‹ Études sur l'aménagement des forêts (volume 5)Chapitre 12 sur 61 · XXXVI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXXVI INTRODUCTION

générales dans lesquelles il est appelé à fonctionner.

Les routes par lesquelles se sont exportés jusqu'à ce jour, les produits de la forêt F, ne conduisent qu'à des centres de populations agricoles. S'il n'y avait pas moyen de créer d'autres débouchés à cette forêt, il serait sans objet d'y favoriser la production de bois de fortes dimensions; mais on pourrait facilement la rattacher par un canal à un chantier de constructions navales; cette possibilité méritera d'entrer dans les considérations qui serviront à régler son aménagement.

Je m'en tiens à cet exemple; il n'est pas nécessaire d'en donner d'autres pour prouver que lorsque l'État aménage ses forêts, il est tenu de se préoccuper des modifications qu'il conviendrait d'apporter, dans l'intérêt de leur exploitation, au milieu qui les entoure, et que ce devoir comporte des appréciations d'un ordre élevé, très-complexes, très-délicates.

INTRODUCTION. XXXTII

D'après les définitions que j'ai données de Taménagement, du but qu'il poursuit et des opérations qu'il nécessite, il est facile de voir qu'il y a entre cette science et la culture proprement dite, des différences bien tranchées; que la culture puise tous les principes qui la constituent dans les faits naturels, qu'elle se borne à classer d'une manière rationnelle; tandis que l'aménagement traite des moyens d'approprier ces faits aux usages de la société; que la première est une science d'observations, tandis que la seconde est une science de combinaisons.

La théorie occupe donc une place plus grande dans l'aménagement que dans la culture, et je crains que ce ne soit pour beaucoup de gens un titre de défaveur. Qu'on me permette à ce sujet quelques courtes réflexions.

On affecte aujourd'hui de poursuivre comme inutiles, stériles et même dangereuses, les théories scientifiques. C'est encore un effet de la tendance matérialiste de notre époque. A en

XXXVIII INTBODUCnON,

croire certaines personnes, il n'y aurait de sérieux, de réel, d'utile, que la pratique. A les entendre, le dernier des gâcheurs de plâtre, des tailleurs de pierre, des cantonniers ou des bûcherons, en saurait plus pour la construction des maisons, l'entretien des routes, l'amélioration et l'exploitation des bois, que les hommes qui avant de se livrer à la pratique des arts, en ont étudié la théorie.

Ce sont là des énormités qui ne supportent pas l'examen.

S'il est vrai que la théorie soit la raison des choses, l'explication des phénomènes de la nature et l'énoncé des règles, des méthodes à suivre pour faire servir ces phénomènes à la satisfaction des besoins de l'humanité; s'il est vrai que la pratique ne soit au contraire que l'application de ces règles, de ces méthodes; n'y a-t-ilpas, je le demande, entre la théorie et la pratique, une union nécessaire, qu'il serait tout aussi difficile de rompre que de séparer la main qui agit de l'esprit qui la dirige?

Page 1