AVEC L’INTÉRÊT DE L’ÉTAT
L'État est éternel ; l’intérêt de l'avenir doit donc être mis sur la même ligne que celui du présent, lorsqu'il s’agit de régler l'exploitation des forêts qui iui appartiennent ; et, pour satisfaire à ce principe dont la justesse me paraît incontestable, il est nécessaire d’abord d’adopter un mode d'exploitation qui ne puisse pas compromettre la conservation du domaine forestier ; or ce mode est, sauf de rares exceptions, celui de la futaie.
Tous les membres de la société ont un droit égal aux produits des forêts de l’État. Ces produits ne sauraient dès lors être regardés comme un objet de spéculation. Lorsque l’État les vend, il ne poursuit pas le même but que les autres propriétaires de bois. Il se sert de la vente comme du moyen le plus convenable, pour distribuer aux citoyens qu'il représente, un revenu qui n'appartient pas plus à l’un qu'à l’autre ; il ne prétend pas d’ailleurs retirer de cette opération un profit commercial. L'État et la société ne faisant qu'un, l'État propriétaire de bois, quelle qué soit la manière dont il en fait jouir le public, les consacre en réalité dans tous les cas à son usage, à sa consommation; et, partant, ce qu’il doit chercher à retirer de ses forêts, c’est sur un point
donné la plus grande quantité des produits annuels les plus utiles. Les longues révolutions sont donc celles qu'il lui convient d'adopter en général, puisqu'elles tendent à augmenter la quantité et l’utilité de la production ‘
Les profits du sol forestier ne consistent pas seulement dans la valeur de la coupe annuelle ; ils consistent aussi dans les ressources que le bois offre au travail national, dans le courant commercial et indus-. triel auquel il donne lieu; ils consistent en outre dans l'influence heureuse que les forêts exercent par leur existence même sur les conditions mn d'un pays.
Aucun de ces profits n’est perdu pour le propriétaire, quand ce propriétaire est l’État; et comme leur importance est en raison directe de l'utilité et de la quantité des produits et de la grosseur des arbres, il y a là encore de nouvelles raisons pour que l'État préfère les longues révolutions aux courtes.
L'avantage d'une prompte jouissance ne saurait compenser, pour l’État, la diminution de produits qu’entraine nécessairement le raccourcissement des révolutions.
Il est certain que deux coupes” de “bois à
A, Ce n’est que très-exceptionnellement qu’il peut y avoir pour l'État intérêt à en adopter de courtes; cependant, si une industrie indispensable à la société réclamait impérieusement des bois de petites dimensions et qu’on ne püt se les procurer que dans les forêts domaniales, il faudrait tenir compte de ces besoins dans le choix du traitement desdites forêts.
DE L’'EXPLOITABILITÉ. 155
l’âge de 50 ans donneront moins qu'une seule coupe à l’âge de 100 ans; mais on objectera que, sion emploie le prix de la première coupe à 50 ans, d’une manière reproductive, jusqu’à l’époque de la seconde coupe au même âge, le profit qu'on en retirera pourra égaliser, s'il ne le dépasse, l’excédant du produit de la coupe à 100 ans sur celui des deux coupes à 50 ans. Cela est vrai, mais je ferai remarquer que cet excédant aura été donné en quelque sorte gratuitement par la nature, tandis que le profit qu’on lui compare, résultat des efforts de l’homme, aura exigé, consommé une main-d'œuvre qui aurait pu être utilisée autrement.
Pour que l’avantage d’une jouissance anticipée fût réel pour l’État, il faudrait deux choses : 4° qu'il y eût.dans notre pays surabondance de bois ; 2° qu’il ne füt pas possible de se procurer autre part que dans nos forêts des instruments de travail. Or, il y a au contraire pénurie de bois; et il n’est pas nécessaire de couper les forêts avant leur maturité, pour se procurer des instruments de production. Une opération qui aurait pour résultat d’amoindrir la puissance productive d’un capital, dont la nature a fait tous les frais, ne saurait donc trouver une justification suffisante dans l'importance du capital artificiel qu’on pourrait créer au moyen de cette diminution.
Il n’en est pas moins vrai cependant qu’au delà d'un certain âge l'accroissement d’un massif boisé ne représente plus, en valeur pécuniaire, l’intérêt de la somme qu’on réaliserait en le coupant; et on peut
se demander si cet intérêt doit être exclu des considérations qui doivent présider à la gestion des forêts de l'Etat.
Il y aune raison péremptoire pour que cette question soit résolue par l'afirmative :
Cette raison, c’est que l'intérêt de l’argent n’implique pas une augmentation de revenu; c’est qu’en supposant un moment qu'il pût être supprimé, sans que la circulation des capitaux en soufirit, la quantité d’utilités créées, de valeurs produites au bout de l’année, n'en serait pas altérée. Il résulte de là que l'intérêt constitue un bénéfice pour Îles individus ou pour une fraction de la société considérée par rapport à la masse des citoyens, parce qu'il modifie, en faveur de ces individus ou de cette fraction de la société, la répartition du revenu social ; mais qu'il ne saurait. dans aucun cas, constituer un bénéfice pour l'État.
Cette vérité a longtemps été méconnue; aussi voyons-nous encore une grande partie des forêts de l’État exploitées en taillis; mais les saines doctrines paraissent avoir enfin définitivement prévalu. L’administration est entrée dans la voie des conversions en jutaies ; on ne saurait trop l’en féliciter.
DE L'EXPLOITABILITÉ.
Ron (SLI a]
ARTICLE IT