OBJECTIONS
« Monsieur le rédacteur,
« Dans votre article sur la formation du plan d'exploitation, vous dites que la durée de la période doit être au moins égale au double de l'intervalle qui séparera la coupe d’ensemencement de la définitive: si cet intervalle est de dix ans, la durée de la période devra être au moins de vingt ans. — Pour le démontrer, vous vous placez dans cette hypothèse que les coupes claires n'étant pas nécessaires, les arbres exploitables dans une contenance déterminée se distribueront par portions égales entre la coupe d'ensemencement et la coupe définitive. Partant de là, vous arrivez très-logiquement aux conséquences annoncées.
« Mais si vous vous étiez mis dans une hypothèse plus conforme à la généralité des circonstances, en admettant, par exemple, que la coupe claire doit être faite cinq ans après la coupe sombre, la coupe définitive cinq ans après la coupe claire, et que les bois
Je viens de démontrer la nécessité de ne pas se limiter dans l’année, pour l'assiette des coupes prin-
exploitables se distribuent par portions égales et par fiers entre les trois coupes de régénération, la conclusion eût été bien différente; car on peut dire, en suivant votre méthode de démonstration et en se mettant en présence d’une futaie partagée en cent parties exploitables en cent ans, savoir :
« La première année, nous nous transporterons dans la partie la plus âgée, et nous y ferons coupe sombre; mais cette coupe ne devant nous donner que le tiers du matériel sur pied, nous comblerons le déficit en pratiquant deux autres coupes d’ensemencement sur toute l'étendue des deux autres parties successivement contiguës. L'année suivante, nous ferons, par des raisons analogues, les premières coupes de régénération sur les quatrième. cinquième et sixième parties, et dans cinq ans, c’est-à-dire à l’époque où nous pourrons revenir au point de départ, pour commencer les coupes secondaires, nous aurons les quinze parties les plus âgées de la forêt à l’état de coupes d’ensemencement; cinq ans plus tard, c'est-à-dire dix ans après l'ouverture de la période, ces mêmes quinze parties seront à l’élat de coupes secondaires. Or, il est clair que celles de ces quinze parties qui auront été mises les dernières dans cet état ne pourront être exploitées définitivement que cinq ans plus tard, c’est-à-dire dans quinze ans.
« Au résumé, dans-la plupart des cas, pour les futaies de sapin et de hêtre, ne serait-on pas fondé à dire que la durée de la période doit être au moins égale au triple de l'intervalle supposé constant qui sépare, soit la coupe d’ensemencement de la coupe secondaire, soit la coupe secondaire de la coupe définitive, ou, en d'autres termes, égale à l'intervalle qui s'écoule entre la coupe sombre et la coupe définitive, augmenté de sa moitié ?
« La durée des périodes, ef par conséquent celle des révolutions, serait donc ainsi un multiple de trois, dans tous les cas où il serait nécessaire de passer par trois coupes, pour consommer la régénération des massifs. Mais d’autres considérations plus importantes devant présider au choix du terme d’exploitabilité, ne sera-t-on pas très-souvent forcé de négliger celte :con-
cipales, dont le plan d'exploitation est destiné à régler la marche. La même nécessité existe souvent
dition, à laquelle vous voulez subordonner la durée des périodes?
« Voilà ma première objection; je vous demande aussi une explication à propos du deuxième paragraphe de la page 285. « Une autre considération, dites-vous, pour ne pas prolonger au « delà de vingt ans la durée de la période, c’est qu’il convient de « restreindre, autant que possible, la faculté de comprendre dans « les exploitations des bois qui ne sont pas encore parvenus à « l’âge d’exploitabilité. » -
« Si je comprends bien, vous entendez par là prendre des garanties contre la négligence ou la légèreté des agents chargés d'exécuter un aménagement, et suspecis d'entamer d’abord les massifs les moins âgés de l'affectation. Mais n’a-t-on pas, pour les maintenir dans la bonne voie, un plan d'exploitation spécial, indiquani l’ordre dans lequel les parcelles qui composent cette affectation devront venir successivement en tour d'exploitation ? Quant à ceux qui prendraient à tâche d’enfreindre les dispositions de l'aménagement, les courtes périodes ne les arrêteront pas. fl semble, au contraire, que plus la période sera courte, plus souvent on se trouvera dans la nécessité d'entamer, avant son expiration, les massifs de l'affectation contiguë, par suite de l’insuccès des coupes d’ensemencement ou des coupes secondaires pratiquées dans l’affectation de la première période, et, s’il faut ainsi anticiper, voilà nos agents pleinement investis de la faculté dont vous vouliez les priver.
« Jusqu'à preuve contraire, je ne reconnais donc à la courte durée des périodes qu'un seul avantage, celui de faciliter la recherche de la possibilité, en diminuant les chances d'erreur inhérentes aux calculs d’accroissement. Vous posez ensuite en principe que la durée de la période doit être une partie aliquote du chiffre de la révolution, sous peine de s’exposer soit à rester en decà, soit à aller au delà du terme reconnu le plus couvenable, eu égard aux exigences de la régénération. *
« Cette conséquence me paraît très-contestable, et je n'attribue à l'égalité des périodes qu'un mérite de symétrie; je vais plus lcin : il serait plus commode, à mon gré, d'admettre en
pour les coupes intermédiaires, car elles sont plus ou moins impérieusement subordonnées aux autres.
principe l'inégalité des périodes, parce qu'il est rare que lies arcelles, telles qu’on les a tout d'abord établies sur le terrain, uissent être exactement colloquées dans des périodes égales.
« De là résulte que, pour égaliser les affectations périodiques, ] faut après coup venir scinder les parcelles au moyen de lignes le contenance qui compliquent inutilement le parcellaire et surchargent les plans. Ne serait-il pas plus simple de proportionner la durée des périodes à la contenance des parcelles ou des groupes le parcelles?
« Par exemple, étant donnée une forêt de 100 hectares, aménagée à cent ans, et partagée sur le terrain d’après les considérations de situation, de consistance et de fertilité, en cinq parcelles dont les contenances seraient de 40, 12, 15, 18 et 15 hectares; quel inconvénient, je le demande, y aurait-il à affecter chacune de ces parcelles à une période dont la durée serait égale au nombre d'hectares qui y seraient colloqués, la révolution se trouvant ainsi partagée en cinq périodes de quarante, douze, quinze, etc., années ? Cela serait assurément plus simple, La régénération de chaque affectation périodique ne pourrait peut-être pas s'effectuer exactement durant la période correspondante, j'en conviens, et l’on serait obligé, avant l’expiration d’une quelconque des périodes, d’entamer les coupes dans l'affectation immédiatement contiguë; mais c’est ce qui arrive et ce qui arrivera ‘oujours plus ou moins, quelle que soit la durée des périodes, et ces emprunts peuvent s’opérer, je crois, sans porler aucune atteinte à l’exploitabilité adoptée. »