CHAPITRE TROISIÈME
Du plan d^exploUatloB dans les fatales traitées par U néthode du réenaeineMeeiiieiit Matnrel et des éelalreles périodiques.
En continuant mon étude sur la formation du plan d'exploitation dans les aménagements de forêts, je crois devoir prévenir que l'on tirerait peii de profit de ce que j'ai à dire sur les futaies, si Ton n'avait pas présents à la mémoire les principes et les considérations que j'ai développés, en traitant la même question pour les taillis. Je serai en effet obligé, d'abord, pour éviter des redites fastidieuses, et ensuite pour mettre en relief les points essentiels et fondamentaux de Topération qui va faire l'objet de ce chapitre, de sous-entendre beaucoup de points secondaires et beaucoup de détails qui ont été discutés dans le précédent.
Qu'on ne s'étonne pas de cet avertissement ; si je me donne la peine d'écrire, ce n^est pas précisément pour les gens instruits, c'est pour ceux qui seraient em-
220 DU PLAN d'exploitation.
barrasses de donner une définition exacte et complète des mots série , affectation^ classe d'âge, parcelle, etc., et qui procèdent à un martelage sans se soucier d'autre chose que de ce qui se trouve dans Tenceinte de la coupe; sans songer qu'entre cette coupe et le surplus de la forêt, il existe une solidarité dont ils devraient tenir compte ; sans se préoccuper enfin le moins du monde de subordonner leurs opérations à un plan d'ensemble, seul moyen pourtant de les faire concourir à un même but.
Ces erreurs, profondément regrettables, seraient évidemment moins communes, si la notion du plan d'exploitation était plus répandue .
ARTICLE PREMIER
DBS RAISONS CULTURALES QUI S*OPPOSENT A CE QUE l'OIT ADOPTE, POUR LE TABLEAU DES EXPLOITATIONS DES FUTAIES, LE MÊME CADRE QUE POUR CELUI DES TAILLIS.
Nous avons à régler la marche et la quotité des exploitations d'une futaie, dont la contenance est de 200 hectares, dont les parcelles sont toutes exploitables à 100 ans; nous avons sous les yeux le cahier de la description spéciale, et le plan topographique sur lequel chaque parcelle figure avec Tindication de son étendue et de son âge; essayerons-nous, et suffirait-il, pour atteindre le but que nous nous proposons, de
DU PLAN d'exploitation. 221
remplir un tableau semblable à celui que nous avons dressé pour le taillis simple et qui comprendrait, en conséquence, autant de colonnes qu'il y a d*années dans rage d'exploitabilité, ou ce qui revient au même, dans la révolution?
Un semblable travail rencontrerait des difficultés mécaniques presque insurmontables, dans le grand nombre des colonnes entre lesquelles devrait se faire la répartition des parcelles ; mais il y a pour ne pas Tentreprendre une raison culturale péremptoire, raison qui consiste en ce que l'application de la méthode du réensemencement naturel et des éclaircies périodiques ne pourrait se concilier avec un plan, dans lequel la contenance, l'emplacement et l'époque des coupes annuelles, seraient préalablement et invariablement fixés.
Admettons, en effet, que, surmontant les difficultés mécaniques de la répartition des parcelles, on soit parvenu à classer ces dernières dans les cent colonnes du tableau d'exploitation ; supposons que la gradation des âges étant parfaitement régulière et les conditions de végétation uniformes, on ait trouvé une égale contenance pour le total de chaque colonne ; faisons abstraction des règles d'assiette.
Nous serait-il permis d'affirmer, en présence de cet état de choses, que le plan d'exploitation ne laisse rien à désirer, et qu'il ne reste plus qu'à l'appliquer sur le terrain ?
lYous n'y serions nullement autorisé, et c'est ce dont on s'assurera facilement, si on se rappelle, d'Une
222 DU PLAN d'exploitation.
part, le troisième des principes que nous avons posés comme l'une des bases essentielles d'un bon plan d'exploitation , et de l'autre » les règles de culture relatives au traitement des futaies destinées à être régénérées par les semis naturels.
Que dit ce principe ? — Que l'on doit établir pour la répartition des produits à réaliser, dans le cours de la révolution, un règlement qui» tout en se conciliant avec les exigences de la culture, soit de nature à assurer le rapport annuel soutenu.
Que disent ces règles? — Que l'exploitation des massifs à régénérer doit être faite en plusieurs fois , si l'on veut procurer d'abord l'ensemencement complet du terrain, placer les graines dans les conditions les plus favorables à leur germination, et ne livrer ensuite les jeunes repeuplements aux influences de ratmosphère qu'avec les ménagements que réclame leur tempérament.
On ne saurait donc prévoir le nombre d'arbres que l'on abattra dans la coupe d'ensemencement ; on ne saurait préciser ni l'époque, ni Timportance, ni l'emplacement de la coupe secondaire et de la coupe définitive ; on ne saurait enfin fixer le rang de chacune des coupes de régénération, lui donner un numéro d'ordre et l'exploiter dans l'année correspondante; et, par conséquent , un plan dans lequel ces différents points seraient arrêtés, violerait les règles élémentaires de la culture. Mous verrons plus tard que tous les efforts faits pour concilier ces règles avec le rapport soutenu
DU PLAN D'EXF£0ITATK)N. 22S
et Jes avantages inhérents à la détermination , par contenance^ des coupes annuelles^ n'ont abouti et ne pouvaient aboutir à aucun résultat pratique. Pour le moment, je me borne à constater qu*il n'est pas possible de régler d'avance dans une futaie, comme on a proposé de le faire dans les taillis, l'ordre dans lequel se succéderont les coupes principales annuelles.
Ce que je dis pour les coupes principales s'applique aussi , quoiqu'à un degré moindre , aux eoupes intermédiaires , t'est -à -dire aux nettoiements, et aux édaircies.
Ces coupes ont, dans les ftitaies, une importance qui ne permet jamais de les négliger, et comme les peuplements de l'espèce suivent^ dans leur dévdoppement, une marche moins régulière que lei taillis,, on ne saurait prévoir aussi sûrement à quel âge ils. auront besoin d'être nettoyés ou éclaircis.
Ainsi , pas de doute à cet égard : le cadre adbpié pour la formation du tableau d'exploitation des taillis, est inadmissible pour la formation du même tableau dans les futaies, traitées par la méthode du réeasemencement naturel et des éclaircies périodiques. 11 est inconciliable avec les principes de la culture, surtout quand on les considère dans leur application aux coupes principales.
22t DU PLAN d'EXPLWTATION.
ARTICLE II
DE LA DIVISION DE LA RÉYOLUTION EN PÉRIODES ET DU FARTAGE DE LA FORÊT EN AFFECTATIONS CORRESPONDANTES.
Le cadre dont nous nous sommes servis pour dresser le tableau des exploitations du taillis simple offre cependant de grands avantages , au triple point de vue de la simplicité, de la facilité et de la sûreté qui en résultent pour la marche de ces exploitations. Il est désirable, en conséquence, que Ton s'en écarte le moins possible dans la formation du tableau d'exploitation de la futaie, et que Ton y apporte seulement les modifications impérieusement commandées par Fintérêt de la conservation et de la régénération des massifs.
Si on ne peut prévoir Tannée dans laquelle devra se faire une partie quelconque des coupes de régénération, sur un point déterminé, on peut, sans se tromper, assurer que cette coupe aura lieu dans une certaine période de temps.
Étant donné un massif exploitable en vingt années, si on ne peut, sous peine de compromettre sa régénération, prescrire de le couper par vingtième de sa contenance et fixer, en outre, l'ordre dans lequel les vingt coupes devront se succéder, on comprend qu'en laissant à un forestier capable la faculté d'exploiter ledit
DU PLAN d'exploitation. 225
massif de la manière qu'il jugera la plus convenable, il se charge de le régénérer complètement dans le même délai.
Ceci admis, il s'ensuit que s'il n'est pas possible d'arrêter, dans le plan d'exploitation d'une forêt divisée en cent parties, exploitables en cent ans, Tordre ^dans lequel ces cent parties devront être successivement exploitées et régénérées, il est permis de vouloir et de prescrire que l'on coupe et que Ton régénère, dans un certain nombre d'années, préalablement fixé et obligatoire, un même nombre de parties considérées dans leur ensemble.
Quel sera ce nombre d'années, quelle sera la durée de la période pendant laquelle l'assiette des coupes devra rester indéterminée ?
Il est aisé de le deviner :
Cette durée sera au moins égale au double de l'intervalle probable de temps qui séparera, pour un même point, la coupe d'ensemencement de la coupe définitive. Si cet intervalle est de 10 ans, la durée de la période devra être au moins de 20 ans; s'il est de Sans, la période pourra être réduite à 10 ans; s'il était égal à zéro, ce qui signifierait que, par une seule et même coupe, on pourrait enlever tous les arbres exploitables et assurer le repeuplement, la période deviendrait nulle, et la fixation par contenance des coupes annuelles, possible.
Plaçons-nous dans la première hypothèse d'un intervalle de 10 ans, entre la coupe d'ensemencement et
226 BU PLAN d'exploitation.
la coupe définitive. Supposons aussi, pour ne pas coin-> pliquer inutilement la démonstration « que les coupes claires ou secondaires ne soient pas nécessaires, et que les arbres exploitables dans une contenance déterminée, se distribuent par portions égales, entre la coupe d'ensemencement et la coupe définitive. Mettons-nous, enfin, en présence dé la foret que nous avons déjà prise pour exemple, laquelle serait une futaie partagée en cent parties, exploitables en cent ans. Cette année, nous nous transporterons dans la partie la plus âgée, et nous y procéderons à une coupe d'ensemencement ; mais cette coupe ne devant nous donner que la moitié des arbres que nous aurions à prendre, si nous n'avions à nous préoccuper de la régénération, nous comblerons le déficit en pratiquant une autre coupe d'ensemencement sur toute la partie contiguë. L'année prochaine, nous ferons, par des raisons analogues, les premières coupes de régénération sur la troisième et la quatrième partie, et dans dix ans, c'est-à-dire à l'époque où nous pourrons revenir au point de départ, pour commencer les coupes définitives, nous aurons les vingt parties les plus âgées de la forêt» à l'état de coupes d'ensemencement. Or, il est clair que celles de ces^ vingt parties qui auront été mises les dernières en cet état, ne pourront être exploitées définitivement que 10 ans plus tard, c'est-à-dire dans 20 ans.
La durée de la période, pendant laquelle l'assiette et la contenance des coupes resteront incertaîœs; dépend donc de la promptitude plus ou moins grande
DU PLAN O'eXPIOITATIOV. 227
avec laquelle les peuplements sont susceptibles de se régénérer par les semences. Toutes les essences ne présentent pois, sous ce rapport, les mêmes propriétés. La nature du climat et la qualité du sol influent d*ail* leurs beaucoup sur les repeuplements naturels. Tou* te fois, on peut porter à 10 ans, au maximum, le délai nécessaire pour la régénération suffisamment complète d'un peuplement quelconque, si l'on a soin, d'ailleurs, de venir en aide à la nature par des travaux intelligents. Les forestiers qui ne parviennent pas a obtenir des repeuplements naturels, qui sont disposés à les croire impossibles, et qui en accusent la force des choses, devraient en accuser surtout leur incurie. Il est probable qu'ils changeraient d'avis s'ils prenaient quelques soins pour faciliter ces repeuplements par des préparations de terrain faites en temps opportun, etc. Au surplus, si, malgré toutes les précautions prisest'il devait s'écouler plus de 10 ans entre la coupe d'ensemencement ei la coupe définitive , je conseillerais de recourir alors aux repeuplements artificiels, afin de ne pas être amené à prolonger la durée de la période d'exploitation. En effet, il ne faut pas perdre de vue que tout retard dans la régénération d'un peuplement exploitable, se traduit par une diminutioa dans le revenu » et qu'on méconnaîtrait les r^les d'une saine économie, si on permettait que le cbiffre de cette diminution pût s'élever au*-des8us des frais qu'occasionnerait le semis ou la plantation du terrain à régénérer*
228 DU PLAN d'exploitation.
Une autre considération pour ne pas prolonger au delà de 20 ans la durée de la période dont nous nous occupons, c'est qu'il convient de restreindre, autant que possible, la faculté de comprendre dans les exploitations, des bois qui ne sont pas encore parvenus à l'âge d'exploitabilité.
A ces principes ajoutons-en un autre : il importe beaucoup, que la période en question contienne un nombre d'années qui soit une partie aliquote de la révolution. S'il ii'en était pas ainsi, on se verrait obligé d'adopter pour les périodes successives de cette révolution une durée inégale, et on s'exposerait dès lors, soit à rester en deçà, soit à aller au delà du terme reconnu le plus convenable, eu égard aux exigences de la culture.
Ces préliminaires posés, mes lecteurs doivent maintenant prévoir quelles sont les modifications que nous ferons subir au tableau d'exploitation du taillis, pour l'approprier à la futaie. Au lieu de dresser un cadre comprenant autant de colonnes qu'il y a d'années dans la révolution, et précisant la partie de forêt, la parcelle ou portion de parcelle à régénérer chaque année, nous nous bornerons à ouvrir autant de colonnes qu'il y a de périodes dans la révolution, et à préciser la partie de forêt, les parcelles et portions de parcelles, à régénérer dans le cours de chaque période. Le plan d'exploitation ne fixera plus l'assiette et la contenance de chaque coupe principale annuelle ; il fixera seulement l'assiette et la contenance, des coupes principales.
DO PLAN d'exploitation. 229
considérées en bloc, à faire dans chacune des périodes de la révolution. La révolution étant, par exemple, de 100 ans, et le temps reconnu nécessaire pour régénérer naturellement le peuplement, étant de 10 ans, il ne s'agit plus de former un plan qui fournisse, chaque année, une coupe dont le produit soit constant, il s'agit d'en former un qui partage la forêt en cinq parties, exploitables chacune dans une période de 20 ans , et qui soient telles qu'on en obtienne autant que possible des produits égaux.
Ces parties de forêt à régénérer successivement dans les périodes d'une révolution ont reçu le nom d'affectations. On les dislingue l'une de l'autre par un numéro d'ordre différent, selon qu'elles correspondent à la première, à la deuxième^ etc., ou à la dernière période (1).
(l) Quand les idées que je viens d'exposer sur la formation des affectations ont été publiées pour la première fois dans les AnnaUs fO" restièreSf elles ont soulevé des objections. Voici ces objections et la réponse que j'y ai faite. On verra que je suis d'accord avec mon contradicteur sur l'influence que peuvent avoir les coupes secondaires en ce qui concerne la durée de la période; mais je ne peux rien concéder sur les autres points.