EN AFFECTATIONS CORRESPONDANTES
Le cadre dont nous nous sommes servi pour dresser le tableau des exploitations du taillis simple offre cependant de grands avantages, au triple point de vue de la simplicité, de la facilité et de la sûreté qui en résultent pour la marche de ces exploitations. Il est désirable, en conséquence, que l’on s’en écarte le moins possible dans’ la formation du tableau
d'exploitation de la futaie, et que l’on y apporte seulement les modifications impérieusement commandées par l'intérêt de la conservation et de la régénération des massifs. |
Si l’on ne peut prévoir l’année dans laquelle devra se faire l’une quelconque des coupes de régénération, sur un point déterminé, on peut, sans se tromper, assurer que cette coupe aura lieu dans une certaine période de temps.
Étant donné un massif exploitable en vingt années, si on ne peut, sous peine de compromettre sa régénération, régler la contenance des coupes annuelles et fixer, en outre, l’ordre dans lequel ces coupes devront se succéder, on comprend qu’en laissant à un forestier expérimenté la faculté d’exploiter ledit massif de la manière qu’il jugera la plus convenable, il se charge de le régénérer complétement dans le délai voulu.
Ceci admis, il s'ensuit que s’il n’est pas possible d'arrêter, dans le plan d’exploitation d’une forêt divisée en cent parties, exploitables en cent ans. l’ordre dans lequel ces cent parties devront être successivement exploitées et régénérées, il est permis de demander et de prescrire que l’on coupe et que l’on régénère, dans un certain nombre d’années, préalablement fixé et obligatoire, un même nombre de parties prises dans leur ensemble.
Quel sera ce nombre d'années, quelle sera la durée de la période pendant laquelle l'assiette des
- coupes devra rester indéterminée ?
Ïl est aisé de le deviner:
Cette durée sera au moins égale au double de l'intervalle probable de temps qui séparera, pour un même point, la coupe d’ensemencement de la coupe définitive. Si cet intervalle est de 10 ans, la durée de la période devra être au moins de 20 ans; s’il est de 5 ans, la période pourra être réduite à 10 ans; s’il était égal à zéro, ce qui signifierait que, par une seule et même coupe, on pourrait enlever tous les arbres exploitables et assurer le repeuplement, la période deviendrait nulle, et la fixation par contenance des coupes annuelles, possible.
Plaçcons-nous dans la première hypothèse d’un intervalle de 10 ans, entre la coupe d’'ensemencement et la coupe définitive. Supposons aussi, pour ne pas compliquer inutilement la démonstration, que les coupes claires ou secondaires ne soient pas nécessaires, et que les arbres exploitables dans une contenance déterminée se distribuent par portions égales, entre la coupe d’ensemencement et la coupe définitive. Mettons-nous, enfin, en présence de la forêt que nous avons déjà prise pour exemple, laquelle serait une futaie partagée en cent parties, exploitables en cent ans. Cette année, nous nous transporterons dans la partie la plus âgée, et nous y procéderons à une coupe d’ensemencement ; mais cette coupe ne devant nous donner que la moitié des arbres que nous aurions à prendre, si nous n'avions à nous préoccuper de la régénération, nous comblerons le déficit en pratiquant une autre coupe d'ense-
mencement sur toute la partie contiguë. L'année prochaine, nous ferons, par des raisons analogues, les premières coupes de régénération sur la troisième et la quatrième partie, et dans dix ans, c'est-à-dire à l’époque où nous pourrons revenir au pointde départ pour commencer les coupes définitives, nous aurons les vingts parties les plus âgées de la forêt, à l’état de coupes d’ensemencement. Or, ilestclair que celles de ces vingt parties qui auront été mises les dernières en cet état, ne nourront être exploitées définitivement que 40 ans plus tard, c’est-à-dire dans 20 ans.
La durée de la période pendant laquelle l’assiette et la contenance des coupes resteront incertaines, dépend donc de la promptitude plus où moins grande avec laquelle les peuplements sont susceptibles de se régénérer par les semences. Toutes les essences ne présentent pas, sous ce rapport, les mêmes propriétés. La nature du climat et la qualité du sol influent d’ailleurs beaucoup sur les repeuplements naturels. Toutefois, on peut porter en général à une douzaine d'années, en moyenne, le délai nécessaire pour la régénération suffisamment complète d’un peuplement quelconque, si l’on à soin, d’ailleurs, de venir en aide à la nature par des travaux intelligents. Les forestiers qui ne parviennent pas à obtenir des repeuplements naturels, qui sont disposés à les croire impossibles, et qui en accusent la force des choses, devraient en accuser surtout leur incurie. Il est probable qu’ils changeraient d'avis s'ils prenaient quelques soins pour faciliter ces repeuplements par
des préparations de terrain faites en temps opportun, etc. Au surplus, si, malgré toutes les précautions prises, il devait s’écouler plus de 10 à 12 ans entre la coupe d’ensemencement et la coupe définitive, Je conseillerais de recourir alors aux repeuplements artificiels, afin de ne pas être amené à prolonger la durée de la période d'exploitation. En effet, il ne faut pas perdre de vue que tout retard dans la régénération d’un peuplement exploitable se traduit par une diminution dans le revenu, et qu'on méconnaîtrait les règles d’une saine économie, si on permettait que le chiffre de cette diminution püût s'élever au-dessus des frais qu’occasionnerait le semis ou la plantation du terrain à régénérer ‘.
Une autre considération pour ne pas prolonger au delà de 20 à 24 ans la durée de la période dont nous nous occupons, c’est qu'il convient de restreindre, autant que possible, la faculté de comprendre dans les exploitations, des bois qui ne sont pas encore parvenus à l’âge d’exploitabilité.
À ces principes ajoutons-en un autre : il importe beaucoup que la période en question contienne un nombre d'années qui soit une partie aliquote de la révolution. S'il n’en était pas ainsi, on se verrait obligé d'adopter pour les périodes successives de cette révolution une durée inégale, et on s’exposerait dès lors, soit à rester en decà, soit à aller au delà du
1. Sur la durée de la période, voir la note au bas de la page 280.
DÜ PLAN D'EXPLOITATION. 239
terme reconnu Île plus convenable, eu égard aux exigences de la culture *.
Ces préliminaires posés, mes lecteurs doivent maintenant prévoir quelles sont les modifications que nous ferons subir au tableau d'exploitation du taillis, pour l’approprier à la futaie. Au lieu de dresser un cadre comprenant autant de colonnes qu'il y a d’années dans la révolution, et précisant la partie de la forêt, la parcelle ou portion de parcelle à régénérer chaque année, nous nous bornerons à ouvrir autant de colonnes qu'il y a de périodes dans la révolution, et à préciser la partie de forêt, les parcelles et portions de parcelles, à régénérer dans le cours de chaque période. Le plan d'exploitation ne fixera plus l'assiette et la contenance de chaque coupe principale annuelle; il fixera seulement l'assiette et la contenance des coupes principales, considérées en bloc, à faire dans chacune des périodes de la révolution. La révolution principale étant, par exemple, de 100 ans, et le temps reconnu nécessaire pour régénérer naturellement le peuplement étant de 10 ans, 1l ne s’agit plus de former un plan qui fournisse, chaque année, une coupe dont le produit soit constant; il s’agit d’en former un qui partage la forêt en cinq parties, exploitables chacune dans une période de 20 ans, et qui soient telles qu'on
4. Quand nous aurons à traiter des conversions, on verra qu’il est utile en outre que la durée de la période soit divisible par le nombre des périodes, et en général par le plus grand nombre de facteurs possible, (Note de la 2° édition.)
en obtienne autant que possible des produits égaux.
Ces parties de forêt à régénérer successivement dans les périodes d’une révolution principale ont recu le nom d’afjectations. On les distingue l’une de l'autre par un numéro d'ordre différent, selon qu’elles correspondent à la première, à la deuxième, etc., ou à la dernière période, et on donne aux parcelles une désignation définitive qui permet, au moyen d'un indice numérique, de reconnaître à quelle affectation elles appartiennent *,.
1. Quand les idées que je viens d'exposer sur la formation des affectations ont été publiées pour la première fois dans les Annales forestières, elles ont soulevé des objections. Voici ces objections et la réponse que j'y ai faite. On verra que je suis d'accord avec mon contradicteur sur l'influence que peuvent avoir les coupes secondaires en ce qui concerne la durée de la période; mais je ne peux rien concéder sur les autres points.