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près d'elles. Ces ressemblances générales ne semblent donc pas suffire pour prouver la filiation; on aimerait à pouvoir s'appuyer sur des ressemblances de détail. Cependant, l'absence de ces dernières ne prouve pas non plus que les deux cultes soient indépendants l'un de l'autre. M. Foucart dit avec raison que les Grecs ont beaucoup emprunté aux nations étrangères, sans jamais copier; qu'ils ont adapté à leur génie propre tout ce qu'ils ont reçu des autres. Il est vrai qu'on peut rapprocher un mythe égyptien d'un mythe attique : Osiris parcourt la terre pour enseigner l'agriculture et établir des lois bienfaisantes, comme Triptolème répand partout le bienfait de Déméter. En revanche, les mythes essentiels des deux cultes, celui d'Isis et d'Osiris et celui de Déméter et de Koré, sont très différents : au lieu d'un couple divin, nous trouvons à Eleusis deux déesses. M. Foucart ne dissimule pas cette difficulté; il essaye de la résoudre par une conjecture. Les monuments ont fait connaître récemment qu'Eleusis adorait, à côté des dieux désignés par des noms particuliers, deux êtres divins appelés simplement le Dieu (b 0£o;) et la Déesse (y) Qzi). Voilà qui nous rapporte à la forme primitive de la religion éleusinienne, et ce couple divin répond bien à celui d'Isis et d'Osiris; plus tard seulement, la Déesse s'est dédoublée en déesse-mère et en déesse-fille. Cela est aussi savant qu'ingénieux. La thèse que Déméter est une Égyptienne naturalisée en Grèce ne pouvait être soutenue d'une manière plus spécieuse.
Oue faut-il penser de deux autres arguments aux-
quels M. Foucarl semble attacher de rimporlance? Ëlail exclu de linilialion quiconque n'avait pas les mains pures (ottcg- xâç ysïoy.ç fiT) xaOapo;), et quiconque avait un langage inintelligible (ott'.ç cpcovr,v àç'jvî-oçj, c'est-à-dire, d'après l'interprétation qu'en donnent les anciens, les meurtriers et les Barbares. M. Foucart conteste l'interprétation du second membre de phrase. Elle n'apparaît, suivant lui, qu'aux derniers temps du paganisme, quand on ne comprenait plus le vrai sens de la formule. Anciennement, on avait eu l'intention d'exclure ceux dont la voix n'est pas intelligible par suite d'un défaut physique, ceux qui bégayaient, qui balbutiaient, qui étaient incapables de répéter, avec les modulations prescrites, les formules sacrées. Et voilà qui sent son origine égyptienne : car les Égyptiens pensaient que les formules sacrées n'avaient de puissance que par l'exacte reproduction des mois et des intonations, condition qui exigeait une justesse parfaite de la voix. Disons d'abord que les mots ç-covYjV àçûvEToç peuvent désigner les Barbares : chez Eschyle, Glytemnestre dit de Cassandre àyvwTa ocovYjV p-ipSaGov xsxT'^aév-/]. L'explication traditionnelle n'est donc pas contraire à l'usage grec. Il faudrait cependant reconnaître qu'elle serait erronée, si Isocrate disait en effet que « les Barbares étaient exclus des Mystères d'Eleusis en souvenir des guerres médiques, comme meurtriers, par conséquent n'ayant pas les mains pures ». Mais ouvrons le Panégyrique et relisons les sections 157 et 158. L'orateur parle de l'antique hostilité entre les Hellènes et les habitants du continent asiatique (oî rjTrstpcuTy.'.). De là vient;, dit-
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il, que nous aimons à entendre les récits du siège de Troie et de la guerre contre les Perses (to?ç Tpojîxot; Y.-j.\ rispaocorç); et c'est à cause de cette vieille haine que les Eumolpides et les Kéryques interdisent l'accès des Mystères aussi aux autres Barbares, comme ils l'interdisent aux meurtriers (oW-Trsp rotç àvopocpôvotç, non wç où'Ttv àvococpôvotç). Il n'y a pas lieu de s'arrêter au motif de l'exclusion, que l'orateur imagine pour le besoin de sa thèse ; son texte, loin de contredire les autres témoignages, confirme que la proclamation des hautsdignitaireséleusiniens visait deux catégories d'exclus, les meurtriers et les Barbares. L'autre argument est tiré de l'appellation vague (( le Dieu et la Déesse » appliquée aux deux divinités que nous avons mentionnées plus haut. Ce fait est expliqué par la vertu magique que les Egyptiens attribuaient aux vrais noms de leurs dieux, noms qu'il était défendu de révéler aux profanes, parce qu'ils servaient aux conjurations efficaces. L'usage de ces appellations discrètes n'est peut-être pas exclusivement égyptien. Hérodote prétend que les vieux Pélasges ne désignaient pas encore leurs dieux par des noms propres. Plus tard encore on évitait de prononcer le nom des dieux infernaux, on disait « les Vénérables » (Siavai) ou «< les Bienveillantes » (EùijLcvi'osç), plutôt que les Erinyes. « Nous tremblons de les nommer, dit Sophocle, nous passons devant leur bois sacré sans regarder, sans parler, en adorant par une pensée muette. » Le nom de Koré, « la Fille », que Perséphone portait généralement à Athènes, n'est pas non plus un nom propre.
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Mais voici la plus forle objection que l'on puisse faire au système de M. Foucart. Après l'avoir fondé sur la présence simultanée dans la religion de Démêler, comme dans celle dlsis, de deux caractères différents, il infirme lui-même sa thèse en établissant ([ue l'un de ces traits caractéristiques n'entra dans les Mystères d'Eleusis que longtemps après l'autre.
M. Rohde admet, nous l'avons dit, une double infusion, à plusieurs siècles de distance, didées religieuses venues de la Thrace. De même, M. Foucart attribue à linfluence réitérée de l'Egypte la constitution définitive du culte d'Eleusis. Isis-Déméter n'y avait été d'abord qu'une divinité agraire et civilisatrice, xasTrosopoç et 6c(7ij.ocpcipoç. Ses fêtes les plus anciennes se célébraient au moment où le blé verdit (X}.oTa), où le chaume se forme (Iva).a[xa!a), où le grain est battu sur l'aire ( '\M]>xi. Dès le xi" siècle, les colons ioniens portèrent dans l'Asie Mineure et l'Archipel ces fêtes, ainsi que celle des Thesmophoria. Disons en passant que cette dernière est mieux attestée pour Halimonte que pour Eleusis'. C'est seulement au vu° siècle que la doctrine sur la vie future fut empruntée à la religion d'Isis et d'Osiris par des Grecs qui la rapportèrent d'Egypte et l'introduisirent dans les Mystères d'Eleusis. Faisons ici une distinc-
1. .Eneas Taclicus est le seul aiiteui- qui parle des Thesmophoria d'Eleusis : il raconte en effet, au chap. viii, que les Méjjariens tentèrent un jour d'enlever les femmes qui y célébraient cette fête. Mais cette anecdote est autrement racontée par Plutarque, Solon, VIII, et Polj-en, Slratèçj., I, 20, 2 : D'après leur version, les Mégariens partirent de Salamis pour le cap Kolias, près d'IIalimonte, où les Thesmophoria sont attestés par de nombreux témoignantes.
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lion. En l'éservanl encore la question de l'influence égyptienne, on doit accorder qu'il est extrêmement probable que la grande fermentation religieuse du vu- et du Yi"" siècle agit aussi sur Eleusis, en modifia, en transforma le culte et les croyances. Dans l'hymne homérique, Déméter enseigne aux Eleusiniens les saintes cérémonies qui assurent aux initiés le bonheur après la mort ; que la culture du blé soit un bienfait de la même déesse, cela n'y est pas dit expressément; l'agriculture existe depuis longtemps, elle est antérieure à l'institution des mystères. On dirait que le poète ne s'attache qu'aux éléments nouveaux de la religion éleusinienne, en laissant de côté les anciens éléments, qui frappent moins son esprit. Pour ce qui est du mythe raconté dans cet hymne, on ne lui connaît pas, que je sache, d'analogue en Egypte, mais il ressemble singulièrement à un mythe chaldéen. Quand Islar est descendue aux Enfers pour chercher Adonis, la vie dépérit sur la terre, parce que la déesse de l'amour a disparu; le dieu du ciel s'en émeut, et, grâce à son intervention, Islar est ramenée à la lumière. Quand la fille de Démêler est enlevée par Iladès, celle-ci frappe la terre de stérilité, et le genre humain eût péri si Perséphone n'avait pas été rendue à sa mère sur l'ordre de Zens. Est-ce à dire que le mythe grec soit d'origine babylonienne? Nous sommes loin de le penser. Mais il se peut que le mythe babylonien ait fourni un motif au récit du poète grec. Il en est des mythes comme des contes populaires : ils présentent un peu partout un certain nombre de traits communs, internationaux, qui se
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sont répandus on ne sait par quelle voie, comme des semences transportées par le vent ou dans le bagage des voyageurs.
Après avoir signale une ressemblance qui nous semble intéressante, mais qui ne porte pas sur le fond du culte d'Eleusis, revenons au mémoire de M. Foucart, et voyons si la seconde phase de ce culte trahit l'influence de l'Egypte. Pour résoudre cette question, il importe d'étudier la nature de ces fameux mystères, d'en pénétrer, si cela est possible, le secret. C'est ce que M. Foucart essaye de faire dans quelques chapitres, qui sont, à notre sens, la partie la plus solide de son travail. Les mystères comprenaient des spectacles dramatiques (xàc opwfjLsva), l'exhibition d'objets sacrés (--y. Ssixvûptcva), les paroles prononcées par le hiérophante (t7. X^yciiAsva). Le spectacle reproduisait les aventures de Perséphone et de Déméter, en mêlant à la tradition connue certains personnages et certains incidents qu'il était interdit de révéler aux profanes. On représentait aussi le mariage de Zeus et de Déméter, et l'on montrait solennellement aux initiés l'enfant de celte union du ciel avec la terre, un épi de blé. On montrait aussi divers objets sacrés, religieusement conservés et entretenus par un serviteur spécial, et parmi lesquels les images des dieux, éclairées par une lumière éclatante, tenaient sans doute une grande place. Si ces spectacles faisaient une profonde impression sur l'esprit des fidèles, suffisaient-ils pour leur donner la ferme espérance d'une existence heureuse dans l'autre monde ? M. Foucart pense avec raison qu'il fallait quelque