‹ Études sur l'aménagement des forêts (volume 4)Chapitre 12 sur 112 · Histoire de France, Henrt MARTIN · texte numérisé non relu

Histoire de France, Henrt MARTIN

sol était conquis ; il fallait conquérir les eaux; les forêts en fournirent encore les moyens. Elles suffirent à toutes les exigences ; on les attaqua de tous les côtés et par tous les motifs : tantôt, parce qu’elles étaient un obstacle à la culture des céréales, tantôt parce qu’elles renfermaient des instruments de travail, de défense ou de transport.

Il serait bien difficile de déterminer l'effet de chacune de ces influences, et d’ailleurs cela n’est pas nécessaire : je veux établir seulement que les besoins de la civilisation ont puissamment contribué à la destruction des forêts ; je tiens à prouver ensuite que ces besoins ont rencontré malheureusement d’énergiques auxiliaires dans les vices que la civilisation engendre, quand elle se laisse emporter par l’orgueil et qu’elle tombe dans le matérialisme. Parmi ces vices, je signa-

lerai l'oubli de la solidarité humaine et l'imprévoyance

qui en est la conséquence, le goût des plaisirs physiques, l’ardeur pour les richesses immédiatement réalisables, l'indifférence pour celles qu'il faut attendre.

L'homme de nos jours ne se soucie ni du passé nide l'avenir ; il se soucie du présent, et dans le présent il ne voit que lui. 1l a perdu le culte des aïeux ; le sort deses descendants ne le touche pas et depuis longtemps il ne connaît plus les joies sublimes du sacrifice et du dévouement. Il ne vit que pour la satisfaction dewses appétits égoïistes. Toutes ses aspirations étant concentrées. dans l'amour de soi-même, on comprend son dédain pour les

biens dont il ne saurait jouir incontinent et qui 2.

raient dès lors lui échapper.

La conservation des forêts est installe avec de telles dispositions morales : sans le respect des traditions, sans l'esprit de prévoyance, sans l'intelligence des

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DE LA PREMIÈRE ÉDITION. xx

devoirs réciproques que les générations ont à accomplir, sans l'amour de ses semblables, il n’y a pas de garantie sérieuse pour cette conservation. Le profit immédiat que le défrichement d’une forêt procurerait, prévaudra un jour ou l’autre sur les avantages qu’on assurerait à l'avenir, en la laissant sur pied.

Cependant, l'ignorance trop sdbéréteurns ER AE AR dans laquelle on est, en France surtout, relativement à

- ces avantages, donne, — j'aime à le supposer, — aux

causes de destructionque je viens d’'énümérer, une force

particulière, et je ne désespère pas assez de mon pays,

pour croire que s'il était bien pénétré des dangers auxquels il s'expose par l’'anéantissement de ses forêts,

il continuerait à les braver avec tant d'insouciance.

La vie des hommes est attachée à celle des arbres, on l’oublie trop. Parmi les nations civilisées et rivales, la France est déjà une de celles qui possèdent le moins de bois, motif d’infériorité plus grave qu’on re le pense. La Provence se dépeuple, parce que les forêts disparaissent’. Nous payons un tribut annuel de plus de soixante-dix millions de francs à l'étranger pour combler le déficit de notre production’. Nous possédons une magnifique flotte, mais une bataille navale malheureuse peut nous l'enlever, et nous la remplacerions difficilement. La situation mérite qu’on y prenne garde et qu'on s'occupe d'y remédier *.

Quand on lit l’histoire des anciens ; quand on étudie

1. La Provence au point de vue des bois, des torrents, CHARLES DE

2. Ce tribut est aujourd’hui de 150 millions. (Note de la 2° édition.

3. Je sais bien que l’administration forestière fait dans ce but les plus louables efforts ; malheureusement, son action est très-limitée, ; c

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