‹ Études sur l'antiquité grecqueChapitre 120 sur 121 · III, p. 318, I, 18, de rédition de Reiske · texte numérisé non relu

III, p. 318, I, 18, de rédition de Reiske

DÉMOSTIIKNE ET L'ÉPUnATIOX DES TEXTES. 3'23

comme cela s'entend, modifié son langage suivant les circonstances. Les copistes, sans tenir compte de la convenance, ont complété ces deux morceaux l'un par l'autre, afin de les rendre encore plus semblables qu'ils ne l'avaient été d'abord.

On voit, par ce qui précède, que nous disposons de toutes sortes d'éléments à prendre en considéralion, si l'on veut corriger le texte de Démosthène, que ces éléments sont de valeur inégale, qu'on peut y établir des degrés et les classer d'après leur plus ou moins d'autorité, mais que ce classement n'a rien d'absolu et qu'on se tromperait en affirmant que telle leçon doit être préférée par la seule raison qu'elle se trouve dans tel manuscrit ou qu'elle est attestée par tel auteur ancien. Un critérium aussi matériel est commode : il dispense de réfléchir. La vraie critique demande un choix raisonné, dicté par l'étude attentive de chaque texte en particulier et par la connaissance générale de la langue et de la manière de l'auteur.

Cependant, quand il faut se décider entre plusieurs leçons également admissibles, ou plusieurs conjectures qui se recommandent à des titres divers, on aimerait à avoir un régulateur qui permît d'exclure tout d'abord certaines possibilités. Ce régulateur existe pour les poètes : la prosodie et le mètre renferment la critique de leurs textes en des limites assez étroites. On s'est efforcé de trouver des règles analogues pour la prose oratoire, qui a, elle aussi, son euphonie, son nombre, ses symétries. Benseler a constaté que l'hiatus, évité d'une manière absolue

par Isocrale, l'est aussi, dans une certaine mesure, par Démoslhène, sinon dans toute la suite du discours, du moins dans l'intérieur de chaque membre de phrase. M. Blass a remarqué que Démosthène choisit et place les mots de fafjon que leur concours ne produise pas un grand nombre de syllabes brèves consécutives. On sait qu'Euripide affectionne les tribraques dans les trimètres de ses dernières tragédies, où l'on trouve beaucoup de vers semblables à

tandis que ses premiers drames ont une versification plus sévère, à la manière d'Eschyle et de Sophocle. La présence d'un plus grand nombre de syllabes longues y donne au dialogue une allure plus digne et plus noble. Tel est aussi, en général, le caractère de la prose oratoire de Démosthène ; je dis, en général, car je crains que la formule de M. Blass ne soit trop étroite et n'admette pas assez d'exceptions. Dès qu'il rencontre dans un membre de phrase trois syllabes brèves de suite, à moins qu'elles ne se trouvent dans le même mot, il corrige ou suspecte la leçon. J'ai quelque peine à croire que Démosthène ait poussé si loin l'horreur des brèves. ]\I. Blass luimême se voit obligé d'admettre des assemblages de mots comme oe/.xx-.; izo^avcov. Puisque à-oOavtôv, ditil, a déjà trois brèves consécutives, la règle n'étant plus applicable, l'orateur n'a pas hésité à ajouter encore trois autres brèves. Ce beau raisonnement peut-il en rien modifier l'impression que reçoit l'oreille?

DÉMOSTHÈNE ET l'ÉPURATION DES TEXTES. 325

A propos du nombre oratoire, citons une fine observation d'Hermogène. 11 fait remarquer que les périodes d'une certaine étendue se terminent avantageusement sur un mot long et des syllabes longues, tandis que la fin de la première moitié dune période, n'étant qu'une fin provisoire, qui laisse la voix et le sens suspendus, s'accommode très bien de mots courts, ayant la finale ou la pénultième brève. Voici le premier exemple qu'il cite : 'Eyoj o' ôx-. u.vj tivojv xsarr^vopoïïvTX rrâvraç àcia'.sei'rOa'. Tr,v ocossày twv àTOTrwTâxcov ettiv, èà(7w'. Il me semble évident qu'Hermogène lisait éw. La leçon l-iao), qui est celle desmanuscrits de Démos- Ihène, lui a été prêtée par les copistes, en dépit de son observation. Planude, qui avait la même leçon sous les yeux, a l'outrecuidance d'en vouloir remontrer à Hermogène et de lui dire, comme il ferait à un des élèves de sa classe : « Sache, ô Hermogène, que la pénultième de Haw est brève ^. »

La symétrie des membres de phrase, incontestable chez les orateurs, n'est pas à négliger non plus. Cependant les indices qu'elle fournit sont d'une application délicate, car elle n'a rien de rigoureux. M. Blass rétablit heureusement cette symétrie dans cette phrase de la première Philippiqiie (^ 6) : Kal v/v. T'j. [jLcV <Lç av éXojv Tiç [ï/ot] zoÀÉaco, Tx 0£ cûajxaya xai oilcc TToiYjGQCfisvoç. La supprcssiou du mot parasite ï/o: se justifie encore par d'autres raisons. Faisons une petite chicane à l'éditeur au sujet des mots qui précèdent cette phrase et ([u'il prétend couper ainsi :

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