‹ Études sur l'aménagement des forêts (volume 5)Chapitre 17 sur 61 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

ARTICLE PREMIER

vomn A nAMiRBE.

Après avoir étudié une forêt dans son ensemble , eu égard seulement aux grandes divisions ou cantons dont elle se compose, il est nécessaire de Tétudier dans ses détails» et de décrire pour chacune de ces divisions ou cantons, toutes les parties caractérisées par l'une des particularités qui sont de nature & influer sur le traitement applicable à un massif.

Ces particularités sont :

l'' Vâge des bois. — 11 est évident que c'est presque * toujours la circonstance déterminante, dans la fixation de l'époque à laquelle un massif doit être régénéré.

2^ La nature des essences. — Des bouleaux ne sau-

raient êtres exploités au même âge que des chênes ou des hêtres. Des résineux ne peuvent pas être soumis aux mêmes traitements que des bois feuillus.

3* Létal de la végétation — Cet état permet de reculer plus ou moins le moment de la régénération.

4" La qualité du sol. — Selon que le sol sera substantiel ou maigre, profond ou non, perméable ou imperméable, un massif pourra être conduit jusqu'à un âge plus ou moins avancé , et sera plus ou moins susceptible de se régénérer et de se perpétuer par les souches.

5** L exposition et la situation. — A l'exposition du nord, la végétation et les dangers qui la menacent sont bien différents qu'à celle du midi. L'exposition doit donc être prise en considération dans le choix du traitement ; la situation et surtout l'altitude doivent l'être également, car elles n'exercent pas moins d'influence sur la croissance des bois.

Il est certain que chacune des circonstances que je viens d'énumérer doit être soigneusement examinée, lorsqu'on veut régler d'une manière rationnelle le traitement d'une forêt.

Pour assurer cet examen» voici comme on procède.

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ARTKXE II.

DU PAECBLIJmS.

On commence par diviser chaque canton en autant de parcelles qu'il y existe de peuplements différents par l'âge ; cela fait, si ces parcelles renferment des parties dissemblables sous le rapport des essences, de l'état de la végétation, de la nature du sol, de l'exposition ou de la situation , on les subdivise en autant de fractions qu'il y a d'essences, d'états de végétation, de qualités de sol, d'expositions et de situations particulières.

Telle est l'opération connue sous le nom de parcellaire. C'est une des plus importantes de Taménagement, comme nous le verrons plus tard, et comme il est facile d'ailleurs de le comprendre dès à présent.

Le parcellaire est en effet indispensable pour constituer les affectations, pour dresser le plan d'exploitation, parce que seul il permet de rapprocher, de grouper les peuplements qu'il convient de régénérer à la même époque et par le même mode.

Le parcellaire ne saurait donc être fait avec trop d'attention, et son élément, la parcelle ^ peut se définir, d'après les explications que je viens de donner : une portion de forêt homogène^ quant à Vâge, à Vessenee et aux conditions de végétation^ et par conséquent, dont toutes les parties constituantes sont susceptibles d'être

soumises au même traitement.

Cette définition, que je n'invente pas, que j'emprunte à la tradition , est fort claire et me dispenserait d'entrer dans de nouvelles explications, si les diversités d'état existant dans one forêt, étaient jamais bien tranchées, bien évidentes; si l'homogénéité parfaite dans un peuplement ne se renfermait pas, presque toujours, dans des limites extrêmement étroites. Malheureusement nos forêts sont, en général, fort irrégu- Hères, et si on voulait y séparer les unes des autres, en prenant et en appliquant à la lettre la définition de la parcelle, toutes les parties dissemblables par un des caractères que j'ai signalés , on arriverait à y former presque autant de parcelles qu'il y aurait d'arbres, ce qui enlèverait évidemment au parcellaire toute utilité.

Il faut ici chercher une règle qui pose la limite à laquelle on doit s'arrêter, pour que le parcellaire ne dégénère pas en une opération trop minutieuse; or, cette règle est indiquée par le but que l'on veut atteindre. Quel est ce but? — Nous le savons déjà, c'est la connaissance et la réunion de tous les peuplements siiaceptibles d'être régénérés à la même époque et par le même mode ; mais la culture nous enseigne qu*iï y a, pour Texploitation des bois , deux méthodes principales : la méthode du jardinage, qui eensiste à pven^ dre çà et là, sans s astreindre à aucune limite de eentenanee, les arbres le» plus âgés ; la méthode des eoupes régulières et de proche en proche, dont une des exigences est, au contraire, la concentration des

coupes annuelles dans une circonscription déterminée. Nous n'avons pas à nous occuper de la première de ces méthodes, car elle est inconciliable avec l'aménagement pris dans son acception scientifique ; et si nous interrogeons la portée de la seconde, nous réconnaîtrons que puisqu'elle exige que chaque année l'exploitâtioti soit ôoncenttée dans une circonscription déterminée , la contenance la plus petite qùè ?*6n puisse donner à une parcelle , est celle au-dessous de la quelle Féteridue d une coupe anriuelle ne saurait descendre ÉBhs inconvénients, étendue variable, d'ailleurs, suivant les localités, selon le propriétaire.

Qtfèlle que soit, par Conséquent, Tirrégularité d'titi peuplement, 6ti doit considérer comme Télément irréàtiaiihié du parcellaire, une portion de ce peuplement, égale atr moins en étendue à une coupe dnnuelle ; y ajouter les peuplements environnants, pouf les confondre dans la même parcelle, s'ils participent de la même irrégularité ; les séparer dans le cai^ cowtraife, pour en faire des parcelles distinctes.

Il suif de là également, que lorsqu'un peuplement quelconque , occupant moins d'étendue qu'on ne doit en donner à la plus petite parcelle, sera isolé au milieu d'un massif, il faudra le comprendre dans la même parcelle ^ue ce massif, par la raison qu'il devra nécessairement elï suivre la destinée. De même, si un vide trop petit pour que son repeuplement fût utile, les arbres roisrns devMit i la longue le recouvrir, était en*

globé dans un massif, on négligerait d'en lever la contenance et on le comprendrait dans la parcelle formée par ledit massif.

Nous tirerons une dernière conséquence du même principe : c'est que dans le tracé des lignes séparatives des parcelles , il n'est pas nécessaire de s'astreindre à suivre tous les contours, toutes les sinuosités indiquées par les changements d'état du peuplement > et qu'il faut, au contraire , redresser ces lignes toutes les fois qu'il s'agit de ne transporter, d'une parcelle dans la parcelle voisine, que des portions peu étendues.

Quant à la limite supérieure pour la contenance des parcelles , il n'y en a rigoureusement pas ; en sorte, que si une forêt était, par exemple, située en plaine, composée de bois de même âge ou régulièrement entremêlés, tout à fait homogène, enfin, quant aux conditions de peuplement, de sol, de climat, de situation, son parcellaire deviendrait inutile , la marche des coupes pouvant indifféremment avoir lieu dans un sens ou dans l'autre*.

Ainsi, voilà qui est bien convenu : Quelles que soient les diversités d'état qui existent dans une forêt, il n'y a pas à en tenir compte, lorsque leur expression superficielle, s'il est permis d'employer ces termes, descend au-dessous d'une certaine limite. Voyons maintenant s'il ne convient pas de laisser, en outre, quelque latitude aux aménagistes, en ce qui concerne l'appréciation des dissemblances elles-mêmes, suivant qu'elles seront relatives à l'âge ou aux essences , à la

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végétation ou au sol, à la situation ou à l'exposition.

Dissemblances relatives à Vdge. — Puisque l'âge est la circonstance qui sert de base, dans la plupart des cas, pour fixer Tépoque de la régénération d'un massif, la différence d'âge doit être prise, avant tout, en considération dans la formation des parcelles. C'est d'ailleurs celle qui attire la première les regards, et qui est la plus apparente ; mais s'arrêtera-t-on devant une différence d'un an? — Le simple bon sens répond que non : d'abord, parce que cette différence serait fort difficile à reconnaître ; ensuite, parce que ce n'est point un aussi petit écart entre les âges, qui pourrait en motiver un entre les époques d'exploitation ; enfin, parce que dans les futaies , la régénération ne pouvant, en général, avoir lieu sur une place donnée, qu'en plusieurs fois, il en résulte nécessairement que sur cette même place, il y aura entremêlés des bois qui ne sauraient être exactement aussi âgés les uns que les autres.

11 faut s'arrêter, dans le parcellaire, aux différences qui frappent l'œil, et non à celles qui ne pourraient être constatées que parle comptage des couches concentriques. Voilà fa règle, et par conséquent, dans la pratique, on considère comme étant de même âge, des bois entre les âges desquels il n'y a pas un écart de plus de

12 a 15 ans. On pourrait, dans les taillis, adopter des limites moins larges, attendu que les différences d'âge y sont ordinairement plus apparentes, non-seulement parce que la croissance des rejets de souches est, quand

ils sont jeunes, plus rapide que celle des brins de semis, mais parce qu'il y a nécessairement plus d'homogénéité, dans les peuplements dont la régénération remonte à la même époque, leur exploitation ayant lieu, comme on sait, à blanc étoc.

Dissemblances relatives aux essences. — Après l'âge, vient l'essence dans l'examen des particularités qui peuvent motiver la formation d'une parcelle. Ici, il ne saurait s'élever des doutes, et toutes les fois qu'un massif renfermera, sur une étendue plus grande que celle qu'il conviendrait de donner à une coupe annuelle^ des peuplements dont l'essence dominante 4if^ férera de celle des bois environnants, on fera de ces peuplements autant de parcelles distinctes»

Dtj^emblances relatives à l'état de la végétation. — On agira de même qu'il vient d être dit ci-dpssus, pour l'état de la végétation, toutes les fois qu'à âge égal, les essences étant les mêmes, cet état sera manifestement assez mauvais, sur une étendue au moins égale à celle d'une coupe, pour que l'on soit obligé d'avancer l'épo* que de la régénération, d'un nombre d'années plus grand que celui que l'on peut admettre entre les âges des sujets appartenant à la même parcelle.

Dissemblances relatives à la situation et à ï exposition, — Si le partage de la forêt en cantons a été fait conformément aux principes que j'ai émis, le climat^ dans son acception générale, n'exercera aucune influence sur la formation des parcelles; l'exposition ne saurait non plus en avoir beaucoup — quoiqu'elle

soit au nombre des principales causes des accidents météoriques qui affectent une contrée — attendu qu'il en aura été tenu compte indirectement dans la suIh division des parcelles, eu égard ^ux différences de la végétation ; mais la situation et surtout l'altitude » en rendant plus ou moins facile Texploi talion et la vidange, ont sous ce double rapport, une action particulière qui motiverait la subdivision d'une parcelle , si elle devait placer des parties de cette parcelle dans des conditions sensiblement différentes.

Dissemblances relatives au sol. — Le sol ne vient qu'en dernier lieu dans la série des circonstances que Ton doit apprécier, quand on effectue le parcellaire d'une forêt; cela s'explique pài^ la difficulté d'en constater la qualité absolue, et par le signe d'après lequel on juge le plus communément de sa qualité relative. Ce signe est l'état de la végétation. Presque toujours, le parcellaire , modifié d'abord d'après la nature des essences, puis d'après l'état de la végétation, n'aura pas besoin de l'être par suite des différences de qualité que pourrait présenter le terrain. Toutefois, comme la mauvaise qualité du sol n'est pas la seule circonstance qui soit susceptible d'entraver la croissance des végétaux, il pourrait arriver que des parties de terrain, profondes et substantielles, eussent été comprises dans la même parcelle que des parties maigres et sans pro* fondeur, parce que les premières seraient couvertes d'un peuplement mal venant. Dans ces cas, certainement très-rares, et dont on constaterait l'existence

au moyen^de quelques sondages, il faudrait évidemment faire des parcelles distinctes des bons et des mauvais terrains.

Le parcellaire est en définitive, comme on peut en juger par ce qui précède, une opération moins compliquée qu'elle ne paraît au premier abord. Lorsqu'il est terminé, on exécute le levé des parcelles qu'on rapporte ensuite sur le plan de la foirêt, et on procède, à Taide de ce plan, à l'examen et à la description détaillés du peuplement et des conditions dans lesquelles il se trouve.

ARTICLE UL

DBSCRIPTION SPÉCIALE.

Tout n'est pas fini lorsque les parcelles ont été délimitées, levées et rapportées ; il reste à les décrire, à en donner une idée aussi complète que possible ; car c'est cette description qui décidera de la place qu'elles occuperont dans le plan d'exploitation, de l'époque à laquelle elles devront être régénérées, et, en un mot, de la destination qu'on leur donnera.

Après avoir indiqué la contenance d'une parcelle, on fera donc connaître les essences qu'elle renferme, leur âge, leur état de végétation et de consistance, la durée probable du temps pendant lequel elles pourraient rester sur pied sans dépérir. On dira quelle est la nature de la base minéralogique, quelle est la composition de

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la terre végétale , son élément dominant, sa profondeur, rétat de sa superficie. On dira aussi à quelle altitude approximative la parcelle est située, quelle est son exposition, quels sont les accidents météoriques qu'elle pourrait avoir à redouter, quelle est la voie de vidange par laquelle s'exportent ses produits. Un examen attentif, minutieux, réfléchi, est nécessaire pour que cette description soit de nature à reproduire dans Tesprit du lecteur l'image fidèle des lieux. J'essayerais vainement de donner des règles pour assurer un pareil résultat. La manière dont il faut s'y prendre pour apprécier un peuplement, l'aptitude à dégager l'état moyen de ce peuplement, de l'espèce de confusion que produisent au premier aspect les variétés d'âge, d'essences, de forme et de consistance qui frappent les yeux, sont des choses qui ne s'enseignent guère. Ce sont presque des dons naturels. Il y a des gens qui ne savent pas voir un peuplement ; qui sont par conséquent incapables de le décrire; soit que la dernière impression efface chez eux toutes les autres, en sorte que s'ils aperçoivent, en achevant la reconnaissance, un bouquet de chênes ou de bouleaux, par exemple, ils croient n'avoir vu que des chênes ou des bouleaux ; soit que les nuances qui passent sous leurs yeux ne se fondent pas dans leur esprit, qui fait alors de vains efforts pour les retenir ; soit qu'ils ne puissent résumer leurs diverses observations. Ces gens-là ne seront jamais de bons aménagistes. Il y a entre le coup d'œil du forestier et celui du paysagiste une ana-

logie frappante qui me permettra de compléter ma pensée. Tous ceux qui se sont occupés de dessiner d'après nature ont dû, à leur début, éprouver quelque embarras à grouper tous les détails qui 3e présentaient à leur regard; à distinguer ce qui était du premier, du deuxième ou du troisième plan ; à masser, pour nous servir de l'expression technique, le feuillage d'un ar* bre; mais, au bout de quelque temps, les uns y sont parvenus; les autres, au contraire, n'ont jamais pu saisir, dégager les rapports existant entre les parties d'un groupe, et en représenter la physionomie générale. U en est de même des forestiers ; il y en a beau- , coup qm ne savent pas lier leurs impressions et leurs idées , les classer, voir les choses dans leur ensemble^ dans leurs caractères principaux. Ceux-là sont inhabiles à faire une bonne description ; ils se donneront beaucoup de peine pour fixer dans leur mémoire chaque détail^ chaque particularilé, au fur et à mesure qu'elle se présentera devant eux, et ne pourront tirer aucun profit de leur examen, quand il s'agira de dresser le plan d'exploitation.

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ARTÎGLK IV.

La reconnaissance spéciale de la forêt exige qu'on en fasse d'abord le parcellaire.

Celte opération consiste à subdiviser chacun des cantons dont elle se compose, en autant de portions distinctes et séparées, qu'il y a de différences bien tranchées dans la composition et les conditions de végétation du peuplement.

Cette subdivision , subordonnée d'abord à l'âge des bois, à la nature des essences et à l'élat du peuplement, est modifiée ensuite, s'il y a lieu, conformément aux dissemblances relatives au sol, à la situation, à l'exposition .

Il est impossible de lixcr d'une manière précise la limite minima au-dessous de laquelle la contenance d'une parcelle ne doit pas descendre ; seulement il faut éviter, si la parcelle est couverte de bois, de lui donner une contenance plus petite que celle que devrait avoir une coupe annuelle «

Quand le parcellaire est terminé, on a soin de faire arpenter, lever et rapporter sur un plan, toutes les subdivisions qu'il a eu pour résultat d'établir* On donne à ces subdivisions des signes distinctifs ; on les désignei par exemple, par des lettres afin de les recon* naître facilement.

Enfin, on procède à la reconnaissance détaillée de chaque parcelle, reconnaissance qu'on ne saurait faire en même temps que le parcellaire, attendu qu'on a besoin, pour ne pas se tromper dans l'appréciation d'un peuplement, d'en connaître avant tout la contenance, et que ce renseignement n'existe pas encore au moment où le parcellaire s'effectue.

Un cahier spécial dans lequel sont transcrits les résultats de cette reconnaissance, forme ce qu'on est convenu d'appeler le cahier de la description spéciale.

ARTICLE V

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