‹ Études sur l'aménagement des forêtsChapitre 21 sur 71 · ■ ^ - - - - ^ BH^M · texte numérisé non relu

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contredit, de grands services, produisent des utilités; ces utilités n'ont pas de valeur vénale, et cependant elles sont incontestables.

Il est donc nécessaire de chercher une autre base que le prix, pour l'appréciation du maximum d'utilité des produits forestiers ; mais où la trouver ? Entre l'utilité du taillis, qui sert de remise au gibier, et celle des forêts séculaires de nos hautes montagnes, dont la fonction est de garantir les contrées inférieures contre la fureur des éléments, combien n'y a-t-il pas d'autres services immatériels et souvent gratuits rendus par les bois, services s'appliquant au caprice, à l'agrément, à des besoins plus ou moins impérieux? Entre l'échalas, qui sert de tuteur à la vigne, et le mât de hune, qui résiste à l'eflort de la tempête et sous lequel s'abritent les intérêts de notre commerce et quelquefois de notre gloire, combien ne pourrait-on pas compter de destinations différentes ayant chacune des avantages spéciaux? Où trouver un critérium, une mesure qui permette de classer tous ces services, tous ces avantages par rang d'importance ?

Pour le vigneron, l'échalas est le plus utile de tous les produits ligneux. Pour le boulanger, le fagot est bien plus utile que le plus beau bois des lies. Pour le propriétaire qui veut faire argent de ses produits, le bois le plus cher est le plus profitable.

On voit toutes les raisons qui s'opposent à ce qu'on fixe des règles, pour juger de l'exploitabilité relative aux produits les plus utiles. Cependant, on peut admettre en principe, qu'à un point de vue

DE I/EXPLOITABILITÉ. 85

général et matériel, sauf d'assez rares exceptions, les arbres les plus utiles sont ceux qui ont les dimensions les plus grandes et les propriétés mécaniques ou physiques les plus développées.

Les dimensions ont sur Tutilité d'un morceau de bois une influence bien évidente, puisque c'est d'elles que dépend le nombre des usages auxquels il est possible de l'affecter : et il est clair, par exemple, qu'à volume égal, plusieurs rondins de chêne propres au chauffage seulement seront moins utiles qu'une seule pièce de bois de la même essence, dont on tirera du bois de chauffage, du bois de travail, du bois de charpente.

Le développement des propriétés mécaniques et physiques n'a pas une moins grande influence; or, l'expérience tend à prouver que la puissance calorifique, la densité, la cohésion et l'élasticité suivent une marche ascendante jusqu'à un âge avancé, qui ne s'écarte pas beaucoup de celui qui correspond au plus grand accroissement moyen ; d'où il résulte qu'à dimensions égales, du bois de 20 ans est moins précieux que du bois de 100 ans.

Henri Cotta raconte quelque part que, dans la Suisse saxonne, des habitations ont duré 20 ans à peine, parce qu'on y avait employé de jeunes bois, tandis que des édiflces, construits il y a plus de 100 ans avec des bois âgés, sont encore dans un parfait état de conservation. Ce fait est frappant; il montre à quelle perte énorme d'effet utile on s'expose par des exploitations prématurées \

1. Le laricio est un des bois les moins durables, quand il est em*

86 AMKNAfîKMENT DES FOUKTS.

Je faisais observer, dans Tarlicle précédent, qu'il serait très désirable que Ton s'occupât de former des tables de production indiquant, pour des conditions de végétation qui présenteraient des différences bien accentuées, la marche de l'accroissement des principales essences de notre pays, il ne le serait pas moins que l'on cherchât à établir, par des expériences nouvelles, l'influence que l'âge, le sol, le climat et le mode d'exploitation exercent sur les qualités de ces essences. Le chêne de la Meurthe est moins estimé pour le chauffage que celui de la Bourgogne : est-il réellement moins estimable? Le chêne du Nord dure, dit-on, beaucoup moins que celui du Midi; on assure que les vaisseaux construits avec le premier sont hors de service au bout de 7 ou 8 ans, en moyenne, tandis que ceux qui sont construits avec du bois de Provence se conservent plus de 15 ans. Certes, ce sont là des assertions qu'il serait intéressant de vérifier. Quels services l'administration ne rendrait-elle pas au commerce et à l'industrie, si elle pouvait les renseigner, en connaissance de cause, sur les propriétés des arbres forestiers dans les diverses régions de la France.

Les bois de grandes dimensions ne sont pas seulement recommandables par la variété et l'importance des usages auxquels ils peuvent servir; ils le sont également par les éléments de bien-être que procu-

ployé comme poteau télégraphique, parce qu'alors il est trop jeune, taudis que lorsqu'on ne l'exploite qu'à Tàge de 200 ans, il est presque incorruptible. (Note de la 2« édition.)

DE L'EXPLOITABIUTÉ. 87

renl à la classe ouvrière, les nombreuses manipulations auxquelles ils donnent lieu.

L'exploitabililé relative aux produits les plus utiles est, en définitive, susceptible de varier suivant une foule de circonstances que je ne me flatte même pas d'avoir énumérées, et de se présenter tantôt avant, tantôt après Texploitabilité absolue : il faut 10 ans pour faire un cercle; il en faut 250 pour que le pin de Riga puisse faire un mât de vaisseau.

Néanmoins, cette exploitabilité correspond à un âge qui ne saurait, dans la plupart des cas, s'éloigner beîiucoup de celui du plus grand accroissement moyen.

Lorsqu'on recherche les dimensions que doivent avoir les bois pour atteindre leur maximum d'utilité, il importe de ne pas perdre de vue que l'utilité serait un vain mot, si elle ne pouvait être mise à la portée du consommateur.

L'état des voies de vidange est donc appelé a influer singulièrement sur le résultat de celte recherche.

S'il n'y avait à considérer TexploitabiHlé relative aux produits les plus utiles, que dans ses rapports avec l'intérêt du propriétaire qui ne consomme pas son bois et qui le vend, on pourrait regarder le prix de ces produits comme l'expression exacte de leur utilité ; et, par suite, l'exploitabilité dont nous venons de nous occuper, se confondrait avec celle du plus grand produit pécuniaire, dont je vais par!er

ARTICLE III

DE l'BXPLOITABILITÉ RELATIVE AU PLUS ORA!*(D PRODUIT EN AROBMT

La marche à suivre pour déterminer Tàge auquel il faut abattre des arbres, quand on veut en retirer le plus grand produit en argent, n'est pas embarrassante, du moment que Ton est fixé sur les rendements, en matière et en marchandises, des arbres d'expérience ou des places d'essai. Les prix du commerce appliqués à ces marchandises, défalcation faite des frais d'exploitation, de façon et de transport S établiront exactement leurs valeurs pécuniaires; les quotients de ces valeurs par les âges correspondants donneront les revenus moyens, et le plus grand de ces quotients indiquera l'époque de Texploitabilité cherchée.

La chose essentielle dans cette opération, afin d'éviter les erreurs, est d'apprécier sainement le prix vénal d'une marchandise dans les éléments qui le ^constituent; or^ cela n'est pas facile, car le prix du bois est exposé à de très grandes fluctuations, et il s'agit, au cas particulier, d'adopter non le prix du jour, le prix accidentel, mais le prix moyen, le prix normal. Quelques exemples feront mieux comprendre ma pensée :

1. Dans réTaluation des frais de transport, on tiendra compte de l'influence que l'amélioration des voies de vidange pourrait avoir sur ces frais.

DE L'EXPLOITABILITE. 89

J'ai cité, tout à Theure, le prix du houx comme un exemple de la valeur excessive, que pouvaient atteindre des objets d'une utilité plus que contestable d'ailleurs. Eh bien ! si la forêt dont on voudraitrégler l'exploitation renfermait des sujets de cette essence, en conclurait-on qu'il convient de les multiplier? — Une réponse affirmative serait une faute grave ; car ce prix élevé tient précisément à la rareté de l'essence en question, aux soins que, dans l'intérêt de la sylviculture, on apporte à l'extirper, et il est compréhensible que, pour peu qu'on en favorisât la multiplication, sa cherté disparaîtrait. On fabrique, dans certaines localités, des allumettes avec du bois de tremble, et on en tire, de cette manière, un excellent parti. Serait-ce une raison pour convertir nos forêts en trembles ? — Évidemment non, car il en serait du tremble comme du houx ; son prix ne tarderait pas à êlre avili.

Ce qu'il faut donc examiner avec attention, apprécier avec sagesse et prendre pour base de son évaluation, c'est l'importance des débouchés qui seule peut garantir le maintien duprix vénal; et on doit rejeter dans les considérations tout à fait secondaires, les circonstances accidentelles et exceptionnelles, dont l'influence sur la valeur des produits ne saurait être durable.

Si l'on suppose le prix du bois constant, c'est-àdire indépendant de l'âge, l'exploitabilité relative au produit pécuniaire le plus élevé suivra les mêmes lois que l'exploitabilité absolue. Elle se réaliserait, au contraire, plus ou moins longtemps après, dans

riiypolhèse où le prix du mètre cube de bois s'élèverait avec l'âge; et plus ou moins longtemps avant, dans le cas où ce prix subirait une diminution, maigré le mouvement ascendant de la végétation.

ARTICLE IV

DE l'exploita BII.ITÉ RELATIVE A LA RENTE LÀ PLUS ÉLEVÉE

or

('onsidi^ratious générales sur la valeur des capitaux, et spécialement

des fonds de bois.

iNous n'avons examiné, jusqu'à présent, l'exploilabilité forestière qu'au point de vue de la quantité, de Tutilité et de la valeur pécuniaire absolue des produits. La quantité et l'utilité des choses intéressent presque exclusivement le consommateur; leur valeur — et je préviens une fois pour toutes-le lecteur que par ce mot valeur^ j'entends parler de la valeur en argent, du prix, c'est-à-dire de la quantité d'argent regardée comme l'équivalent d'une certaine quantité de marchandises quelconques — leur valeur touche surtout le producteur; mais ce qui lui importe principalement, c'est le rapport qui 'existe entre cette valeur et celle du capital dont elle émane ; aussi, les spéculateurs qui ont à faire emploi d'une somme d'argent cherchent-ils à l'affecter à l'entreprise qui leur promet le bénéfice le plus grand, c'est-à-dire un profit qui soit, par rapport à ladite

DE L'EXPLOITABÏLITK. 91

somme, le plus élevé possible. Cette préoccupation légitime se rencontre chez le propriétaire d'une forêt, et l'on conçoit qu'on ne puisse y satisfaire qu'en recourant à une exploitabilité bien différente de celles que nous avons étudiées précédemment.

On a souvent défmi l'exploitabilité dont il s'agit : r exploitabilité relative à la rente la plus élevée ^

J'ai adopté aussi cette définition, quoiqu'elle ne soit peut-être pas irréprochable.

Ce qui caractérise l'exploitabilité qui va faire l'objet de notre examen, c'est donc l'intervention de la valeur capitale parmi*les éléments à prendre en considération, quand on veut déterminer l'âge auquel il convient d'abattre des arbres. Nous ne nous sommes encore occupé que du produit, sans songer à l'agent de production et au prix qu'on y attache dans les transactions commerciales; or, cet agent est susceptible, comme les autres capitaux, d'une valeur commerciale, et il ne saurait dès lors être négligé par le spéculateur qui se propose de fixer, pour l'exploitation d'une forêt, l'époque la plus favorable à ses intérêts.

Je dis que les capitaux sont susceptibles d'une valeur commerciale. Pour Tintelligence de ce que j'aurai à exposer relativement aux fonds de bois, il est nécessaire de rappeler comment s'établit cette valeur.

On désigne sous le nom de capitaux toutes les choses, tous les objets qui servent ou qui pourraient

\. Voir le cours de culture de MM. Lorentz et Parade.

02 AMENAGEMENT DES FORÊTS.

servir à en produire d'autres ; ce sont donc en général des instruments de travail, des agents de production. Leur valeur repose sur leurs services productifs ; elle s'établit, dans le commerce, en multipliant le prix net de ces services ou, en d'autres termes, leur revenu net, par un facteur convenu. Ce facteur varie suivant des circonstances nombreuses, dont les principales sont la sécurité du placement et l'abondance des capitaux disponibles ; mais il ne monte guère audessus de 40, tandis qu'il peut descendre beaucoup plus bas.

Les fonds de terre participent de la nature des capitaux, puisque ce sont des agents de production, des instruments de travail et, dans le langage ordinaire, on s'accorde à les ranger au nombre des capitaux.

Qu'est-ce que le revenu net ? — C'est l'excédant du produit pécuniaire sur les frais de production * ; c'est ce qui reste, lorsque du prix des produits d'un capital, on a retranché ce qu'il en a coûté pour le faire fonctionner; d'où il résulte que les capitaux dont les services productifs seraient juste suffisants pour couvrir les frais de production, n'auraient aucune valeur commerciale, ce qui, soit dit en passant, ne les empêcherait pas d'être souvent fort utiles. Ainsi, qu'on suppose un fonds de terre dont le produit suffirait à peine à l'entretien du cultivateur et de ses instruments de travail, il est clair que, com-

1. II est bien entendu que dans ces frais est compris le bénéfice de l'entrepreneur, quand il y a un entrepreneur.

DE ï;eXPF.OITABILITE. 93

mercialement, en tant que capital, ce fonds sera sans valeur ; mais dès qu'il y a un revenu net quelconque, dès qu'il y a un excédant du prix des produits sur les frais de production, la valeur capitale surgit, et pour l'apprécier, pour la déterminer, i] n'y a qu'à multiplier cet excédant par le facteur exprimant la relation convenue dont je viens de parler, la relation consentie entre le profit net et le prix de l'agent qui sert à le produire. Pour une terre arable, par exemple, le revenu net sera multiplié par 40 ; pour un bois, par 33 ; pour un capital employé à l'armement d'un navire, par 15, etc.

Ce revenu net, qui sert à l'évaluation des capitaux, indique en même temps ce qu'ils coûtent à l'industriel qui ne demande que la faculté d'en user, et il porte alors le nom générique d'intérêt (comprenant le loyer, le fermage, la rente, etc.). On suppose en effet que ce revenu net est la conséquence nécessaire de l'intervention du capital; qu'il lui est, en quelque sorte, inhérent, et qu'il est dû, dès lors, au propriétaire, soit que celui-ci emploie lui-même son capital, soit qu'il le fasse fructifier par d'autres mains. Il se pourrait certainement que l'emprunteur ne trouvât point dans les services du capital qu'on lui aurait prêté, cet excédant qui constitue le revenu du propriétaire. Cela ne prouverait rien contre ce que j'ai avancé à propos des rapports qui existent entre les revenus nets et les capitaux; cela prouverait seulement que le capital dont il s'agit aurait été surévalué ou mal exploité.

D'après ces considérations, la valeur d'un capital

04 AMENAGEMENT DES FOHKÏS.

ne liendrait pas à celle de ses parties intégrantes ; elle serait intangible, extrinsèque, elle se lierait au revenu net qu'on en peut retirer ; elle diminuerait et progresserait avec lui.

Il est cependant connu de tout le monde, que la valeur commerciale d'une forêt n'est pas toujours, avec le revenu net qu'on en retire, dans le rapport adopté pour les placements de l'espèce, et qu'elle dépasse quelquefois le chiffre que l'on obtient, parla capitalisation de ce revenu net au taux desdits placements.

D'oîi cela provient-il? Comment concilier ce fait incontestable avec la proposition précédente?

Essayons de répondre à ces questions :

Parce que le revenu net sert de fondement au prix que l'on attache à un capital, ce n'est pas nécessairement une raison pour que le revenu qu'on en retire étant nul, les objets qui constituent le capital soient frappés de non-valeur ; ils ne le seraient que dans rhypothèse où ils ne pourraient être soustraits à la destination qu'on leur avait donnée, pour être affectés à un autre emploi. Voici des pierres, du fer, du bois avec lesquels on a construit une maison : si cette maison ne se louait à aucun prix, elle perdrait toute valeur comme capital-maison, capital immobilier; mais les matériaux dont elle se compose, séparés les uns des autres, rentreraient dans la catégorie des produits, reprendraient ainsi une partie de leur valeur primitive, et pourraient même, sous une autre forme, fonctionner comme capital.

DE 1/EXPLOITABILlTÉ. 95

Veul-on encore un exemple? — Il nous est fourni par un bateau que Ton aurait transporté dans Tintérieur des terres : sur le bord de la mer, ce bateau constituait un capital précieux ; dans les conditions où on Ta placé, il a perdu comme capital-bateau toute valeur, et, cependant, il est probable qu'on en tirera quelque profit en le dépeçant.

Les choses qui fonctionneut comme capital peuvent donc avoir, et ont en effet, presque toujours une valeur propre, indépendante de celle qu'elles empruntent à leur fonction; mais la première est ordinairement beaucoup plus petite que la seconde, et, par conséquent, elle ne saurait exercer aucune influence, sur le prix qu'on attache à ces choses dans les transactions commerciales.

Les fonds de bois seuls peut-être font exception à celle règle.

Si le fonds de bois était fixe, immutable, il est certain que son prix vénal se réglerait invariablement, comme celui des autres capitaux et particulièrement des fonds de terre, d'après son revenu net ; mais le fonds de bois peut, dans une très grande mesure, être transformé : de fixe, il peut devenir circulant ; d'immeuble, il peut devenir meuble ; et ces propriétés qu'il possède à un degré exceptionnel, lui donnent une valeur intrinsèque, pour ainsi dire, indépendante du revenu net qu'on en retire, et qui est susceptible de s'élever, au point de dépasser le chiffre que l'on obtiendrait, en capitalisant ce revenu au taux des placements en fonds de bois. Comment s'établit cette valeur? — C'est bien simple : d'après

l'usage que l'on pourrait faire de la portion du capital que l'on aurait réalisée. On sait, par exemple, que l'intérêt des capitaux qui se prêtent dans le commerce, aux mêmes conditions de solidité que celles des placements en fonds de bois, est de 3 pour iOO, Eh bien ! si le revenu net d'une forêt descendait au-dessous de celui qu'on retirerait de cette forêt, en transformant tout ou partie de sa superficie en une somme d'argent, et en plaçant cette somme à 3 pour 100, il y aurait, à faire celte transformation, un avantage aisément appréciable.

Le point que j'essaye d'éclairer, est véritablement la clef de la théorie de Texploitabilité relative à la rente la plus élevée. Qu'on me permette donc d'insister et de montrer en quoi la formation du capitalforêt, diffère de celle des autres capitaux et notamment des fonds de terre.

Le propriétaire d'une terre arable dépense ordinairement, soit pour ses besoins, soit pour ses plaisirs, le revenu net qu'il en retire. Supposons, cependant, que sa position de fortune et ses goûts lui donnent la possibilité et lui inspirent le désir de le faire fructifier; supposons aussi qu'à raison de la solidité du placement, il soit disposé à se contenter de l'intérêt qui correspond au taux des placements en fonds de terre. Pour parvenir à ses fins, il peut faire l'une des deux opérations suivantes : ou bien augmenter par une nouvelle acquisition l'étendue de sa propriété, ou bien améliorer celle qu'il possède déjà. Il choisira probablement ce dernier moyen, comme étant plus commode que l'autre, s'il prévoit

DE L'EXPLOITABILITÉ. 97

qu'en employant son revenu net à améliorer sa propriété, celle-ci produira, dans un an, un revenu net plus élevé que le précédent, d'une quantité au moins égale à Tintérêt de celui-ci ; et, chaque année, il fera le même emploi du revenu net de sa terre, jusqu'au moment où il ne pourra plus espérer d'en retirer le même profit.

A partir de ce moment, il cherchera pour ses épargnes une autre destination ; il s'en servira, par exemple, pour augmenter l'étendue de ses biensfonds.

Le propriétaire d'iine forêt ne doit pas agir différemment : pour lui, l'accroissement d'une année, évalué en argent et déduction faite des charges, c'est le revenu net; il ne consentira à l'immobiliser, à l'incorporer au capital, que dans le cas où l'accroissement de Tannée suivante lui offrira un dédommagement.

Jusque-là, les deux capitaux, fonds de terre et fonds de bois, donnent lieu à des spéculations identiques ; mais ce qui distingue le fonds de bois de la terre arable, c'est que, pour celle-ci, le revenu net incorporé au capital ne s'y retrouverait plus, si une augmentation proportionnelle du revenu net de ladite terre ne se produisait pas*; tandis que, pour le fonds de bois, il se conserve et se retrouve, lors même que son immobilisation ne procure pas les

4. J'ose affirmer qu'il- n'est pas un champ en" France qui vaille ce qu'il a coûté, qui puisse s'échanger contre autant de travail qu'il en a exigé pour être mis à l'état de productivité où il se trouve.

(Bastiat, Harmonies économiques,)

AMÊNAOSaiEIlT DES FORETS. ^

avantages qû^on en allendail. Le propriétaire d'une forêt ne perd dans ce cas que Tintérôt du revenu net incorporé; seulement, il arrive que lé rapport de ce t'evenu net à la valeur du capital engagé dans la fo* rêt, descend au-dessous du taux des placements qui sont dans les conditions de solidité que ledit propriétaire recherche; et dès lors il convient <i ce dernier de distraire de son capital engagé, toute la portion qu'il considère comme inerte, comme dorinante, en ce sens qu'elle est sans influence sur le revenu net.

Ces considérations générales prouvent que la valeur effective, réalisable, d'un fonds boisé, peut dépasser la somme qu'on obtiendrait en capitalisant le revenu net dudil fonds boisé au taux des placements; elles prouvent que le rapport entre ce revenu et cette valeur, peut être moindre que celui admis entre les profits et les capitaux de l'espèce. 11 existe, par conséquent, des fonds boisés dont il est permis de dire qu'ils rie rapportent que 2, que 1 pour 100;. En existe-t-il dont on puisse dire qu'ils rapportent plus de 3 pour 100, en supposant que 3 pour 100 soit le taux ordinaire des placements en fonds boisés? — Non, car si en s'appuyant sur le bénéfice qu'il y aurait, k soustraire tout ou partie d'un fonds boisé à sa destination naturelle, on peut pai^ venir à faire accepter ce fonds boisé, pour une valeur plus grande que celle qui résulterait de la capitalisation de son revenu net, on rirait évidemment au nez de l'acquéreur, qui se fonderait siit l'inconvénient pécuniaire qu'entraînerait ce change-

DE L'EXPLOITABILITÉ. 09

ment de destination, pour payer un fonds Loisé au-dessous de sa valeur vénale.

En résumé., la valeur commerciale d'une forêt peut se régler d'après un taux de placement inférieur au taux de placement des capitaux de cette nature ; elle ne peut pas se régler d'après un taux supé- *5

rieur; et ce que je veux, en exposant la théorie de l'exploitabilité relative à la rente la plus élevée : c'est indiquer les moyens de faire rapporter à la propriété forestière, le revenu net que l'on peut retirer des capitaux qui présentent les mêmes conditions de solidité et les mêmes avantages qu'elle.

Entrons maintenant en matière :

J'examinerai successivement l'exploitabilité relative à la rente la plus élevée, dans son application à un arbre isolé, à un massif non aménagé, et à un massif aménagé.

De rexploitabilité relaUvc à la rente la plus élevôef dans son

applicaUon à un arbre isolé.

Il y a deux suppositions à faire, savoir : T celle oh cet arbre occuperait un terrain vague, inculte, qui lui offrirait gratuitement l'espace que réclamerait son développement; 2'' celle où il serait, au contraire, situé dans un champ sur lequel il ne pourrait pas s'étaler, sans diminuer proportionnellement l'étendue des cultures environnantes.

Première hypothèse. — L'arbre a atteint Tâge où

il commence à avoir une valeur échangeable ; —il a quinze ans; doit-on le couper ou le laisser sur pied? — Dès que Ton pose celle question, Ton admet, ^— chose essentielle, — que les conditions d'aisance du propriétaire lui permettent d'épargner au moins une partie de son revenu annuel, et que, s'il exploitait son arbre aujourd'hui, ce ne serait pas pour en dépenser le prix. Ce qu'il cherche donc, c'est le placement le plus lucralif, et il le cherchera jusqu'à ce que les exigences de la vie l'empêchent de continuer ou le forcent de diminuer ses épargnes.

Si son arbre reste sur pieJ pendant encore un an, par exemple, il acquerra une plus-value. Celle plusvalue sera-t-elle au moins équivalente au profit que lui procurerait une exploitation immédiate? — C'est là ce qu'il veut savoir ; il y parviendra en comparant la valeur nette que son arbre semblerait pouvoir atteindre dans un an, à la somme représentant : iMa valeur nette actuelle ; 2** l'intérêt de cette valeur pendant un an; 3* la valeur, à un an, du jeune plant qui remplacerait l'arbre existant, valeur purement relative.

Si le premier terme de la comparaison était plus petit que le second, il faudrait en conclure que tout délai dans l'exploitation, serait préjudiciable au propriétaire.

Si les deux termes étaient égaux, le propriétaire ne trouverait aucun béàéiîce à maintenir son arbre sur pied, mais il n'y perdrait pas.

Enfin, si le second terme était plus grand que le

DE L'EXPLOITABILITÉ. iOl

premier, Topportunilé du retard dans Fabatage de l'arbre serait évident.

Deuxième hypothèse. — Pour un arbre s^itué dans un champ cultivé, le raisonnement qui sert à la détermination de Texploitabilité, ne diffère du précédent, que parce qu'ici la situation se complique d'une circonstance nouvelle : le préjudice causé aux cultures arables^ préjudice qui s'agrandit chaque année, et qui peut se calculer d'après le loyer ou le fermage, le revenu net enfin^ du fonds de terre que le développement des branches ou des racines de l'arbre, enlève successivement à la culture. Ce revenu net doit donc être compris dans les déductions à faire subir au prix de l'arbre, afin d'en avoir la valeur nette ; et, par conséquent, pour qu'il ne soit pas désavantageux de retarder l'exploitation, il faut que la plusvalue résultant de ce retard^ soit équivalente, au moins, à l'intérêt de la valeur nette actuelle, augmenté de la valeur d'un jeune plant d'un an, et de la somme exprimant le surcroît de préjudice causé aux cultures.

On obtiendrait plus rapidement la solution du problème, en assimilant les valeurs nettes d'un arbre isolé, aux époques successives de sa croissance, à des rentes périodiques dont on chercherait ensuite, par les formules connues, les capitaux. Au capital le plus grand, correspondrait l'époque de Texploitabilité la plus profitable.

4 02 AMÉNAGEMENT DES FORbTS

De Texploitabilité relative à la rente la plus élevée, dans son application à un massif non aménagé .

Le massif peut être destiné à subir des éclaircîes avant d^arriver au dernier terme de sa croissance ; ou bien êlre affranchi de ces exploitations.

Ce dernier cas étant le plus simple, c'est celui dont nous nous occuperons d'abord; mais Tanalogie est complète entre un massif que Ton n'éclaircit pas et un arbre isolé; et Ton devine, par suite, que les éléments à apprécier pour fixer Tâge de leur exploitabilité respective, doivent être absolument les mêmes. L'exploitabilité du massif sera donc indiquée, comme celle de l'arbre isolé, par Tâge au delà duquel la plus-value résultant du maintien de ce massif sur pied, ne serait plus égale à l'intérêt de la valeur nette actuelle, augmenté de la valeur de la première feuille ou des feuilles * qui se seraient accumulées, depuis Texploitalion, dans le repeuplement.

Si le massif est soumis à des éclaircies périodiques, les produits matériels de ces opérations auront pour effet de rapprocher le terme de l'exploitabilité absolue, c'est-à-dire du plus grand accroissement moyen. Ils auront donc aussi une influence sur l'é-

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