‹ Études sur l'aménagement des forêts (volume 5)Chapitre 28 sur 61 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

rezploitoliillié dam ses rapport» avec l'Intérêt paUle.

Le défaut d'expériences concluantes ne me permet pas de préciser la perte que fait éprouver à la société, l'exploitation en taillis d'une partie des bois qui sont destinés à son usage ; mais je crois qu'il me sera facile de donner une idée de son importance.

Nous lisons dans le Cours de culture, page 399, que Hartig, ayant comparé entre eux (toutes circonstances égales d'ailleurs] un taillis simple exploité à 30 ans et une futaie soumise à une révolution de 120, a trouvé que les produits en matière de ces deux forêts étaient dans le rapport de 4 à 7.

J'appliquerai ce rapport aux taillis simples et aux futaies en général.

Je supposerai en outre que, par suite de la présence des réserves dans les taillis, les produits du taillis composé soient à ceux de la futaie comme 5 est à 7.

158 DE L'EXPLOITABILlTt.

J'admettrai enfin qu'une futaie, dans des conditions moyennes de végétation, et bien traitée, puisse donner par hectare 6 mètres cubes.

Le taillis simple en fournira dès lors 3,45

Et le taillis composé 4,30

Or, en France, le sol forestier comprend en chiffre rond, 8,500,000 hectares.

S'il était couvert de futaies convenablement cultivées, il pourrait donc fournir annuellement 51 millions de mètres cubes.

Voyons ce qu'il serait possible d'en retirer, en conservant les divers modes d'exploitation qui le régissent actuellement.

Les 8,500,000 hectares de forêts qui existent en France comprennent, à fort peu de chose près, 2^300,000 hectares de futaies. En portant à 6 m. c. p. h., comme ci-dessus, leur production possible, on pourrait en retirer chaque année 13,800,000 m. t.

On ne sait pas quelle est la part afférente au taillis composé ou au taillis simple, dans les $,200,000 hect. qui ne sont pas cultivés en futaie. En attribuant une part égale à chaque nature de peuplement, on exagérera plutôt qu^on ne diminuera la production ; car la plus grande partie des bois en

question appartient à des parti- ^

A reporter. 18,800,000 m. e*

Dl L'BKPLOITABILlTâ. 159

Reporu 13»800,000 m. c.

culiers qtii, on ie sait, ont un goût prononcé pour le taillis simple.

3400,000 hect. de taillis cornpo6é pourraient fournir, chaque année, à raison de 4 ni. c. 30p.h. 13,330,000

3,100,000 hectares de taillis simple pourraient fournir, chaque année, à raison de 3 m. c. 45 p. h. 10,695,000

ToUl 37,825,000 m. c.

Ainsi, le sol forestier, couvert de futaies, pourrait rapporter chaque année, 51 millions de m. c; tandis que le maximum de la production possible , avec les diverses méthodes d'exploitation auxquelles il est actuellement soumis, ne saurait dépasser 38 millions de m. c. La différence entre ces deux chiffres» soit 19 millions de m. c, exprime la perte matérielle qui résulte pour la société de la préférence donnée au taillis sur la futaie.

Cette perte deviendra bien plus remarquable, si nous recherchons la qualité des produits qu'elle représente.

On sait que dans certaines futaies le bois d'œuvre absorbe jusqu'à 80 pour 100 du produit total; nous en porterons la quotité à 50 pour 100 Seulement.

Dans un taillis composé normal, la futaie n'entre jamais pour plus de -^ dans le produit de la cwipe

i60 DE L'EXPLOITABILITÉ.

annuelle; et en admettant que sur cette futaie la moitié donne du bois d*œuyre, nous resterons audessus de la vérité. Si donc je fixe à -5- du produit la part afférente au bois d'œuvre dans les taillis composés, je ne serai pas accusé de vouloir l'atténuer. Dans les taillis simples, la part du bois d'œuvre est presque insignifiante. J'en tiendrai pourtant compte en laportant à ^.

D'après ces suppositions, le produit du sol forestier se composerait :

1® Dans l'hypothèse du traitement en futaie.

De 51 millions de mètres cubes, dont :

En bois d'œuTre, En bois de fen,

2* Dans l'hypothèse du maintien des modes actuels d'exploitation.

De 13,800,000 mètres cubes fournis par les futaies et donnant :

En bois d'œuvre, En bois de feu,

6,900,000 m. c. 6,900,000 ra. c.

De 13,330.000

mètres cubes

fournis par

les taillis

composés et

donnant. . . 2,225,000 11,105,000

De 10,695,000

A reporter. 9,125,000 m. c. 18,005,000 m. c.

DE L'EXPtOITABILITÉ. 161

Bn bois d'œuvre. En boit de fen.

Reparu 9, 125,000m. c. 18,005,000 m. c.

mètres cubes fournis par les taillis simples et donnant . , 1,069,500 9,625,500

Totaux. 10,194,500m.c. 27,630,500 m. c.(l).

Si nous retranchons la quantité de bois d'œuvre produite dans la seconde hypothèse, de celle produite dans la première, nous trouvons une différence de 15 millions de mètres cubes en chiffre rond.

Si nous retranchons la quantité de bois de feu produite dans le premier cas, de celle produite dans le second, nous trouvons une différence de 10 millions de mètres cubes en chiffre rond.

Et si nous évaluons ces différences en argent, à raison, pour le bois d' œuvre, de 20 fr. sur pied, prix très-modéré, et, pour le bois de feu, de 7 fr., prix assez élevé, nous constaterons, en définitive, que l'exploitation en faillis fait perdre à la société un revenu de

15,000,000"*x 20fr. = 300,000,000 fr.

— 10,000,000 "-^x 7fr. = 70,000,000 fr.

Différence 230,000,000 fr.

(l) Je n'ai pas besoia de rappeler que ces produits dépassent de beaucoup les produits réels, et sont ceux que les forêts pourraient donner, si elles étaient entretenues conTenàblement.

162 DE L*EXPL01TABILITÊ.

230 millions de francs ! C'est la moitié de nos contributions directes, c'est presque l'intérêt de notre dette I

Mais on ne se ferait qu'une idée bien incomplète du désavantage qu'offre le taillis vis-à-vis de la futaie, au point de vue de l'intérêt public, si l'on s'arrêtait à ces considérations. Il faut, pour embrasser dans toute son étendue le préjudice qu'est susceptible de causer au corps social le mode d'exploitation en taillis, réfléchira la quantité énorme de travail, que les 15 millions de mètres cubes de bois d'œuvre dont on pourrait augmenter la production forestière, en adoptant le mode de la futaie, créeraient dans toutes les branches de l'industrie.

J'ai montré dans une note sur le défrichement que les bois formaient en France le tiers à peu près, en poids, des matières transportées.

D'un autre côté, on lit dans le procès-verbal de l'enquête qui a été faite en 1847 sur l'industrie parisienne, que la valeur des produits fabriqués , pour les industries n'employant, comme matière première, que le bois, s'élevait à 101,516,026 millions; que classées par rang d'importance dans cet immense atelier de la capitale, la charpenterie occupait le 20* rang, la carrosserie le 16*, l'industrie du bâtiment le 9', l'ébénisterie le 8* ; que le nombre des patrons et ouvriers occupés à la manipulation du bois dépassait enfin 35,000.

Ces renseignements me paraissent assurément pro^

ÛE £'£]U%(»TAfia.ITÉ. 163

pvesàtdâssiferîtoule înoeitbtude sur i'iiiymense intérêt «qu'a 1« Booiéflé, à œ que V^fa adepte pour les forêts dont elle ^^omt^ des expl^labilités reouiiées.

SI n'est ipas fieroik d*esfiérer qu'en laissant, comme cela parait être la Tdionié de notre époque, les particuUevs «niâèreiiient libres Ae choi^r Texploitabilifé -^ui leur .oofi»viei!it , ils iv&9weF0Vki jamais leur intérêt À e&plûiter leurs bois ^n futaie; -car, pour «ek» il lamdrait non-seulement que le loyer de Targent baissât consi^rablement ; mais, ce qui est plus difficile à réaliser, que Timprévopnce, le besoin du moment, rincertitude du lendemain, cessassent d'intervenir dans lestactions humaines.

C'est /donc à l'amélioration des forêts de TÉtat et des cûmmuneeque l'on doit songer, et le lecteur sait maintenant dansi^el sens il importe delà diriger.

On a longtemps méconnu dans notre pays, la place que les bois occupent *dans le domaine où la société puise intaessamment les matériaux» les éléments qui peuvent servir à son existence, à son bien-être, au développement de sa prospérité. Chose remarquable! le bois entre, soit comme matière première, soit comme agent indispensable^ dans la plupart des industries que soutient la consommation publique ou privée: presque tous les meubles dont l'homme se sert, le berceau dans lequel on a bercé son enfance, le cercueil dans lequel on l'enfermera pour le sommeil éternel sont en bois. C'est avec le bois qu'il prépare ses aliments , réchauffe ses membres engourdis par le froid, con-

16& DE L'EXPLOITABILITÉ.

struit son habitation , laboure son champ» transporte ses denrées ; c'est le bois qui lui a permis d'étendre son empire sur l'Océan, et de créer ces voies de fer qui ne feront bientôt du monde entier qu'une seule famille. Supprimez le bois, et comme je l'ai dit dans une autre occasion, toutes les fonctions sociales sont interrompues ; tout s'arrête en même temps, les travaux de la paix comme ceux de la guerre, les travaux qui donnent le nécessaire comme ceux qui donnent le luxe. Enfin, de quelque côté qu'on jette les regards, le bois se présente à nous comme l'auxiliaire le plus puissant que la Providence ait mis à notre disposition pour améliorer notre sort ; et pourtant, de toutes les sources de richesses qui nous environnent , c'est celle pour l'entretien de laquelle nous avons pris le moins de soins. Peut-être est-il temps de réveiller sous ce rapport l'attention publique et la sollicitude du gouvernement; car les forêts s'en vont avec une évidente et alarmante rapidité ; le mercantilisme les poursuit à outrance, et si l'on n'y prend garde, il en aura bientôt fait table rase.

TROISIÈME ÉTUDE

TROISIÈME ÉTUDE

ou PLAN D'EXPLOITATION.

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