‹ Études sur l'aménagement des forêts (volume 4)Chapitre 53 sur 112 · DE L'EXPLOITABILITÉ BANS SES RAPPORTS AVEC L’'INTÉRÈT PUBLIC · texte numérisé non relu

DE L'EXPLOITABILITÉ BANS SES RAPPORTS AVEC L’'INTÉRÈT PUBLIC

: Je voudrais maintenant calculer la perte que fait éprouver à la France l'exploitation en taillis d’une - partie des bois qui sont situés sur son territoire. Cette perte est énorme. A défaut d'expériences assez concluantes, je ne saurais la préciser; mais je crois qu'il me sera facile je donner une idée trèsapproximative.

On lit dans le Cours de slisréi page 399, que Hartig, ayant comparé entre eux (toutes circonstances égales d’ailleurs) un taillis simple exploité à 30 ans et une futaie soumise à une révolution de 120, a trouvé que les produits en matière de ces deux forêts étaient dans le rapport de 4 à 7.

… J'appliquerai ce rapport aux taillis simples et aux futaies en général.

- Je supposerai en outre que, par suite de la présence des réserves dans les taillis, les produits du . taïillis composé soient à ceux de la futaie comme 5 est 7.

J'admettrai enfin qu'une futaie, dans des condi-

tions moyennes de végétation, et bien traitée, puisse donner par hectare 6 mètres cubes, chiffre très-modéré.

Le taillis simple en fournira Fe lors à, u5

Et le taillis composé. . 1,1 2.1. 4,30

Or, en France; le sol restier comprend en chifires ronds, 8,500,000 hectares',,

S'il était couvert de futaies convenablement cultivées, il pourrait donc fournir annuellement 51 millions de mètres cubes.

Voyons ce qu’il serait possible d’en retirer, en conservant les divers modes pe dc me régissent actuellement.

Les 8,500,000 hectares de forêts qui ‘existent en France comprennent à peu; près, 2,300,000 hectares de futaies. À raison de 6 m.c. p. h.; on pourrait en retirer chaque année . . . . 13,800,000:m.1.

1: On ne sait pas quelle est la © 44h 01 EU part afférente au taïllis composé 102 4976 na ou au taillis simple; dans les: 2918; 2

À reporter. So: 13,800,000 m. c.

- 1. Ces chiffres ne sont plus tout à fait exacts, puisque la Prusse nous a pris environ 350,000 hectares de forêts domaniales

et communales; mais quand j’ai publié ces études, nous, n’ayions’

pas la Savoie et le comté de Nice, qui nous ont apporté à, peu près 460,000 hectares de forêts de même nature, et l'étendue que

j'attribuais aux bois des particuliers était un peu faible; de sorte

que la différence entre l'étendue totale du sel forestier. qui existait lors de la 4re édition de ce livre et celle qui existe aujourd'hui, ne saurait modifier sensiblement les conséquences que de tire de mes calculs. (Note de la 2 édition.

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6, 200, 000 hect. qui ne sont pas cultivés en futaie. En attribuant une part égale à chaque nature de- peuplement, on exagérera

. plutôt qu'on ne diminuera la pro-

duction; car la plus grande partie des bois en question appartient à des particuliers qui, on

lé saït, ont un goût prononcé

pour lé taillis simple. | 3,100,000 hect. de taillis

composés fourniraient, chaque année, à raison de ! m. €.

*8,100,000 hectares de taillis simples fourniraient, chaque année, à raison de à m. c. H5p.h.

Faux , le sol forestier, couvert de futaies, pourrait rapporter chaque année, 54 millions de m.c.; tandis que le maximum de la production possible,

avec les diverses méthodes d'exploitation auxquelles.

ilest actuellement soumis, ne saurait dépasser 38 millions de.m. c. La différence -entre ces deux chiffres, soit 13 millions de m. c.; exprime la perte matérielle qui résulte pour la société de la PER

donnée au taillis sur la futaie,

Cette perle deviendra bien plus remarquable, si

LA

nous recherchons la qualité des produits qu’elle représente.

On sait que dans certaines futaies le bois d'œuvre absorbe jusqu’à 80 pour 400 du produit total; nous en porterons la quantité à 50 pour 400 seulement.

Dans un taillis composé normal, la futaie n'entre pas pour plus de un tiers dans le produit de Ja coupe annuelle; et en admettant que sur cette futaie la moitié donne du bois d'œuvre, nous resterons audessus de la vérité. Si donc je fixe à un sixième du produit la part afférente au bois d'œuvre dans les taillis composés, je ne serai pas accusé de vouloir l’atténuer. Dans les taillis simples, la part du bois d'œuvre est presque insignifiante. J'en tiendrai pourtant compte en la portant à un dixième.

D’après ces suppositions, le produit du sol forestier se composerait:

. 4° Dans l'hypothèse du traitement en futaie,

De 51 millions de mètres cubes dont :

En bois d'œuvre. En bois de feu, 25,500,000 m. c. 25,500,000 m. c.

2% Dans l'hypothèse du maintien des modes

actuels d’exploitation,

De 13,800,000 mètres cubes fournis par les fu.

taies et donnant:

En bois d'œuvre. En bois de feu,

e 13,330,000 mètres cubes

A reporter. . 6,900,000 m. c. 6,900,000 m. c.

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… Reports . . . 6,900,000 m. c. 6,900,000 m. c. + fournispar les faillis compo- sés el dontant ci 12 205,000 14,405,000 De 10,695,000 mètres cubes fournis par les … taillis simples et donnant . 4,069,500 9,625,500

0 Totaux. . . 10,194,500 ”-<+ 97,630,500%:°«.

Si nous retranchons la quantité de bois d'œuvre produite dans la seconde hypothèse, de celle pro-, duite dans la première, nous trouvons une différence de 45 millions 400 mille mètres cubes en chiffres ronds. |

Si nous retranchions la quantité de bois de feu produite dans le premier cas, de celle produite dans __ le second, nous trouvons une différence de 2 mil-

lions 130 mille mètres cubes en chiffres ronds.

- Et si nous évaluons ces” différences en argent, à raison, pour le bois d'œuvre, de 20 francs sur pied, prix très-modéré, et, pour le bois de feu, de 7 fr.,

… prix assez élevé, nous constaterons, en définitive,

que l'exploitation en taillis fait perdre à la société un revenu de :

4 Je n’ai pas besoin de rappeler que ces produits dépassent

- beaucoup les produits réels, et sont ceux que les forêts pourraient : donner, si elles étaient entretenues coñvenablement.

15,400,000 »- «x 90 fr. — 308,000,000 fr.

— 9,130,000%c x 7fr.— 44,910,000 fr.

Différence. . . 293,090,000 fr.

293 millions de francs! C’est plus de la moitié de nos contributions directes, c’est plus quel intérêt de notre contribution de guerre. L

Mais il faut, pour embrasser dans toute son étendue le préjudice qu'est susceptible de causer au corps social le mode d'exploitation en taillis, réfléchir à la quantité énorme de travail, queiles 15 millions de mètres cubes de bois d'œuvre dont on pourrait augmenter la production forestière, en adoptant le mode de la futaie, créeraient dans toutes les branches. de l'industrie. - 1} 253 fs

J'ai montré dans une note sur le: défrichéinent que les bois formaient en France le tiers à peu pr en poids, des matières transportées:

: D'un autre côté, on lit dans le procès-verbal de l'enquête qui a été faiteren 4847 sur l’industrie parisienne, que la valeur des produits: fabriqués, pour les industries n’employant, comme matière première que le bois, s'élevait à 104,516,026 francs ; que classées par rang d'importance ‘dans cet immense atelier de læ capitale, la charpenterie occupait le 20° rang, la carrosserie le 46°, l’industrie du bâtiment le 9°, l’ébénisterie le 8*; que le nombre des patrons et ouvriers occupés à la manipulation du bois dépassait enfin 35,000. |

Ces renseignements me paraissent Aicurénient

te dé ÉHen:

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propres à dissiper toute incertitude sur l'immense intérêt qu'a la société, à ce que l'on adopte pour les forêts dont elle jouit, des exploitabilités reculées.

H n'est pas permis d'espérer que les particuliers trouyeront jamais leur intérêt à exploiter leurs bois en futaie ; car, pour cela, il faudrait non-seulement que le loyer. de l'argent baissât considérablement ; mais, ce qui est plus difficile àréaliser, que l’imprévoyance, le besoin du moment, l'incertitude du lendemain, cessassent d'intervenir dans les actions humaines.

C’est donc à l'amélioration des forêts de l’État et des communes que l’on doit songer, et le lecteur sait maintenant dans quel sens il importe de la diriger.

+ Onn'apprécie pas assez dans notre pays, la place que les forêts oceupent dans le domaine où la société puise incessamment les matériaux , les éléments qui peuvent servir à son existence, ‘à son bien-être, au développement de sa prospérité. Chose remarquable! le bois est indispensable à la plupart des industries : presque {ous les meubles dont l’homme se sert, sont en bois, depuis le berceau qui l’a reçu à sa naissance, jusqu’au cercueil qui le contiendra après sa mort. C’est avec le bois qu'il prépare ses aliments, réchauffe ses. membres engourdis par le froid, construit son habitation, laboure son champ, transporte ses denrées ; c’est le bois qui lui a permis d'étendre son empire sur l'Océan, et de créer ces voies de fer qui ne feront bientôt du monde entier qu’une seule famille. Sup-

. primez le bois, toutes les fonctions sociales sont inter-

rompues; tout s'arrête en même temps, les travaux

de la paix comme ceux de la guerre, les travaux qui donnent le nécessaire comme ceux qui donnent le luxe. Enfin, de quelque côté qu’on jette les regards, le bois se présente à nous comme l’auxiliaire le plus puissant que la Providence ait mis à notre disposition pour améliorer notre sort; et pourtant, de toutes les ressources qui nous environnent, c’est celle dont nous nous préoccupons le moins. Aussi les forêts s’en vontelles avec une évidente et alarmante rapidité; la spéculation les poursuit à outrance, et si on n’y prend garde, elle en aura bientôt fait table rase *.

1. Quelques années à peine se sont écoulées depuis le rejet par le Corps-législatif du projet d’aliénation présenté sous l'empire par le ministre des Finances, et déjà l’on voit se reproduire des propositions dans le même sens, propositions toujours appuyées sur les mêmes considérations, les mêmes sophismes : l's besoins de l’agriculture, les ressources des bois de particuliers, la faible rente des forêts de l’État, l'existence dans certaines - contrées ” forêts indéfinies et inépuisables, etc.; etc:

On oublie que nous avons encore en France plusieurs miss d'hectares qui ne sont couverts que de bruyères; et que par conséquent le terrain ne manque pas à l’agriculture;

On oublie que les particuliers défrichent de plus en plus et qu'ils y sont poussés, d’un côté, par l'impossibilité pour eux d’élever des futaies, de l’autre, par la dépréciation du bois de chauffage;

On oublié que la faible rente des forêts de l’État est précisément la preuve de l'intensité de leur culture et de la supériorité de leurs produits;

On ignore enfin qu'il n’y a de forêts indéfinies et inépuisables nulle part; qu’on défriche aujourd’hui avec une sorte de fureur dans toutes l:s parties du monde, et que les Américains euxmêmes n'ont plus assez de bois pour leur propre consommation. (Lire à ce sujet un intéressant article de M. G. Fabre dans la Revue des eaux et foréts, fév. 1872.)

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