DE L'EXPLOITABILITÉ DANS SES RAPPORTS AVEC L'INTÉRÊT DES PARTICULIERS
Les besoins impérieux de la. vie, l'imprévoyance, Pr partages amenés par nos lois sur les successions, sont. autant de motifs qui s’opposent à ce que les bois appartenantaux particuliers soient exploités à un ee reculé.
L'État a ut les moyens de moalits. par d autres ressources, à celles que lui fournirait la coupe de ses bois. Les particuliers lesontrarement, ilspeuvent êtreet ils sont souvent forcés de sacrifier toutes. les «espérances de l'avenir aux nécessités du présent.
D'un autre côté, quel que soit, l'esprit de pré- . Yoyance dont on suppose les hommes doués, il. est concevable qu'il s’altère et s’aflaiblisse, . lorsqu'il embrasse un laps de temps qui dépasse la durée de - deur existence.
Enfin, cet esprit, il faut le reconnaître, trouve encore une cause de découragement dans la certitude ‘que: la propriété qu'il sera parvenu à constituer, au prix des plus: grandes privations, sera tôt ou tard ‘démembrée, par suite des lois qui régissent, en Feel Vhérédité.
+ On s'explique donc que les particuliers ne soient guère tentés de conserver longtemps leurs bois sur pied; mais la raison qui les en éloigne surtout, est le
désir bien naturel d'augmenter, autant que possible, le rapport entre le revenu net et la valeur vénale de cette nature de biens-fonds.
Si le taux de placement adopté pour les bois est de 3 pour 100, les particuliers propriétaires de bois tendront à les exploiter à l’âge au delà duquel l'augmentation de valeur qui résulterait de l’accroissement annuel cesserait d’être égale à l'intérêt, à 3 pour 100, que fournirait le produit pécuniaire de l'exploitation joint à la valeur de la première feuille. D’après les prix qu'ont actuellement les bois suivant leur grosseur et leur âgé, il ne faut pas laisser longtemps sur pied une forêt pour qu’elle cesse de rapporter, à 3 pour 400, l'intérêt de sa valeur. Voilà pourquoi nous voyons les particuliers exploiter en général celles qu’ils possèdent, en taillis simples et à l’âge de 20 ans au plus, toutes les es ss à essences le permettent. RL
Cette manière d’agir est rationnelle : elle ‘eèt théoriquement justifiée par les principes que nous avons développés dans le premier chapitre de la présente étude. Toutefois elle ne saurait être recommandée sans réserve, et elle ne convient même véri- tablement qu'aux propriétaires qui ont besoin de vendre leurs bois pour satisfaire aux exigences de leur consommation. Quant à ceux qui cherchent :à spéculer sur le produit de leurs coupes, ils seront amenés par l'intelligence pratique de leurs intérêts, à maintenir souvent leurs bois sur pied au delà du terme fixé par la théorie. : |
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… «En effet, ne perdons pas de vue que dans nos calculs sur l’exploitabilité relative au taux de placement; nous avons tenu compte des intérêts des intérêts; et qu'en conséquence, pour qu'un propriétaire trouvât son profit à appliquer rigoureusement les principes que nous avons posés, il faudrait qu’il eût toujours la possibilité de faire croître, à intérêts composés; le produit pécuniaire que lui PR l'ex- Fa non de son bois.
L'accumulation des capitaux pécuniaires à intéseppenie est-elle facilement réalisable? — Je ne le crois pas, et il me semble même que les emprunteurs seraient tout à fait impuissants à satisfaire les capitalistes, si ceux-ci prétendaient tous faire leurs placements à intérêts composés. En supposant que les:premiers se résignassent à se priver de tout profit net, et à ne prélever sur le produit des capitaux empruntés que ce qui serait strictement nécessaire à leur existence, l’excédant ne sufrait certainement pas au service des intérêts composés. Pour s’en convaincre, l'on n’a qu'à consulter les statistiques les plus estimées sur l'augmentation de la richesse
publique, dans les sociétés qui disposent des moyens de production, même les plus puissants. On y verra que la proportion dans laquelle cette augmentation
a eu lieu, est fort éloignée de celle que comporterait la puissance de l’accumulation des capitaux à intérêts __ composés. Je ne sache pas, au reste, qu'il y ait - . beaucoup dé banquiers disposés à servir l'intérêt des intérêts des sommes déposées chez eux, et que les
Es
établissements qui en avaient pris l'engagement aient jamais pu le tenir.
Doit-on conclure de là que des placements à intérêts composés ne sont, dans aucun cas, réalisables? — Assurément non; seulement, on doit les considérer comme tout à fait exceptionnels ec sortant des conditions normales de la production; on doit les considérer comme d’autant plus difficiles que leur durée devra être plus longue.
Un propriétaire qui n’aura pas besoin de couper son bois, pour subvenir à des dépenses urgentes, agira donc sagement en le laissant sur pied au delà du terme où l'accroissement ne représentera plus le profit qu'il pourrait exceptionnellement retirer de la coupe, s’il en plaçait le prix. Son bois continuera de s’accroître à intérêts composés, à un taux moins élevé, sans doute, que celui qu’on recherche-et qu’on peut obtenir dans les placements de cette mature; mais dans des conditions de sécurité que ne présentent pas les placements pécuniaires. p'e
Au surplus, quand on veut retirer des bois une rente plus élevée que celle qu'on retire des terres arables, on a, selon moi, une prétention qui n’est pas raisonnable.
Les bois, il est vrai, ne sont pas uote ptral d'être affermés; ils sont difficiles à estimer ; le prix de leurs produits est sujet à de grandes fluctuations ; ils ne jouissent pas d'autant de crédit que les autres capitaux ou fonds de terre, par suite de la facilité avec laquelle on peut enlever, par l'exploitation de
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a superficie, la garantie que le prêteur est en droit
de réclamer. Toutes ces circonstances tendent à les déprécier et à augmenter, par conséquent , la rente qu'on cherche à en retirer; mais les bois rachètent les inconvénients que je viens d'énumérer par un précieux privilége ; et ce privilége consiste précisément en ce que leur exploitation peut être retardée, lorsque les circonstances ne sont pas favorables à l'écoulement de leurs produits.
Si vous avez de l’argent chez un banquier ou vhez tout autre, et qu'à l’époque où vous avez à en toucher l'intérêt, vous ne sachiez que faire de cet “intérêt, il faudra le garder improductif dans votre secrétaire. Si vous possédez un champ de blé, et qu’à l’époque de la récolte, l’état du marché ne vous permetté pas de vendre cette récolte à un prix rémunérateur , vous essayerez de la conserver dans des greniers, ou dans des silos construits à grands ps
Pour le bois, c'est la nature elle-même qui se | séniée de la conservation des produits, et qui, pour cela, ne vous demande qu’une légère diminution sur - l'intérêt qu’elle vous avait bonifié jusqu'alors. Les Girconstances sont-elles contraires à la vente de la récolte, on laisse cette récolte sur pied. Non-seulement elle s’y conserve, mais elle s’y améliore; et tandis qu’on s'expose pour le blé, par exemple, à en trouver, au bout d’un certain temps, une grande partie avariée, mangée par les rats, rongée par l’alucite, on est certain, au contraire, de retrouver le
bois dont on aura retardé la coupe, amélioré par les années qui se seront accumulées sur lui.
Les bois sont donc de toutes les caisses d'épargne, la plus commode, la plus sûre, la plus fidèle, et c’est vraiment trop exiger d’eux, que de leur demander une rente plus élevée que celle qu’on retire des autres biens-fonds. (AP.
ARTICLE III. tits sc DE L'EXPLOITABILITÉ DANS SES RAPPORTS AVEC L’ INTÉRÊT DES COMMUNES.
L'existence des communes ne peut pas plus être limitée que celle de l'État. Dans la gestion de leurs biens patrimoniaux, les communes doivent donc, avant toute chose, se préoccuper des moyens d'assurer la conservation du fonds ; et dans ce but, c’est le mode d'exploitation en futaie qu'il leur convient en général d'adopter pour les forêts qu'elles possèdent.
Mais les communes diffèrent de l’État et se rapprochent des particuliers par la modicité de. leurs ressources d’abord, ét ensuite par la distinction qui existe entre les intérêts de chacune d’elles et les intérêts généraux du pays. Lorsque, par le placement de leurs capitaux, elles peuvent faire modifier en leur faveur la répartition du revenu social, n’ontelles pas raison de recourir à ce moyen pour améliorer leur sort?
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\ ‘RES side répondrais négativement à cette question, si toütes les communes étaient dans l’aisance, si leur æevenu-était-suflisant pour couvrir. leurs dépenses ; | parce que, comme je. l'ai fait:observer dans une étude-surles quarts en réserve des bois communaux", - la, conservation d’un capital sous:la forme: d’une -… forêt,-présente à côté de l'inconvénient de faire pro- duire à.ce capital une rente inférieure à celle qu'on en-retirerait en lui donnant une autre destination, en : le transformant par exemple en argent, l'avantage 14 d'une sécurité beaucoup plus grande. Cet avantage est : L : inappréciable pour les propriétaires qui ne meurent … pas. Cependant, de même quelle particulier qui, n’ayant . pas de quoi suflire aux strictes nécessités de la vie avec le revenu d’une terre, fait bien de la vendre et d’en placer la valeur chez un banquier, malgré les chances de ruine auxquelles il s'expose; de même une commune qui a des besoins impérieux . et des recettes trop restreintes, est excusable de —. chercher à remédier à cette situation, en renoncant à conserver des propriétés productives d’un trop faible revenu relativement à leur valeur commerciale.
= Toutefois, il ne faut pas qu’elles oublient que ce genre de spéculation, qui a pour résultat de rac- courcir la durée de la révolution de leurs bois, est contraire à l'intérêt de leurs descendants dont il . ébranle le patrimoine, et à l'intérêt de la société
À. Annales forestières, 1856.
dont il amoindrit le revenu. Si les particuliers eux-mêmes ne doivent jamais faire complétement abstraction de ces intérêts, leurs obligations à elles sont, sous ce rapport, beaucoup plus étendues.
L'importance de ces obligations est suffisamment indiquée par la non-limitation de l'existence des communes, par l’étroite solidarité qui existe entre elles et la société dont elles font partie, par la protection spéciale dont l’État les couvre, par l'appui qu’il leur prête. |