DE L'EXPLOITABILITÉ RELATIVE AU PLUS GRAND PRODUIT EN ARGENT
La marche à suivre pour déterminer l'âge auquel il faut abattre des bois , quand on veut en retirer le plus grand produit en argent n'est pas embarrassante, du moment que Ton est fixé sur les rendements, en matière et en marchandises, des arbres d'expérience ou des places d'essai. Les prix du commerce appliqués à ces marr.handises, défalcation faite des frais d'exploitation,
DE L'EXflOITABlLlTÉ. 77
de façon et de transport (1), établiront exactement leurs valeurs ; les quotients de ces valeurs par les âges correspondants, donneront les revenus moyens, et le plus grand de ces quotients indiquera Tépoque de l'exploitabilité cherchée.
La chose importante, dans cette opération, afin d'éviter les erreurs, est d'apprécier sainement le prix vénal d'une marchandise dans les éléments qui le constituent ; or, cela n'est pas facile, car le prix du bois est exposé à de très-grandes fluctuations, et il s'agit, au cas particulier, d'adopter non le prix du jour, le prix accidentel; mais le prix moyen, le prix normal. Quelques exemples feront mieux comprendre ma pensée :
J'ai cité, tout à l'heure, le prix du houx comme un exemple de la valeur excessive que pouvaient atteindre des objets d'une utilité plus que contestable d'ailleurs. Eh bien ! si le bois dont on voudrait régler l'exploitation, renfermait des sujets de cette essence, en conqlurait-on qu'il convient de les propager ? — Une réponse affirmative serait une erreur grave ; car ce prix élevé tient précisément à la rareté de Tessence en question, aux soins que, dans l'intérêt de la sylviculture, on apporte à l'extirper, et il est compréhensible
( I ) Dans Tévalualion des frais de transport, on tiendra compte de rinflaence que ramélioration des voies de vidange pourrait avoir sur ces frais.
78 DE L'EXPtOITABlLITÊ.
que, pour peu qu'on en favorisât la multiplication, sa cherté disparaîtrait. On fabrique, dans certaines localitésy des allumettes avec du bois de tremble, et on en tire, de cette manière, un excellent parti. Serait-ce une raison pour convertir nos forêts en trembles? — Evidemment non ^ car il en serait du tremble comme du houx ; son prix ne tarderait pas à être avili.
Ce qu'il faut donc examiner avec attention, apprécier avec sagesse et prendre pour base de son évaluation, c'est l'importance des débouchés, qui seule peut garantir le maintien du prix vénal, et rejeter dans les considérations tout à. fait secondaires, les circonstances accidentelles et exceptionnelles, dont ripiluence, sur la valeur des produits, ne saurait être durable.
Si Ion suppose )a prix du bois constant, c'est-à-dire indépendant de 1 âge, Texploitabilité relative au produit pécuniaire le plus élevé, suivra les mêmes lois que Texploitabilité absolue. Elle se réaliserait au CQn* traire plus ou moins longtemps après, dans l'hypothèse où le prix du bois s'élèverait avec l'âge; et plus ou moins longtemps avant, dans le cas où ce prix subirait une diminution, malgré le mouvement ascendant de larégétation.
, ARTICLE IV
0B l'EXPLOITABILITÉ RELATIVE AU RAPPORT LE PLUS ihEVÉ HMTRB LE REVENU BT LK CAPITAL.
Considérations générales sur la valeur et le profit des capitaux , et ipécialemeut des fonds de bois.
Nous n'avons examiné, jusqu'à présent, Texploilabilité forestière, qu'au point de vqe de la quantité, 4e l'utilité et de la valeur absolue des produits. La quantité et l'utilité des choses intéressent presque exclusivement le consommateur; leur valeur touche surtout le producteur; mais ce qui lui importe principalement, c'est le rapport qui existe entre cette valeur et le capital dentelle émane; aussi, les spéculateurs qui ont à faire emploi d'un capital pécuniaire, cherchent-ils à l'affecter à l'entreprise qui leur promet le bénéfice le plus grand, c'est-à-dire un profit qui soit avec le capital dans le rapport le plus élevé possible. Cette préoccupation légitime se rencontre chez le propriétaire de bois, et l'on conçoit qu'on ne puisse y satisfaire qu'en recourant à une exploitabilité bien différente de pelles que nous avons étudiées précédemment.
On a souvent défini Texploitabililé dont il s'agit : Vexploitabililé relative à la rente la plus élevée.
J'adopterai aussi cette définition , quoiqu'elle ne soit peut-être pas irréprochable;
80 DE L'EXPLOITABILITÊ.
Ce qui caractérise l'exploitabililé qui va faire Tobjet de noire examen, c'est donc Tintervemlion de la valeur capitale parmi les éléments à prendre en considération, quand on veut déterminer Tâge auquel il convient d'abattre des bois. Nous ne nous sommes encore occupé que du produit, sans songer à l'agent de production et au prix qu'on y attache dans les transactions commerciales ; or, cet agent a, comme les autres capitaux, une valeur commerciale, et il ne saurait dès lors être négligé par le spéculateur qui se propose de fixer, pour l'exploitation, l'époque la plus favorable à ses intérêts.
Je dis que les capitaux ont une valeur commerciale ; pour l'intelligence de ce que j'aurai à exposer relativement aux fonds de bois, il est nécessaire de rappeler comment se constitue et fonctionne celte valeur.
On désigne sous le nom de capitaux toutes les choses, tous les objets qui servent ou qui contribuent à la production ; ce sont donc en général des instruments de travail ; leur valeur repose sur les services productifs qu'ils sont susceptibles de rendre; elle s'établit, dans le commerce, d'après un rapport convenu entre le profit net et le prix de l'instrument qui l'engendre. Ce rapport varie suivant des circonslances nombreuses dont les principales sont la sécurité du placement et l'abondance des capitaux disponibles; mais il ne descend guère au-dessous de 2 1/2 pour 100, tandis qu'il peut s'élever beaucoup plus haut.
Les fonds de terre participent de la nature des capi-
DE L'EXPLOITABIUTÉ. 81
taux, et dans le langage ordinaire, on s'accorde à les ranger dans la même catégorie.
Qu'est-ce que le profit net? — C'est, selon moi, l'excédant du produit pécuniaire sur les frais de production (1), d'où il résulte que les capitaux dont les services productifs seraient juste suffisants pour couvrir les frais de production, n'auraient aucune valeur commerciale, ce qui, soit dit en passant, ne les empêcherait pas d'être souvent fort utiles. Ainsi, qu'on suppose un fonds de terre dont le produit suffirait à peine à l'entretien du cultivateur et de ses instruments de travail, il est clair que, commercialement, ce fonds sera sans valeur; mais dès qu'il y a un profit net quelconque, la valeur capitale surgit, et pour l'apprécier, pour la déterminer, il n'y a qu'à multiplier ce profit par le facteur exprimant la relation convenue dont je viens de parler, la relation consentie entre le profit net et le prix de l'agent qui sert à le produire. Pour une terre arable, le profit net sera raultipHé par 40 ; pour un bois, par 33 ; pour un capital employé à l'armement d'un navire, par 15, etc.
Ce profit net qui sert à l'évaluation des capitaux, indique en même temps ce qu'ils coûtent à l'industriel qui ne demande que la faculté d'en user, et il porte Alors le nom générique d'intérêt (comprenant le loyer, le fermage, etc.). On suppose, en effet, que ce profit net est la conséquence nécessaire de l'intervention du
(l] Il est bien entenda que daus ces frais est compris le bénéfice de Tentrepreneur, quand il y a on entrepreneur.
82 D£ l'bxploitabiutê.
capital, qu'il lui est^ en quelque sorte, inhérent^ et qu'il est dû, dès lors, au propriétaire, soit que celui-ci emploie lui-même son capital, soit qu'il le fasse fructifier par d'autres mains. Il se pourrait certainement que l'emprunteur ne trouvât point dans les services du capital qu'on lui aurait prêté, cet excédant qui constitue le revenu du propriétaire. Cela ne prouverait rien contre ce que j'ai avancé à propos des rapports qui existent entre les profits nets et les capitaux. Cela prouverait seulement que le capital dont il s'agit aurait été surévalué ou mal exploité.
D'après ces considérations, la valeur d'un capital ne tiendrait pas à celle de ses parties intégrantes; elle serait intangible, extrinsèque, elle se lierait au revenu ; elle diminuerait et progresserait avec lui.
11 est cependant connu de tout le monde que la valeur commerciale d'une forêt, n'est pas toujours avec le revenu net qu'on en retire, dans le rapport adopté pour les placements de l'espèce , et qu'elle dépasse quelquefois le chiffre que Ton obtient par la capitalisation de son revenu au taux desdits placements.
D'où cela provient-il? Comment concilier ce fait incontestable avec la proposition précédente?
Essayons de répondre à ces questions :
Parce que le revenu net sert de fondement au prii que l'on attache à un capital, ce n'est pas nécessairement une raison pour que le revenu étant nul, les objets qui constituent le capital soient frappés de non- valeur ; ils ne le seraient que dans l'hypothèse où ils ne pour*»
DE L'éXPLOITaBILITÉ. 8S
raieni être soustraits à la destination qu'on leur avait donnée^ pour être affectés à un autre emploi. Voici des pierres, du fer, du bois avec lesquels on a construit une maison : si cette maison ne se louait à aucun prix, elle perdrait toute valeur comme capital-maison, capital immobilier; mais les matériaux dont elle se com* pose, séparés lés uns des autres, rentreraient dans la catégorie des produite, reprendraient ainsi une partie de leur valeur primitive, et pourraient, sous une autre forme, fonctionner comme capital.
Veut-on encore un exemple? -^ Il nous est fourni par un bateau que Ton aurait transporté dans Tintérieur des terres. Sur le bord de la mer, ce bateau constituait un capital précieux ; dans les conditions où on Ta placé, il a perdu comme capital-bateau toute valeur, et, cependant, il est probable qu'on en tirera quelque profit en le dépeçant.
Les choses qui fonclionnent comme capital, peuvent donc avoir et ont en effet, presque toujours, une valeur propre, indépendante de celle qu'elles empruntent à leur fonction ; mais la première est ordinairement beaucoup plus petite que la seconde, et, par conséquent, elle ne saurait exercer aucune influence sur le prix qu'on attache à ces choses dans les transactions commerciales.
Les bois seuls peut-être font exception à cette règle.
Si le fonds de bois était fixe, voué à l'immutabilité, il est certain que son prix vénales réglerait invariablement comme celui des autres caupitaux et particuliè-
su DE L'EXPLOITABIUTÊ.
rement des fonds de terre, d'après son revenu net ; mais le fonds de bois peut, dans une très-grande mesure, être transformé : de fixe, il peut devenir circulant ; d'immeuble il peut devenir meuble, et ces propriétés qu'il possède à un degré exceptionnel, lui donnent une valeur intrinsèque, pour ainsi dire, indé* pendante du revenu qu'on en retire, et qui est susceptible de s'élever, au point de dépasser le chiffre que Ton obtiendrait, en multipliant ce revenu par le denier des placements en bois. Gomment s'établit cette valeur? — C'est bien simple : d'après l'usage que l'on ferait de la portion du capital que l'on aurait mobilisée. On sait, par exemple, que l'intérêt des capitaux qui se prêtent dans le commeree, aux mêmes conditions de solidité que celles des placements en bois, est de 3 pour 100. Eh bien I si le revenu net d'une forêt descendait au-dessous du profit qu'on retirerait de cette forêt, en transformant sa superficie en argent, il y aurait, à faire cette transformation, un avantage aisément appréciable.
Le point que j'essaye d'éclairer est véritablement la clef de la théorie de l'exploitabilité relative à la rente la plus élevée. Qu'on me permette donc d'insister, et de montrer en quoi la formation du capital-forêt diffère de celle des autres capitaux, et notamment des fonds de terre.
Le propriétaire d'une terre arable consomme ordinairement le revenu net qu'il en retire, et ne se soucie guère de le faire fructifier. Supposons, cependant, que sa position de fortune et ses goûts lui donnent la
DE L'EXPLOITABILITÊ. 85
possibilité et lui inspirent le désir de l'utiliser ; supposons aussi qu'à raison de la solidité du placement , il soit disposé à se contenter de l'intérêt qui correspond au taux des placements en fonds de terre. Pour parvenir à ses fins, il peut faire Tune ou l'autre des deux opérations suivantes : ou bien augmenter par une nouvelle acquisition l'étendue de ses propriétés, ou bien améliorer celles qu'il possède déjà. Il choisira probablement ce dernier moyen, parce qu'il est plus commode, si en employant son revenu à des améliorations, il prévoit qu'il augmentera son fermage d'une quantité égale à l'intérêt de ce revenu ; et il continuera, chaque année, le même emploi, jusqu'au moment où l'augmentation du profit net cessera de compenser la perte d'intérêt du revenu.
A partir de ce moment, il cherchera pour ses revenus une autre destination ; il s'en servira, par exemple, pour augmenter retendue de ses biens-fonds.
Le propriétaire d'une forêt ne doit pas agir différemment ; pour lui, l'accroissement d'une année, c'est le revenu; il ne consentira à l'immobiliser, à l'incorporer au capital , que dans le cas où Taccroissement de l'année suivante lui offrira un dédommagement.
Jusque-là, les deux capitaux, fonds de terre et fonds de bois , donnent lieu à des spéculations identiques ; mais ce qui distingue le fonds de bois de la terre arable, c'est que, dans celle-ci , le revenu incorporé au capital ne se retrouverait plus , si une augmentation proportionnelle du revenu net ne se produisait
M UE l'exploitabilité.
pas (1}; tandis que, pour le fonds de bois, il se conserve et se retrouve , lors même que son immobilisation ne procure pas les avantages qu*on en attendait. Le propriétaire d'une forêt ne perd dans ce cas que l'intérêt de son revenu ; seulement, il arrive que le rapport du revenu au capital engagé dans cette forêt, descend audessous du taux des placements, qui sont dans les conditions de solidité que ledit propriétaire recherche ; et dès lors il convient à ce dernier de distraire de son capital engagé, toute la portion qu^il considère comme inerte, comme dormante, en ce sens qu'elle ne produit pas un revenu équivalent à l'intérêt qu'elle comporte.
Ces considérations générales prouvent que la valeur d'un fonds boisé, peut être plus grande que celle qu'on obtiendrait, en capitalisant le revenu net au taux des placements ; elles prouvent que le rapport entre ce revenu et cette valeur peut être moins grand que celui admis pour les profits et les capitaux de l'espèce. Il existe, par conséquent, des bois dont il est permis de dire qu'ils ne rapportent que 2, que 1 pour 100. En existe-t-il qui rapportent plus de 3 pour 100, en supposant que 3 pour 100 soit le taux ordinaire des placements en fonds boisés? — Non, car
(l) J'ose afOrmer qu'il n'est pas uu champ en France, qui vaille ce qu'il a coulé, qui puisse s'échanger contre autant de travail qu'il en a exigé pour être mis à l'état de productivité où il se trouve.
(Bastiat, Harmonies économiques,)
DE L'tXPtOlTABILlTl. 87
si en s'appuyant sur }es propriétés qui permettent de soustraire une partie d'un bois à sa destination, on parvient» dans certaines circonstances, a faire accepter ce bois pour une valeur plus grande que celle qui résulterait de la capitalisation de son revenu net, on ri<» rait évidemment au nez de Tacquéreur qui se fonderait sur ces propriétés, pour payer un bois au-dessous de sa valeur capitale.
En résumé, la valeur commerciale d'un fonds boisé peut se régler d'après un taux inférieur au tant de placement des capitaux de cette nature ; elle ne peut pas se réglei* à un taux supérieur ; et ce que je veux, en exposant la théorie de rexploitabilité relative à la rente la plus élevée, c'est indiquer les moyens de faire fonctionner la propriété forestière, d'après le taux de placement qu'on accorde aux capitaux, qui présentent les mêmes conditions de solidité et les mêmes avantages qu'elle.
Entrons maintenant en matière :
J'exatainerai successivement Texploitabilité relative à la rente la plus élevée, dans son application, à un atbt-e isolé> à un massif tioti aménagé, et à un massif aménagé»
De rexploitabilité relative à la rente la plus élevée^ dans son application à un arbre isolé.
11 y a deux suppositions à faire, savoir ; !• celle où cet arbre occuperait une place vague, impropre à une
88 DE {.'EXPtOITABIUTÊ.
autre culture que celle des bois, et lui offrant gratuitement l'espace que réclamerait son développement; 2^ celle où il serait, au contraire, situé dans un champ sur lequel il ne pourrait pas s'étaler, *sans diminuer proportionnellement l'étendue des cultures arables .
Première hypothèse. — L'arbre a atteint Tâge où il commence à avoir une valeur échangeable, — il a quinze ans, doit-on le couper ou le laisser sur pied? — Dès que l'on pose cette question, l'on admet, — chose essentielle, — que les conditions d'aisance du propriétaire lui permettent d'épargner au moins une partie de son revenu annuel, et que s'il exploitait son bois aujourd'hui, ce ne serait pas pour en dépenser le prix. Ce qu'il cherche donc, c'est le placement le plus avantageux, et il le cherchera jusqu'à ce que les exigences de la vie, l'empêchent de continuer ou le forcent de diminuer ses épargnes.
Si son arbre reste sur pied pendant encore un an, par exemple, il acquerra une plus-value. Cette plusvalue sera-t-elle au moins équivalente au profit que lui procurerait une exploitation immédiate? — C'est là ce qu'il veut savoir; il y parviendra en comparant la valeur nette que son arbre serait susceptible d'acquérir dans un an, à la somme représentant : 1*^ la valeur nette actuelle ; S"" l'intérêt de cette valeur pendant un an ; 3° la valeur, à un an, du jeune plant qui remplacerait l'arbre existant.
Si le premier terme de la comparaison était plus petit que le second, il faudrait en conclure que tout
DE L'BXPLOITAmUTÊ. 89
délai dans Texploitation serait préjudiciable au proprié* taire.
Si les deux termes étaient égaux, ce propriétaire ne trouverait aucun bénéfice dans le maintien sur pied de son arbre, mais il n'en éprouverait aucune perte.
Enfin, si le second terme était plus grand que le premier, l'avantage du retard dans l'abattage de Tarbre, serait évident.
Deuxième hypothèse. — Pour un arbre situé dans un champ cultivé, le raisonnement qui sert à la détermination de l'exploitabilité, ne diffère du précédent, que parce qu'ici la situation se complique d'une circonstance nouvelle : le préjudice causé aux cultures arables, préjudice qui s'agrandit chaque année, et qui peut se calculer d'après le loyer ou le fermage, le profit nfet, enfin, du fonds de terre que le développement des branches ou des racines de l'arbre enlève successivement à la culture. Ce profit net doit donc être compris dans les déductions à faire subir au prix de l'arbre sur pied, afin d'en avoir la valeur nette ; et, par conséquent, pour qu'il soit avantageux de retarder l'exploitation, il faut que la plus-value résultant de ce retard, soit équivalente, au moins, à l'intérêt de la valeur nette actuelle, augmenté de la valeur d'un jeune plant d'un an, et de la somme exprimant le surcroit de préjudice causé aux cultures.
On obtiendrait plus rapidement la solution du problème, en assimilant les valeurs nettes d'un arbre isolé, aux époques successives de sa croissance, à des
90 DE L'EXPLOlTABILlTi.
rentes périodiques dont on chercherait ensuite, par les formules connues, les capitaux. Au capital le plus grand correspondrait Texploitabilité la plus avantageuse.
De Texploitabilité relative à la rente la plus élevée/dans son applicatioa à lin massif non aménagé.
Le massif peut être soumis à une longue ou à tine courte révolution ; être destiné à subir deà éclaitcies, avant d'arriver au derhier terme de sa croissance; ou, si la révolution est très-courte, être affranchi de ce$ exploitations intermédiaires.
Ce dernier cas étant le plus simple, c^est celui doni nous nous occuperons d'abord ; mais l'analogie est complète entre un massif, que l'on n'éclaircit pas, et un arbre isolé, et Ton devine, par suite, que les élé^^ ments à apprécier, pour fixer Fâge de leur exploita^ bilité respectiye, doivent être absolument les mêmed. L'exploitabilité du massif sera donc indiquée, coiUtne celle de l'arbre isolé, par l'âge au delà duquel la plusvalue résultant du maintien du bois sur pied, ne serait plus égale a l'intérêt de la valeur nette actuelle, augmenté de la valeur de la première feuille ou d^M feuilles (i) qui se seraient accumulées, depuis l'exploit tation, dans le repeuplement.
Si la révolution dépasse un certain terme, il con-
(I) Ott appelld feuille le recrû, la poussé d'iihé année.
0B L'CXPLOlTABUITt. 91
viendra d'effectuer des éclaircies périodiques dans le peuplement, et j'ai dit que les produits matériels de ces opérations avaient pour effet de rapprocher le terme de Texploitabilité absolue, c'est-à-dire du plus grand accroissement moyen. Ils auront donc aussi, sur l'époque de Texploitabilité commeroialei une influence qu'on appréciera, en ajoutant à la valeur nette présumée de la coupe principale, le prix sur pied de chacune des éclaircies précédemment effectuées, augmenté de ses intérêts pendant le temps qui se sera écoulé, depuis le moment où il aura été réalisé, jusqu'à celui où Ton cherche s'il serait utile de procéder à la coupe principale.
Qu'on se soit, par exemple, posé la question de savoir, s'il serait avantageux de retarder d'une année la coupe d'un taillis de 30 ans, qui aurait subi une éclaircie 10 ans auparavant : on ajoutera à la valeur nette S de ce taillis de 30 ans, la somme représentative du prix sur pied de Féclaircie à 20 ans, augmenlé de ses intérêts- pendant 10 ans; puis, on se demandera si la plus-value que le taillis serait suseeptible d'acquérir, en restant un an de plus sur pied, équivaudrait au moins à l'intérêt de la valeur S, aug*menté de la valeur de la première feuille.
Il n'y a d'embarrassant dans les calculs concernant l'exploitabililé relative à la rente la plus élevée, quand on est fixé, d'ailleurs, sur le taux du placement, que la valeur du jeune plant ou du jeune repeuplement destiné à remplacer l'arbre ôu le massif dont Texploi-
92 DE l'exploitabilitê.
tabilité est tnise en question : mais en y réfléchissant avec soin, on comprendra qu'elle ne peut être exprimée exactement que par la somme qui, s'ajoutant à ellemême, d'année en année, et croissant à intérêts, serait susceptible de reproduire la valeur nette de cet arbre ou de ce massif, à l'expiration d'une période égale à son âge actuel.
Yarenne de Feuille estime que la perte résultant de la non-reproduction, est égale au quotient de la valeur du peuplement exploitable, par le nombre d'années de son âge. Cette manière de voir ne serait logique que si l'on faisait abstraction de l'intérêt des capitaux ; or, c'est précisément cet intérêt qui est le point d'appui de l'exploitabilitê relative à la rente la plus élevée; c'est sur cet intérêt que repose la valeur capitale à laquelle on compare le revenu; il ne saurait être passé sous silence.
Qu'est-ce que la reproduction de la première année? C'est la première feuille, c'est le premier revenu annuel du fonds de bois. Que l'on assimile ce fonds de bois à une somme d'argent placée ou à un fonds de terre, une accumulation déterminée de ses revenus, se constituera de la même manière, qu'une égale accumulation des intérêts de la somme d'argent ou des rentes du fonds de terre. Choisissons celles-ci pour exemple : si le propriétaire les fait fructifier pendant 14 ans, quelle somme obtiendra-t-il par ces épargnes successives? — Pour le savoir, il faut ajouter à la rente de la 1'* année, augmentée de ses intérêts pendant