus-value résultant de l’accroissement.
Négligeons, pour simplifier la question, la valeur de la première feuille, qui ne saurait exercer une influence importante sur la solution du problème, et dont l’absence est même de nature à corroborer notre démonstration. Ne mettons dans la balance que l'intérêt du produit réalisable, d'une part, et, de l’autre, la plus-value résultant de l'accroissement. Supposons enfin que le prix du bois reste le même, quel que soit l’âge.
N'est-il pas vrai qu’en suivant un arbre ou un massif dans ses développements annuels successifs, on observe que le sacrifice de l'intérêt auquel on se soumet, en retardant l'exploitation, est proportionnel à la somme des accroissements antérieurs; tandis que la- plus-value résultant de l'accroissement, au contraire, n’est jamais fonction que d’une année? Progressive d'abord, elle devient ensuite stationnaire, puis de plus en plus petite. En présence d’un préjudice, d'une perte, qui s’augmente en quelque sorte dans une progression géométrique, se trouve donc un avantage variable dans des limites nécessairement étroites. Admettons, au reste, un instant, que l'accroissement annuel soit constant et représenté par 1, hypothèse d'autant plus acceptable que
l'erreur qu’elle renferme affecte également les deux termes de notre comparaison. L'arbre ou le massif qui vaudra À à À an, 2 à 2 ans, vaudra 100 à 100 ans; la plus-value annuelle sera toujours égale à l’unité, tandis que l'intérêt du produit réalisable, sera pour le massif de 400 ans, cent fois plus fort que pour celui de 4 an.
Mais si nous supposons actuellement que le prix du mètre cube grandit avec l’âge, il est incontestable que l’écart entre les deux facteurs de la comparaison en sera atténué. Pour que cet écart disparût complétement, il faudrait que le prix du mètre cube grandit dans une progression semblable à celle que suivrait l'intérêt des valeurs successivement accumulées, ou, en d’autres termes, que le prix du mètre cube à 100 ans füt cent fois plus élevé que celui du mètre cube à À an.
En fait, la progression que suit le prix des bois selon leur âge et leurs dimensions, est fort éloignée de celle qui aboutirait au résultat que procure l'accumulation des intérêts. , ;
Ce que je viens de dire peut encore, et en deux mots, se démontrer de la manière suivante :
Au lieu de considérer l’accroissement annuel, abstraction faite des accroissements précédents représentés par le bois sur pied, considérons-le dans son rapport avec ces accroissements.
Soit V le volume de l'arbre, a son accroissement annuel, nson âge. Pour connaître le rapport à tant pour 100, on posera
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ND ATOOE EE x — ÿ ; Mais a (nous supposons l’ac-
V T0 N100 croissement annuel constant) =-;onadoncx=— =, n Vn n
de sorte que lorsque n sera > 100, le rapport sera < 1 ; or, le prix du bois ne changeant pas avec l’àge, l'intérêt qu’on obtiendrait de la réalisation du prix de larbre suivrait une progression semblable, mais en sens inverse, c’est-à-dire
: ! PEU 100 croissante : à 100 ans l'intérêt de V serait —.
Donc, l'équilibre entre la plus-value de l'arbre laissé sur pied et les intérêts qu'on retirerait de sa valeur, ne pourrait être établi, que si l'augmentation du prix de cet arbre était suffisante, pour racheter la diminution du rapport de l’accroissement annuel à la somme des accroissements antérieurs.
L'échelle des prix, telle qu’elle est aujourd’hui fixée par les transactions commerciales, ne saurait réaliser la compensation désirable ; mais comme elle exerce néanmoins une très-grande influence sur la fixation de l’exploitabilité commerciale, on commettrait de graves erreurs, si on ne la consultait pas avec soin. La plus-value résultant des qualités plus précieuses qu'acquiert le bois en vieillissant, n’est pas uniforme dans sa progression ; elle éprouve des temps d'arrêt plus ou moins prolongés suivant les essences et les convenances industrielles ou commerciales ; puis, elle augmente brusquement. C’est une circonstance à laquelle il importe de faire beaucoup d’attention. Si les calculs relatifs à la recherche de l’âge
d’exploitabilité s’appliquaient par exemple à un de ces temps d'arrêt, ils pourraient conduire souvent à hâter l’exploitation; tandis qu'en prenant en considération l'époque plus ou moins prochaine où le bois serait devenu propre à une destination supérieure, on aurait peut-être trouvé dans les avantages de cette destination, une compensation plus que suffisante pour la perte résultant du retard de l’exploitation.
Citons un exemple : Les sapins qui ont moins de 0",16 de diamètre au gros bout, ne sont guère propres qu'au chauffage, et s'ils ne devaient pas, en grossissant, acquérir, toutes proportions gardées, un plus grand prix, il est présumable qu'on ne les laisserait pas dépasser cette dimension; mais au- dessus de 0,16 et jusqu'à 0*,22 de diamètre, ils prennent la qualité de chevrons, trouvent ainsi leur emploi dans les constructions, et empruntent à cette destination une valeur relativement plus élevée; plus tard, quand ils dépassent 0.22, ils deviennent propres à faire des pannes simples, c'est-à-dire, des pièces plus recherchées, plus utiles que les premières et par conséquent, à volume égal, plus chères; ils demeurent dans cette catégorie jusqu'à ce que leur diamètre atteigne 0",32. De 0",32 jusqu'à 0".,86, ils sont comptés comme pannes doubles, c'est-à-dire, comme bois de grosse charpente, mas ils n’ont pas encore atteint l’apogée de leur prix. Au-dessus de 0",36, ils servent au sciage, et c’est alors seulement que leur maximum de valeur et d'utilité est obtenu.
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Or, pour les conduire jusque-là, il est nécessaire de les laisser sur pied jusqu’à 80 ans environ. C’est ce que font les propriétaires des Vosges ; ils trouvent dans l’augmentation du prix du bois, suivant les dimensions, un dédommagement, sinon une compensation, à la diminution du rapport entre le revenu annuel et le capital engagé.
Je répéterai encore que tout ce que j'ai à dire sur l’exploitabilité forestière, est applicable aussi bien aux bois aménagés qu'à ceux qui ne le sont pas, et, lorsque je néglige de choisir mes preuves dans les deux catégories, c’est que la démonstration ne me paraît pas en avoir besoin. Mes observations relatives à l’échelle des prix me paraissent, cependant, tellement importantes, qu'au risque d'être accusé de rebattre toujours la même question et d’entrer dans des développements superflus, j'en vérifierai la justesse dans une forêt aménagée.
Soit une forêt régulière exploitable dans une révolution de 25 ans : la coupe de 25 ans formera le revenu; le peuplement des 2/4 autres coupes constituera le capital superficiel. Si nous supposons que le bois ne soit, jusqu'à 25 ans, bon que pour le chauffage, mais qu'à 26 ans, il devienne propre à une destination supérieure, qu'en devra-t-on conclure? — On en devra conclure que, selon toute probabilité, il serait avantageux d'augmenter d’un an l’âge de la révolution et de partager la forêt en 26 coupes au lieu de 25. Je dis, selon toute probabilité, car cette destination supérieure, qui ferait attribuer au bois
un prix plus élevé, n’affecterait nullement le capital superficiel, lequel resterait toujours propre au chauffage seulement, et elle porterait tout entière sur le revenu net annuel; d'où il résulterait que le rapport de ce revenu au capital superficiel serait augmenté,
3° L'exploitabilité relative à la rente la plus élevée, est d'autant plus près de coïncider avec l'époque du plus grand revenu moyen, que l’intérét des placements en argent est moindre.
C'est une proposition que les explications précédentes ont rendue évidente ; cependant, si quelquesuns de mes lecteurs n'étaient pas de cet avis, je les prierais de me prêter un moment d'attention.
On se souvient que l’exploitabilité qui procure le plus grand revenu moyen, est indiquée par l’année où l'accroissement annuel devient égal, en valeur, à l'accroissement moyen. On n’a pas oublié non plus que, pour fixer l’âge qui- correspond à l’exploitabilité commerciale, il faut rechercher l’année à l’expiration de laquelle la plus-value, résultant de l'accroissement, serait équivalente à l’intérét des accroissements antérieurs, augmenté de la valeur de la première feuille, c’est-à-dire de la somme qui, s’ajoutant à elle-même d’année en année, et croissant à intéréts, serait susceptible de reproduire, dans le même temps, la valeur nette de ces accroissements. Il y a là une équation dont le premier membre ne présente qu’un terme : la plus-value résultant de l'accroissement ; dont le second membre se compose
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de deux termes : l’intérét des accroissements antérieurs et la première feuille. Si l'intérêt de l'argent était nul, le premier membre ne changerait pas; dans le second, le premier terme (intérêt des accroissements) disparaîtrait, et il ne resterait que la première feuille; mais, cette première feuille qui ne pourrait plus s’accroître à tntérét, deviendrait tout simplement égale à la somme qui, s’ajoutant à ellemême, d'année en année, pendant la révolution, représenterait à la fin de cette révolution la valeur nette du bois exploitable.
La révolution étant exprimée par n, et la valeur nette du bois exploitable par P, la feuille serait
L4 4 P , A Q 9 Le égale à > Cest-à-dire au revenu moyen. L’exploi -
tabillté commerciale serait, en conséquence, indiquée par l’âge où la plus-value résultant de l’accroissement, plus-value qui n’est autre chose que la valeur de l'accroissement annuel, deviendrait égale au revenu moyen.
On voit clairement, par là, que l'intérêt de l’argent étant réduit à 0, l’exploitabilité commerciale se confond avec celle qui correspond au plus grand revenu moyen absolu.
La démonstration algébrique de ce théorème est d’ailleurs bien simple, et je vais la donner, quoique ces sortes de preuves soient loin de jouir AUDE hui d'une grande faveur.
Appelons :
n, l’âge du bois dont on se demande s’il est bon de retarder l'exploitation :
a, la valeur de l’accroissement à la n + 1° année;
A, la valeur des accroissements antérieurs :
®, la première feuille;
r, l'intérêt de la somme qu'on réaliserait en exploitant actuellement.
Pour qu'il ne soit pas avantageux de retarder l'exploitation, il faut que l’on ait :
(Hr=NrÉE.
Cherchons la valeur de o.
Cette valeur est celle qui, s’ajoutant à elle-même d'année en année, et croissant à intérêts, reproduirait, à l'expiration de ces n années, la valeur A : nous avons donc (avec les intérêts composés) :
mn — 1 n —2 n —1 Aer). +e(l+r) +e=el(l+r) n —2 + AE) Es (hoel À