‹ Études sur l'antiquité grecqueChapitre 117 sur 121 · Cf. Démosthène, Couronne · texte numérisé non relu

Cf. Démosthène, Couronne

IIYPÉIUDE CONTRE ATIlÉ.NOGÈNE. 313

mais elle n'est pas toujours solide, et elle n'avait pas besoin de l'être. Il est pénible de voir un logographe athénien, un Démosthène, employer des sophismes pour défendre une mauvaise cause, bien qu'il fût de son devoir de faire ainsi, du moment qu'il s'était chargé de cette cause ; ici, si le logographe ne recule pas devant des raisonnements très contestables, on a du moins la consolation de pouvoir se dire qu'il emploie ces raisonnements pour faire condamner un fripon qui avait pour lui la lettre de la loi, mais dont la conduite dut révolter les honnêtes gens.

Mais, tout en rendant hommage à l'habileté de l'avocat, nous goûtons davantage d'autres qualités, plus délicates, plus littéraires, plus particulières aux plaidoyers attiques. Le logographe athénien écrivait le discours qu'un autre devait prononcer; il se dissimulait, le client seul paraissait sur la scène, comme un acteur qui débite le rôle composé par le poète. Ce qui distingue les meilleurs logographes d'Athènes, les Lysias, les Hypéride, ce qui fait le plus grand charme de leurs écrits, c'est le talent tout dramatique de se mettre à la place du client, de prendre son langage, son ton, son accent, d'entrer dans sa peau. Rien n'est plus amusantque d'entendre un des clients de Lysias exposer ses mésaventures domestiques, raconter avec une délicieuse bonhomie comme il s'est laissé tromper par sa femme, comme il a été simple et crédule. Le personnage qui parle ainsi nous amuse, nous fait rire à ses dépens ; mais c'est dans son intérêt que son habile souffleur lui dicte ce langage : un pareil récit ne peut manquer d'être per-

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suasif. La narration du discours contre Athénogène n'est ni moins plaisante ni moins habile. Notre campagnard s'est laissé duper comme un imbécile : il n'a garde de le nier, de dissimuler aucune des circonstances qui attestent son aveugle crédulité; il veut bien passer pour niais, pourvu que les autres paraissent comme fripons. Il conte son histoire avec urîe vérité parfaite, un naturel incomparable. Point de mot qui ne soit d'usage familier, point de périodes savamment construites : les membres de phrases se suivent parfois un peu à la débandade, et cependant le discours a de la grâce, et sa négligence cache un art charmant. C'est là un genre de mérite qui se transporte difficilement d'une langue à l'autre, et •dont nos traductions, très insuffisantes, ne peuvent guère donner l'idée au lecteur.

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