XIV PRÉFACE
exception; elle embrasse, on peut le dire, tout le domaine de l'administration, en sorte que les garanties qu'on avait cherché à se procurer contre les abus de l'autorité supérieure par la division de cette autorité entre plusieurs ministres indépendants et responsables, on les a compromises en reconstituant dans la personne du préfet l’unité de pouvoir qu'avait brisée l’organisation des ministères. Il y a là une anomalie d'autant plus choquante que l’allégement des attributions ministérielles, dans l'intérêt d’une plus prompte expédition des affaires, pouvait être facilement obtenu sans que l’on réunît sur la tête du préfet celles de ces attributions dont les ministres demandaient à être déchargés. Chaque ministre n’a-t-il pas en effet pour le représenter dans les départements, les chefs de service des administrations qui dépendent de lui‘?
Quant à l’usage que le pouvoir exécutif a fait de son autorité dans un but politique, je
4. Au lieu d’obvier à l’omnipotence des préfets, en restituant à chacune des branches du pouvoir exécutif les attributions qui devraient lui appartenir, on a cru devoir transporter une partie de ces attributions aux conseils généraux, dont on a fait ainsi des corps administratifs. Je crains bien que le remède ne soit pire que le mal et qu’il n'ait affaibli l’État, sans profit pour la liberté individuelle et au grand détriment de l'intérêt publ'e.
PRÉFACE. XV
me borne à rappeler que te gouvernement impérial avait considéré cet usage comme légitime, et que ce fait seul était de nature à soulever les plus vives protestations. La politique, la politique intérieure, telle a été la cause principale des plaintes dont le pouvoir central a été l’objet. Elle a fait autant de mal à nos forêts que la fiscalité, et il me semble que c'est à elle que nous devons ces ardents désirs de décentralisation qui se manifestent de tous les côtés; mais la politique, si l'administration devait en avoir une à elle, ne se prêterait pas à la décentralisation ; ce serait même, de toutes les branches de l’action gouvernementale, la moins susceptible d’être fractionnée. Qu'on ne cherche pas, en conséquence, dans la décentralisation un moyen de s'y soustraire; il y a mieux à faire que cela : il y à à l’exclure complétement du domaine de l'administration. Aussi bien, dans un pays libre, le gouvernement ne saurait suivre une autre politique que celle qui lui est indiquée par l'opinion générale sincèrement consultée.
Oui, il faut soustraire complétement à l’influence de la politique les services administratifs. Peut-être leur rendra-t-on de cette maniére
la considération qu'ils méritent, ce qui serait b