‹ Études sur l'antiquité grecqueChapitre 12 sur 121 · Journal des Savants, 1895, mai, p. 303 et les suiv · texte numérisé non relu

Journal des Savants, 1895, mai, p. 303 et les suiv

LA CROYANCE A l' IMMORTALITE DE l'aME. 47

recommande tout d'abord par un mérite qui est, jusqu'à un certain point, indépendant de l'intérêt du sujet et de l'importance des résultats : c'est l'excellence de la méthode. M. Foucart ne néglige aucune donnée, aucun renseignement ; il cite tous les textes relatifs à l'institution d'Eleusis ; mais il ne les juxtapose pas, il les met en œuvre, il les amène, sans précipitation et sans confusion, à la place que leur assigne la marche de la recherche, et cette recherche est conduite magistralement. Si la belle ordonnance d'un travail savant, la lumineuse exposition d'une matière obscure et controversée, procurent à l'esprit un vif plaisir, plaisir que, pour notre part, nous n'estimons pas inférieur à celui que donne un discours éloquent, la lecture du mémoire de M. Foucart fait éprouver ce plaisir au plus haut degré.

On sait que les Mystères d'Eleusis sont bien nommés et que les initiés gardèrent fidèlement le secret qui leur était imposé. Aussi n'est-il pas aisé d'en déterminer la nature. IMais leurs origines sont enveloppées de bien plus d'obscurité encore, ce qui d'ailleurs est le cas de toutes les origines. Après l'antiquité grecque, qui lui est familière, M. Foucart a voulu connaître l'antiquité égyptienne. 11 l'a étudiée dans les livres des égyptologues ; il a parcouru le pays et visité ses monuments. La vue de l'Egypte a toujours exercé une singulière fascination sur les voyageurs. Comme jadis Hérodote, M. Foucart s'est

1. Recherches sur l'origine el l;i nature des Mi/xtércs d Eleusis, 1895.

4b KTUDES SUK L ANTIOUITK GRECQl'i:.

persuade qu'une civilisation aussi vieille dut puissamment agir sur les peuples plus jeunes qui se trouvèrent en contact avec elle. Or, ce contact existait entre Egyptiens et habitants des pays grecs du xvn" au xiii" siècle, époque de la plus grande expansion maritime de FKgypte, quand les Pharaons avaient leurs vassaux et leurs gouverneurs dans les îles de la « grande verte ». La ressemblance que l'on remarque entre le culte d'Isis et le culte de Démêler ne doit donc pas être considérée comme une coïncidence fortuite. On attribuait à la déesse d'Eleusis un double bienfait : l'un d'avoir enseigné l'agriculture et, par suite, d'avoir fait passer ses adorateurs de la vie sauvage à la vie civilisée; l'autre, d'avoir institué des mystères qui donnaient aux initiés l'espérance du bonheur dans la vie future. Ces deux caractères de la religion d'Eleusis sont aussi les traits les plus saillants de la religion d'Isis ; M. Foucart dit à la page 18 : « Ces deux caractères n'ont aucun lien logique ; s'ils se trouvent tous deux dans la religion de Déméter, c'est parce que tous deux ont été empruntés à la religion d'Isis. » On peut objecter qu'il existe entre ces deux caractères un lien, sinon logique, du moins naturel. La terre nourrit tous les êtres ; d'après les idées des anciens, tout ce qui vit est sorti de la terre, et tout ce qui vit y retourne; elle est la mère nourricière, elle est aussi le tombeau des hommes. Il est donc assez naturel que les divinités chthoniennes, (jui président à l'agriculture, régnent aussi sur les morts, et que les vivants cherchent à se les rendre favorables en vue du séjour qu'ils feront

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