Thucydide, VI, 76, .S
LES HERMOCOPIDES ET LE PEUPLE d'aTHÈNES. 287
recouru, croyait-on, comme à un moyen de conspirer pour faire une révolution et renverser le régime populaire (litl çyvwjjLoffi'a àfx* vswTÉpwv Tipay^AocTcov xï! o/,^o'j xaTaXu<j£(o;), ou, comme on lit ailleurs, un moyen de conspirer pour établir un régime oligarchique et tyrannique (IttI ç-jvojfxoît'y. ôÀr/ap/'.x-7, xal T'jpavv'.xr,) '. La portée de ces mots s'éclaire par un autre passage de Thucydide. En faisant connaître les procédés des sociétés secrètes, l'historien dit que les frères et amis (sTaîpoi) se liaient entre eux et se donnaient des gages mutuels en commettant un délit en commun^. C'est ainsi que Ton racontait à Rome que Catilina s'était assuré de la fidélité de ses complices en leur faisant boire à tous le sang d'une victime humaine ^ La mutilation des Hermès n'était pas un fait contestable, ni un fait sans portée, un de ces excès commis dans l'ivresse par des jeunes gens au sortir d'un joyeux souper; le ravage était général, méthodique, il dénotait préméditation, concert préalable. Or, ce n'est pasde gaietéde cœur quun grand nombre de citoyens provoque volontairement l'indignation publique. Étant données les tendances et les pratiques des sociétés secrètes, il n'était pas déraisonnable de supposer qu'elles méditaient un grand coup et que les meneurs avaient voulu se garantir contre les trahisons en obligeant tous les affiliés à tremper dans le même délit.
J. Tliucydide, VII, 27, 3; 60, 1.
2. Thucydide, III, 82, 6 : Ta; é; apà; aJToù; Tzi'j-s:ç oj tw bzicjo vô[xw ixâ>,),ov Èy.paT'jvovTO r, tw xotvr, ti T:xpavoij.ï)(Tat.
3. Salluste, Catilina, 22 : « Qiiô iiiter se magis fidi forent, alius alii tanli facinoris conscii. »
288 KTUDES SUR l'aNTIOUITÉ GRECQUE.
Veut-on quelque chose de plus explicite encore? Andocide raconte que la mutilation des Hermès ayant été résolue sur la proposition d'Euphilétos, dans Vhélérie dont il faisait partie, il n'avait pas voulu s'associer à ce sacrilège et avait épargné l'Hermès placé devant sa maison; aussi, les autres conjurés le traitèrent-ils, dit-il, de faux frère et le menacèrent de lui faire un mauvais parti s'il ne gardait pas le secret. Pourquoi avaient-ils décrété et exécuté un acte aussi extraordinaire ? quelle était la pensée d'Euphilélo> en le proposant? Andocide dit en propres termes qu'on se donnait ainsi un gage de foi le plus inouï du monde'. 11 se peut qu'en s'exprimant ainsi, Andocide ait voulu, dans lintérèt de son plaidoyer, se conformer à la ver.sion officielle, à l'explication populaire du méfait des Hermocopides. Nous tenons cette explication pour extrêmement plausible ; mais n'importe, ce que nous nous étions proposé dans ces pages, ce n'est pas d'éclairer, après deux mille ans, une affaire mystérieuse pour les contemporains mômes, mais de préciser et de faire comprendre les appréhensions du peuple d'Athènes et les motifs de sa sévérité inquiète.
1. Andocide, Mystères, § 67 : Ih^Tiv Tr,'/ èv àv6ptÔ7:o'.; iTtii7T0TâTr|V. C'est lin jeu de mots intraduisible.
HYPERIDE
DISCOURS CONTRE ATHÉNOGÈNE
Un des plus précieux textes grecs conservés par le sol de TÉgypte vient d'être rendu au jour après deux mille ans. Le spirituel auteur du Traité du Sublime vante ragrément et la grâce de deux petits «discours d'Hypéride, la défense de Phryné et le plaidoyer contre Athénogène. Or, vers la fin de 1888, M. Revillout acquit pour le Musée du Louvre un rouleau de papyrus contenant la plus grande partie de ce dernier plaidoyer. A cette découverte vint s'ajouter plus tard un fragment qui appartient certainement au même discours^.
Après l'opération du déroulement, le papyrus se trouva brisé et parfois déchiré en menus morceaux. M. Revillout s'appliqua à remettre ces morceaux en place, à les coller ensemble et à rétablir l'ordre des colonnes. Ce travail de reconstitution a été, autant que je puis en juger, fait avec un plein succès. En 1891, M. Revillout publia, dansla/?eyae égypiolo-
1. Revue des études grecques, 1892, p. 157 et suiv., ot Journal des Savants, mai 1892, p. 299 et suiv.