‹ Études sur l'aménagement des forêts (volume 5)Chapitre 21 sur 61 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

l'expUUaliilli^, alistnietl^ii faite des exlipeiiees die U ▼ey éiallea et de la e«li«re.

La quantité des produits matériels, leur utilité, leur valeur vénale, et le rapport de cette valeur au capital d'où elle émane, sont les divers objets que Ion a en vue ensemble ou séparément, quand on cherche à retirer des bois les plus grands avantages.

A ces divers objets correspondent quatre sortes d'exploitabilités distinctes et relatives :

La première, aux produits en matière les plus considérables;

La deuxième, aux produits les plus utiles;

La troisième, au plus grand produit en argent;

La quatrième, au rapport le plus élevé entre le revenu et le capital.

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ARTICLE PREMIER

DB L*£XPLOITABILITÉ RELATIVE AUX PRODUITS MATÉRIELS LES PLUS CONSIDÉRABLES I OU DE L'BXPLOITABILITÉ ABSOLUE.

Quels sont les principes généraux sur lesquels repose l'exploitabilité absolue?

Par quels moyens détermine-t-on Vâge qui correspond à cette exploitabilité?

Quelle est son utijjté pfgtiqije?

Examinons successivement ces trois questions :

Principes géné|>aux sur lesquels repose rexploitabilité absolue.

Quel est Tâge auquel il convient d'abattre des arbres, soit isolés, soit en massif ; pour qu'en admettant une régénération immédiate et une succession non interrompue d'arbres de la même espèoQ, et soumis à des conditions semblables , on obtienne , dans un temp^ donné, les produits matériels les plus eonsidériibles?

Évidemment , c'est comme si l'on demandait quel est rage auquel il convient d^exploiter des arbres, pdur que le produit de cette exploitation , joint à tous eeux qu'auraient pu procurer, précédemment, les coupes d'amélioration, et divisé par le nombre des années eompriëes dans cet âge, pjrésente le quotient le plus élevé.

U exploitabilité absolue est donc indiquée par l'âge

o^ ^e fdf^iûe la p\m grand, ficçvmiment f^m? fi mr

Elfe €orrefS9ï^d à fâgf pt^ ff^çcm^feu^nf anffuel devient é^] q VffççraimPf^^ V^Wn-

Cjgs |roi3 proppsftipns deiî^aij4pOj quelques efp]}paT tions :

Sj nous cpHpons pn ^r^fe j^r \e, pied, e\ qqe ^pus pxajfiîinipRs Ijbs CQucl^ps cpfjpen triques (le }a sejcfion tfansypfsftle, î}04S reconnaîtrons que leur épaissepr| Jrps-pfjii^ce d^p^ |p prinpipe, y^ ep a[jgmeptfint jj^squ'^ pnp ^ertftipe djstanop (lu centre ; puis reste § peu près ponsfapîe pppdcfpt quelques annéps ; et ^fRJnHe enfin de plqs en p|ns, fiu point (Je dpvenir à peipe percepfiblp, à mesure que Top se rç^pprophe de }a çifr conférence.

Les copséqupnoes qu'Jl y a lieu de tirer de pes ç^-, ractères, pour la déterrpinfttiop de rpxploilabilfté corr respopdante à 1^' prodqctJQn p}aiérielle la plus consir dérable, sont évjjjentes pour up forestipr ; jl p'en pst pas de mêpie popr les personpes étfangèrps à 1^ sy|yir: culture, et je crois qpp si pn Ips if]lerroge£^i| à pp §HJe|, ellps ne rppppdraient pas, du prppiier pppp, d'une m^qjère satjsf^isapte.

Ces ppfspnn?§ seraient pFq|}ffblep]ept di^po^éps h ptabjir, d'al^pr^, pne rglft^ipp dirpçtp eptre les phases de Taccrqissppjept pp Yplupjjp de np|re ar|îfp dV^^Pé" ripBfie? et le^ VfirJ^tiQnS de l'fpfti§§PHF âps çp«ç}ies Ç9P7

60 0E l'exploitabiutê.

centriques; elles supposeraient volontiers, qu'à partir du moment où cette épaisseur est devenue constante, l'accroissement annuel est resté stationnaire* — Ce serait là une grave erreur ; Varennes de Fenille a eu soin de la prévoir, en faisant remarquer qu'il faut se garder de confondre le grossissement avec l'accroissement annuel; attendu que celui-ci peut ne pas cesser de grandir, tandis que l'autre diminue.

Mais, ce que les personnes, en question, auraient surtout de la peine à comprendre ; c'est qu'il y ait perte dans le rendement, quand on retarde l'exploitation jusqu'au terme de la végétation. Petite ou grande, elles ne s'expliqueraient pas aisément, qu'il y ait avantage à sacrifier l'augmentation de volume, que la végétation des dernières années serait encore susceptible de procurer au propriétaire. Habituées à n'envisager les arbres que dans leur individualité, au lieu de les envisager dans une succession non interrompue et indéterminée de générations, il leur faudrait un certain eJBfort de réflexion, pour apprécier les conséquences de la solidarité qui existe entre ces générations, solidarité dont l'absence rendrait inintelligible la théorie du plus grand accroissement moyen.

Enfin, cette solidarité consentie, et avec elle l'opportunité de renoncer aux dernières années de la végétation d'un arbre, parce qu'on est assuré de trouver plus qu'une compensation dans la production de celui qui le remplacera, il reste encore à démontrer que l'exploitabilité absolue tombe dans la phase descendante

DE L'BXPU>rrABILITÊ. 61

des aecroissemenU annuels. Cette démonstration est facile : pour que Taccroissement moyen ne cesse pas d'augmenter» il suffit en effet que Taccroissement annuel soit plus grand que la moyenne des accroissements annuels antérieurs ; or, cette moyenne est nécessairement toujours plus petite que le plus grand de ces accroissements , puisqu'elle est fonction nonseulement de celui-ci, mais, au même titre^ des plus faibles, et, entre autres, de ceux des premières années de la végétation.

Les deux premiers aphorismes que j'ai posés, ne sont donc pas susceptibles d'être controyersés ; le troisième en découle logiquement, en forme le corollaire, et s'y arrêter serait faire trop peu de cas du temps de ses lecteurs.

Quelque simples que soient ces aphorismes, ils ne s'acceptent pas cependant, on vient de le voir, sans explications, et Yarennes de Feuille, qui les a formulés le premier, a fait faire un progrès réel à la science de la sylviculture.

Toutefois, pour que ce progrès ne soit pas dépourvu d'utilité pratique, il est nécessaire d'admettre qu'en conformité des lois qui régissent le monde organique, les arbres n'arrivent au terme de leur existence qu'après avoir traversé une phase de décadence ; que leur force vitale et leur accroissement annuel, qui en est l'expression, ne vont pas en augmentant jusqu'au moment où ils sont surpris par la mort, et que, si leur végétation ne présente pas toujours les trois phases.

62 Vk fc'ÉXPLOltABlLtTL

àscendàhtë; ètËiiëhnàirë ^ déseendàhté, (jU'ott à'âë&)rdc^ génêrâlëhièfit â M ieémniiifë, elle pfêâèrltë aiu raoittS les déùi eitrétoèà; Cette h^fiofthësé est iridistJëflM61ë; el je jllë éaehé fias âiî ^tii-plus qU'il ait été téiï càtiffe 6ll§ fttiéuiie protestation plausible;

Les pihdpès qu'oft tiëiit dé déVëlëpper, ^'SpfAi^tiefll aii§si èiâèicrrient mi âttbté^ isolée qu'tftii ârb#ë£r en ftîââsifà j aiii bëi§ âméilagé^ ({u'â ceux qûî rië lé ééiii pais:

On a prouvé par exemple que, pour lés kthfeé isolée; ië pltis gi'afld aëèrôiâSémèfat ttibyéû ië ptoiUii ddhs la phà§e descendante âé l'acôrdisseiticrit arihtië).' On tef pffcfiitérâit de Itf mêrflë mëtiièfe pistai les thàssifS; ëèèt-* lëtoéilt, lorsqtife,' dàriii fcei dëfiiièts,- lë^ êelaîfëieS èiilèvent périodiquement une portion des ftrbfe^ sttf pied , il èoWtiëht de suppDSëf qu'elles Ont lieu par afinitfitês ; et l'éit doit, i^urtout, tenif Cottiptë dé lèttirsl prôdtiits, dâhs la côtiiparàièon dés acc^oiésements Se deux années consécutives ; èar ii bh les îiégligëàit; on arriverait infailliblement à un résultat tcKit 8 ftit cdrittaire à celui (;(u'iridiquë le Wisoiliieniéht.

Quant à ràpplicafititi àùi bois aménagés dëJldii Jàht on n'a, fiisqù'à présenlf^ dêmbntfé là justesse que pôtir lés BôiS è(tii ne le sont pas, elle est êgàlëiÈteiit îhfcôritëstoble : de styrtë Qu'étant doritiées detfx fofêts de feênlë ètéiidùé et dàtis dès coiiditibhs Semblables de végétation, parti^ées l'une en 60 coupés et Tàutré ëh 120, là produétitin de ëette dei-riière, quoique Télenducf dé là ëoiipe anniiëlle soit flibi&âre de taoiûé, éëtà pldô

considérable que celle de la première, si le plus grand accroissement moyen ne se réalise qu'à l'âge de 120 ans. En termes plus précis, si eee deux forêts ont chacune 120 hectares, l'hectare qu'on coupera chaque année dàB là iéîiiièûie ; fdùrfiifa plUi^ dé ptbdûi^ i^ué les déiix hééiiréë qti'èM éëtipefâ ëhà(|ùè àfinêë daHii la phf&iiêfëi

Ydôl nh mÈahmmèm algébrique tf«ë^)ét»èJifàife ^i, à cet éf^fd, lie Ibià^râ paâ picb ad âëlMl-'è ûëûtës

OH fêiii ffbûm ^uS rSfâëriigfeffiëttt^Tli mfëspôhà ati lUdiiihiUin dé l'âcër'diâèéiHëtit tae^m-, est ëeîui qUl ^rddtll>è lé ibaJtimMt dé p^ôdditè Hilfériëlà.

âoit n i'age àè la rérôiùtidn,

« U f oiufa» û'HA hbcttfé piW^n k cêH^ :

Le plus grand accrolssemeat moyen sera -.

Mt la céntBBuee dé Is fnét) la coattanace de ht èéapé

sèYa - et te vbltimë ?: X * ôd fc >< ^'.

Mâfâ ^' è» le (fit» ^rïbid acéMiieiâdM Aëf^n j màt wn»

révôluiion n' vf... ptiis gi&Me ou piuâ pêlite (loâaètëil ùd accroissement^ -^..« moindre que-, et en conséquence,

ûiie «iù'ârtiilé «|- é ^.... {rffti tjfli)lë qit» JJ J.

6k DE l'bxploitabiutE.

Des moyens par lesquels on détermine Tàge qui correspond à l'exploitabilité

absolue.

Voici une plantation d'arbres de la même espèce, placés dans des conditions identiques de végétation, mais ayant des âges différents. Prenons le plus âgé, coupons-le par le pied ; à l'inspection des couches concentriques, il nous sera facile de déterminer la grosseur qu'il avait aux diverses époques pour lesquelles nous voulons établir son volume. Ayant la grosseur, il nous faudra encore la longueur à ces mêmes époques. Si Tarbre est verticillé, cette longueur sera facile à trouver, puisque la distance entre deux verticilles successifs, représente la pousse d'une année ; et que pour avoir, par exemple, la longueur de l'arbre il y a 10 ans, il suffira de retrancher de la longueur totale actuelle, celle des 10 derniers verticilles. S'il s'agit de bois feuillus, ce n'est que par des tâtonnements que nous pourrons arriver au but de nos recherches : ainsi, l'accroissement d'un arbre se constituant avec des couches annuelles superposées, il est aisé de comprendre qu'en rognant successivement la tige, on augmentera successivement aussi le nombre des couches concentriques de la section ; et qu'à l'appàritiofi de chaque couché nouvelle, correspondra la hauteur à un âge qu'on déterminera sans peine, puisqu'on connaîtra l'âge actuel.

Nous pourrons donc nous procurer les deux élé-

DE L'EXPLOITABIUTÊ. - 65

ments, longueur et épaisseur, relatifs à un âge quelconque ; et, avec ces deux éléments, calculer le volume de la tige de notre arbre à cet âge, en le considérant soit comme cône, soit comme cylindre. Des facteurs de conversion que nous établirons par les procédés qu'enseigne la stéréométrie, nous fourniront le volume réel, et il ne nous restera plus qu*à diviser le volume trouvé à différents âges par ces âges mêmes, pour distinguer en comparant les quotients , Tâge du plus grand accroissement moyen.

Pour plus de sûreté , l'opération que je viens d'appliquer à un arbre, on l'applique à plusieurs, et on prend ensuite la moyenne des accroissements moyens maxima.

Voici maintenant des arbres en massifs : c'est un taillis dans lequel il n'y a pas lieu de faire des coupes intermédiaires, c'est-à-dire des nettoiements ou des éclaircies. On pourrait déterminer l'âge de l'exploitabilité absolue par le même procédé. Mais comme pour diminuer, autant que possible, les chances d'erreur que Ton court toujours, lorsqu'on applique à un très-grand nombre d'arbres, les lois d'accroissement constatées sur une partie seulement d*entre eux, il faut que cette partie soit par rapport au tout, la plus grande possible , et que, dans un massif, cette considération entraînerait l'abattage d'un très-grand nombre de sujets, on emploie le procédé suivant qui est plus simple, plus expéditif et souvent plus sûr.

Au lieu d'expérimenter sur des arbres isolés, on

66 DE L'EXPLOITABlf^ITÉ.

expérimente sur des portions du massif. Oi^ choisit donc, dans des conditions moyennes, mais régulières de végétation, des places d'essai, d'âges différents, et semblables quant aux autres éléments de la production. On cube les volumes qu'elles contiennent, et pji divise • ces volumes par les âges correspondants.

Cette méthode est celle qu'on ne peut se dispenser d'employer dans les massifs, soit en taillis, 3oit en futaies, qui sont assujettis à des nettoiements et écjaircies périodiques; seulement, on a soin d'ajouter au volump de chaque place d'essai, celui des coupes interipédiaires effectuées précédemment ; de sorte que , si des éclaircies avaient eu lieu tous les 10 ans, à partir de 20 ans, il faudrait ajouter à la place d'essai de 30 ans, le produit d'une éclaircie (à 20 ans), à la place d'essai de 40 ans, les produits de deux éclaircies (à 20 et à 30 ans), etc. Les quotients de ces sommes par les âges des places d'essai, exprimeraient les accroissements moyens à ces âges, et au plus grand de ces quotients correspondrait l'âge de TexploitabiUté absolue.

Les opérations que je viens de décrire très-rapidement sont simples en théorie. Dans la pratique, elles rencontrent de grandes difficultés causées surtout par l'embarras de trouver des arbres ou des portions de massifs , qui soient dans un état de régularité convens^ble , et dans des conditions de végétation semblables à cellçis des peuplements, auxquels devraient èliçe appliquas les résultats des expériences dont ils auraient été l'objet.

DE Ii'KXPLOITABILITÉ. 67

L'exploitabilité relative aux plus grands produits matériels, varie pour une même essence, suivant les sols, les climats, la consistance du peuplement, etc., toutes choses très-variables souvent de leur côté, dans la même foret. Il n'est pas aisé de discerner la moyenne de ces variation^, et c'est cependant du choix plus ou moins juste de cette moyenne^ que dépend le succès de r opération. Toutefois, il n'y a pas de difficulté insurmontable pour la sagacité d'un forestier qui a du coup d'œil et qui est expérimenté, lorsque les peuplements présentent les éléments indispensables sous le triple rapport de ^ régularité, de la consistance des massifs et de la gradation des âges. C'est là malheureusement ce qui manque en Frs^pc^ à presque toutes qos futaies. Aussi est-il bien peu de forets dans lesquelles l'âge d'explûitabilité soit fixé d'après des bases certaines, comme le seraient pelles qui auraient été établies par les expériences dont j'ai expo^p la théorie. Pour nos taillis, la recherche des lois d'accroissement eût été bien plus facile. Pourtant elle n'a été faite que très-exceptionnellement. Nous verrons au surplus qu'elle est bien loin d'avoir une aussi grande impor^ tance que dans les futaies.

Des tables de production résultant d'expériences effectives et qui indiqueraient, pour des conditions déterminées de végétation, la marche que suit l'accroissement des principales essences de notre sol forestier , constitueraient un précieux document, et il serait trèsr dé^il^le qu^ l'cfn i|>n pccupât. L'administration s^\^

68 DE L'EXPLOITABILITÉ.

pourrait entreprendre un travail de celte nature. Ce ne serait, il est vrai, pas trop d'un siècle pour le terminer; mais les résultats immédiats auxquels Tétat actuel de nos forêts permettrait d'arriver, seraient déjà d'un grand intérêt et d'une grande utilité pour la détermination de l'exploitabilité dont nous nous occupons en ce moment. Ces études que je conseille, l'administration forestière badoise les a commencées depuis longtemps dans les forêts dont la gestion lui est confiée. Elles ne sont donc pas impossibles.

Mes lecteurs s'effrayeront peut-être de la multitude de comptages et de calculs que semble comporter la recherche de l'exploitabilité absolue ; et se défieront de la possibilité d'arriver dans ces évaluations à un degré suffisant d'exactitude. — Ces appréhensions ne seraient pas fondées : dans la pratique, la phase de la végétation sur laquelle portent les expériences , est singulièrement réduite, soit par le choix du mode d'exploitation, soit par les exigences de la culture ; et pour ce qui est de la précision des cubages, ceux-là seuls pourraient en douter, qui ignorent les procédés de la dendrométrie. L'emploi de ces procédés est expéditif et sûr, — c'est ce qui est prouvé par les exploitations faites dans diverses forêts, conformément à la possibilité résultant des cubages d'aménagement. Ainsi, dans la forêt de Haguenau, le produit des coupes de la première décennie a cadré parfaitement avec la possibilité déterminée par l'aménagement. Il en a été de même dans la forêt de Cerisi (Calvados), et il en sera

DE L'EXPLOITABILITÉ. 69

de même toutes les fois que les comptages et cubages seront faits par des agents attentifs.

Au reste, on aurait grand tort de contredire lutililé d'un principe, en alléguant les difficultés de son application. En sylviculture, comme dans toutes les sciences et dans tous les arts spéciaux, la pratique parvient rarement à réaliser, à appliquer exactement, complètement, les enseignements de la théorie. Ce n'est pas une raison pour qu'elle les repousse , et celui qui s'inscrirait en faux contre les principes de Taménagement des forêts, par cette seule raison qu'ils ne trouvent pas toujours leur application, ne serait pas plus sage que le mécanicien qui nierait l'utilité de la mécanique rationnelle y parce que les données qu'on y trouve sur la résistance des matériaux, ne sont pas toujours d'accord avec les résultats des épreuves que Ton fait subir à ces derniers.

Utilité pratique de l'exploit abilité absolue.

J*ai fait remarquer, au début de mon travail, que le profit qu'on pouvait retirer de l'exploitation forestière, servait de fondement aux règles qui régissent cette exploitation. Mais il n'y a profit que là où il y a utilité produite, et comme je n*ai pas tenu compte jusqu'ici de cette utilité, on pourrait douter de l'importance des longues considérations dans lesquelles

70 DE t^ÉXPLOITABlUTÉ.

je suis entré, au sujet d'une exploitabilité dont les avantages, pour la satisfaction de nos besoins, sont demeurés indéterminés.

La quantité plus où moins grande des produits matériels qu'un bois est susceptible de fournir annuellement, serait dépourvue de tout intérêt, si elle était indépendante de l'utilité et de la valeur de ces produits; elle ne mérite d'être prise en considération que parce qu'elle a des rapports plus ou moins directs avec cette utilité et cette valeur ; on s'étonnera donc peut-être que je n'aie pas pris ces rapports pourpoint de départ de mes études.

Je ne Tai pas fait, parce que j'ai présumé que la clarté de mes déductions en souffrirait.

Je reconnais, sans doute, que réduite à elle-même, envisagée isolément, la théorie de l'exploitabilité absolue serait une pure abstraction, comparable à un chiffre qu'on aurait séparé de l'objetauquelil empruntait sa signification ; mais nous verrons plus tard que l'utilité et la valeur des produits ligneux sont, dans beaucoup de cas, proportionnelles à leur quantité, et qu'en conséquence, la théorie de Texploitabilité absolue est souvent admissible. Elle exige d'ailleurs qu'on précise la marche de la végétation, qu'on en fasse connaître les lois et les résultats matériels, et ce sont là des données dont on ne saurait se priver, quels que soient le but que l'on se propose et les moyens que Ton préfère pour y arriver. Il n'était point, enfin, sans importance d'avoir un terme de comparaison aussi fixe que possible pour les exploilabilités de différentes natures que j'avais à étu-

D£ L'EXPLOITABILITÉ. 71

dier, et il n^en existait pas, ce semble, de meilleur que reiploitabilité absolue.

ARTICLE U

PB L'HPLOITAKUTi XBLAttYI âSt fkOttirtS LKI »L0S tttLBt<

L'exploitabilité relatiye à la production la plus utile> est celle dont il est le plus difficile de préciser Tépoque. Il ne suffit pas , comme on pourrait le croire au premier abord, de transformer en marchandises, les produits des arbres d'expérience ou des places d'essai, pour juger ensuite, d'après le prix de ces marchant dises, de leur utilité respective. Ce prix est, çans doute, un élément d'appréciation ; mais on ne doit en user qu'avec réserve, sous peine de s'exposer à de grossières erreurs.

L'utilité des choses est^ en effet, loin d'être toujours proportionnelle à leur valeur. Le bois de houx qui, tous les forestiers le savent bien, est une essence digne de fort peu d'intérêt, se paye sur place, dans telle forêt que je pourrais citer, jusqu'à 250 fr. le mètre cube. Personne assurément ne s'aviserait de prétendre qu'à un point de vue général, ce bois est aussi utile que le chêne qu'on vend en moyenne 40 à 50 fr. le mttrè cube. Un même objets qui vaut beaucoup aujourd'hui.

72 DE L'EXPIOITABItITÉ.

vaudra peut-être très-peu demain, sans que son utilité ait cependant diminué. Enfin, il y a des utilités entièrement gratuites : l'air, l'eau, les bois aussi quelquefois.

On peut n'attendre de ces derniers que de Tagrément; s'ils en procurent, ils seront utiles; on peut en attendre une protection contre les vents, les avalan* ches, etc., etc. : ces bouquets de bois qui, sur les rampes escarpées de nos Alpes, ont pour destination de barrer les torrents, et de les éloigner des habitations qu'ils menacent d'emporter, rendent, sans contredit, de grands services, produisent des utilités; ces utilités n'ont pas de valeur vénale, et cependant, elles sont incontestables.

Il est donc nécessaire de chercher une autre base que le prix, pour l'appréciation du maximum d'utilité des produits forestiers ; mais où la trouver? Entre l'utilité du taillis qui sert de remise au gibier, et celle des forêts séculaires de nos hautes montagnes, dont la fonction est de garantir les contrées inférieures contre la fureur des éléments , combien n'y a-t-il pas d'autres services immatériels et souvent gratuits rendus par les bois, services s'appliquant au caprice, à l'agrément, à des besoins plus ou moins impérieux? Entre réchalas qui sert de tuteur à la vigne et le mât de hune qui résiste à l'effort de la tempête, et sous lequel s'abritent les intérêts de notre commerce et quelquefois de notre gloire, combien ne pourrait-on pas compter de destinations différentes ayant chacune des avan^

DE t'ËXPt/DITABIUTÉ, 73

tages spéciaux? Où trouver un critérium, une mesure qui permette de classer tous ces services par rang d'importance?

Pour le vigneron, Téchalas est le plus utile de tous les produits. Pour celui qui manque de combustible, le fagot est bien plus utile que le plus beau bois des îles, si celui-ci n'est bon qu'à la fabrication des meubles. Pour le propriétaire qui veut faire argent de ses produits , le bois le plus cher est le plus avantageux.

On voit toutes les raisons qui s'opposent à ce qu'on fixe des règles pour juger de l'exploitabilité relative aux produits les plus utiles. Cependant, on peut admettre en principe, qu'à un point de vue général et sauf de rares exceptions, les arbres les plus utiles sont ceux qui ont les dimensions les plus grandes et les propriétés mécaniques ou physiques les plus développées.

Les dimensions ont sur l'utilité d'un morceau de bois une influence bien évidente, puisque c'est d'elles que dépend le nombre des usages auxquels il est possible de l'affecter ; et il est clair, par exemple , qu'à volume égal, du rondin de chêne propre au chauffage seulement, sera moins utile que du bois de la même essence, mais beaucoup plus gros, dont on tirera du bois de chauffage, du bois d' œuvre, du bois de charpente.

Le développement des propriétés mécaniques et physiques n'a pas ime moins grande influence; or, Texpérience tend à prouver que la puissance calorifique.

lu J)É L^BiPLOliÀBlLiTÉ.

la densité, la cohésion et l'élasticité , èuiveili utie marche ascetidante jusqu'à un âge avancé, qiii ne s^é-* carte pas beaucoup de celui qui correspond au plus grand accroissement inoyen ; d'où il résulte qu'à dimensions égales, dû bois de 20 ans est moins précieux que du bols de lOO ans.

Henri Colta raconte, quelque part, que dans la Suisse saxonne, des habitations ont duré 20 ans à peine, parce qu'on y avait employé de jeunes bois, tandis que des édifices construits, il y a plus de 100 ans, avec des bois âgés, sont encore dans un parfait état de conservation. Ce fait est frappant; il montre à quelle perte énorme d'efîef utile on s'expose par des exploitations prématurées.

Je faisais obsetvêr, daiis l'article précédent, qu'il serait trés-désîrable que Ton s'occupât activement de la formation de tables de production indiquant, pour des conditions déterminées de végétation, la marche de faccroissement dés principales essences de notre pays, tl ne le serait pas moins que l'on établît, par déà expériences consciencieuses, l'influence que Tâge, lè sol, le climat et le inode d'exploitation, exerceht sur les qualités de ces essences. Le chêne de la Meurthe est moins estimé pour le chauffage que celui de la Bourgogne, en sait-on la raison? Le chêne du nord dure, dit-on, beaucoup moins que celui du midi; on assure que les vaisseaux construits avec le premiei*, sont hors de service au bout de 7 ou 8 ans, en moyenne, tandis que céiix qui sont fconsfruils avec du bois de Pro-

DE t'EXPLÔITABlLlTÉ. 75

Tence, se conservent plus de 15 ans. Certes, ce sont là des assertions qui réclameraient une sérieuse vérification. Quels services Tadministration ne rendraitelle pas à rÉlat, au corametce, à l'industrie, si elle pouvait dire : Dans cette région , le bois est propre à tel usage ; il se distingue dans celle-ci par telle qualité? etc..

Il eiiste bien quelques principes relativement aux influences que je voudrais que Ton étudiât, mais ils ne reposent que sur des observations fort incomplètes et rarement comparables entre elles.

Les bois de grandes dimensions ne sont pas seulement recommandables par la variété et Timporlance des usages auxquels ils peuvent servir; ils le sont également par les éléments de bien-être que forment, pour la classe ouvrière, les nombreuses manipulations auxquelles ils donnent lieu.

L'exploitabilité relative aux produits les plus utiles est, en définitive, susceptible de varier suivant une foule de circonstances que je ne me flatte même pas d'avoir énumérées, et de se présenter tantôt avant, tantôt après Texploitabilité absolue ; il faut 10 ans pour faire un cercle ; il en faut 250 pour que le pin de Riga puisse faire un mât de vaisseau.

Néanmoins, celte exploitabilité correspond à un âge qui ne saurait, dans la plupart des cas, s*éloigner beaucoup de celui du plus grand accroissement moyen.

Lorsqu'on recherche les dimensions que doivent avoir les bois pour atteindre leur maximum d'utilité,

76 DE t'EXPtOIT ABRITÉ.

il importe de ne pas perdre de vue que rulililé n'existe, que tout autant qu'elle peut être mise à la portée du consommateur.

L'état des voies de vidange est donc appelé à influer , singulièrement sur le résultat de cette recherche.

Que si l'on ne considérait Texploitabilité relative aux produits les plus utiles, que dans ses rapports avec l'intérêt du propriétaire qui ne consomme pas son bois et qui le vend, on pourrait regarder le prix de ces produits comme l'expression exacte de leur utilité ; et, par suite, Texploitabilité dont nous venons de nous occuper, se confondrait avec celle du plus grand produit pécuniaire, dont je vais parler.

ARTICLE III

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