‹ Études sur l'antiquité grecqueChapitre 18 sur 121 · L.v cnoYANCE A L'nr>rop.TALiTÉ DE l'ame · texte numérisé non relu

L.v cnoYANCE A L'nr>rop.TALiTÉ DE l'ame

consignées les étapes du long et dangereux voyage d'outre-tombe, le chemin à suivre, les formules à prononcer pour conjurer les puissances ennemies et s'assurer le secours dés divinités amies. De même, l'adepte des mystères orphiques faisait enterrer avec lui le vacle meciim qu'on vient de voir, les extraits de ce poème qui était un Livre des Morts hellénique. La ressemblance générale est frappante ; n'allons pas au delà. Ces vers étaient gravés sur des lamelles d'or. Etait-ce parce que les Égyptiens regardaient l'or comme le plus puissant des métaux ? Nous croirons plutôt que c'était tout simplement afin de préserver les tablettes de l'oxydation, et nous le croirons d'autant plus qu'à notre connaissance les Égyptiens se servaient pour le même usage non de l'or, mais du papyrus. L'âme des documents orphiques se dit altérée. Est-il sûr que la soif fût le tourment le plus redouté de l'àme du mort égyptien ? Cela est possible, mais la formule AoiY| rrot "Oc.p'.ç tô '^-j'y/yj^' ù'ows ne le prouve pas. Dans lesépitaphes des derniers siècles du paganisme, Osiris a pris la place d'iladès et de Dionysos. En Grèce, les morts ont eu soif de libations dès la plus haute antiquité, et d'un autre côté il n'est question, ce semble, dans les documents égyptiens, d'aucune source de vie, où les âmes demandent à se rafraîchir. Mais nous n'avons pas besoin de petites ressemblances de détail, les ressemblances générales suffisent pour admettre que les sectes orphiques et pythagoriciennes aient beaucoup emprunté à l'Egypte. L'intluence de l'Egypte sur Eleusis est plus problématique. Cependant la trans-

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l'ormalion de la religion d'Eleusis coïncide avec Tcpoque où l'Egyple s'ouvre aux Hellènes ; les promesses du bonheur dans la vie future s'introduisent dans le» Mystères d'Eleusis au moment môme où des doctrines semblables sont recueillies en Egypte et répandues dans l'Attique. Nous n'avons osé suivre M. Foucart dans ses conjectures sur l'origine égyptienne du cul te préhistorique de Déméteréleusinien ne; mais une influence directe ou indirecte vers la fin du vn" siècle avant notre ère, semble assez vraisemblable. Quoi qu'il en soit, le grand mérite et l'importance capitale des recherches de notre savant épigraphiste, c'est d'avoir soulevé un coin du voile qui couvrait les -}.-ocpY,Tat d'Eleusis.

L'absence de doctrine explique qu'Eleusis ait eu moins d'action que l'Orphisme sur les systèmes philosophiques. Empédocle surtout et Platon sont imprégnés de conceptions orphiques au point que leurs écrits peuvent servir à compléter ce que nous savons d'ailleurs de ces dernières. Empédocle allie, par un compromis étrange, le raisonnement à la spéculation théologique, il est à la fois un homme de science et une figure sacerdotale, un prophète, qui reproduit les Pythagore et les Épiménides en plein V' siècle. Son âme est une exilée qui aspire à la patrie céleste. Une nécessité inéluctable bannit du séjour des dieux quiconque a commis un meurlre et s'est repu du sang de sa victime \ ou a prêté un faux

1. Que des crimes de 1h sorte se conimettenl entre êtres divins, cela est étrange pour nous. Aussi Plutarque [De esu carniiim. I, vers la fin) prétend-il quEmpédocle s'exprime allégoriquement.

LA CROYANCE A l'iMMORTALITÉ DE l'aME. 61

serment. Entraîné par le délire de la haine, Empédocle s'est jadis rendu coupable d'un tel méfait, et il expie ce -a'./.a-.bv -ivOo;, comme dit Pindare, par un exil de trois myriades d'années' dans ce monde de misère [x-.t^; Às'.ao'v/. Là, jouet des éléments qui se le renvoyaient avec horreur, il a passé par toutes les existences, a été tour à tour homme et femme, poisson, oiseau et arbre. Pareil est le sort de tous les humains, génies déchus par leur propre faute. Empédocle leur prêche de se sanctifier par des lustralions, de s'abstenir surtout de nourriture animale, crainte de dévorer leurs plus proches parents, de s'abstenir également de fèves et de feuilles de laurier. Comme il étendait la migration des âmes jusqu'aux plantes, il aurait dû, pour être conséquent avec lui-même, interdire aussi toute nourriture végétale. Mais c'était condamner les hommes à mourir de faim. Il se borne à interdire les plantes les plus nobles ; en effet, il déclarait quelque part que, pour les âmes incorporées en des végétaux, le plus beau lot était de devenir laurier. Ajoutons un précepte moins superstitieux, s'abstenir du mal {vr^n-vj-jx: x'/xotYi-c;!. C'est ainsi qu'on peut s'élever enfin au sommet des existences terrestres occupé par les devins, les poètes, les médecins et les chefs du peuple. De là, il n'y a qu'un

1. Toi; <j.:-/ [j.-./p;a: o'jpa; àr.o aa/.ipo^v x'/.x'/.r^'j'j-j.'.. M. Dielcrich entend « ti-enle mille saisons », c'cst-à-diic dix mille ans, d"après lanciennc division de l'année. Il se donne trop de peine pour accorder Enipédocle avec Platon. Nous nous en tenons, avec M. Rohde, à linterprélation la plus nalurelle. Ces jrrands nombres n'ont rien de rigoureux. Le supplice de Promcthée durera [tjptîTr, ypôvov d'après la tragédie conservée; dans une autre, Eschyle le portait à roi^z aop'.âîa:.

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seul degré à franchir pour renaître dieu, exempt des misères humaines, de vieillesse et de mort. On sait qu'Empédocle était à la fois devin, poète, médecin et chef de peuple; il pouvait donc, de son vivant, se proclamer dieu immortel (Osbç aaSooTc;, ojxét'. Ovt,to:j. Pour Pindare, les candidats à la dignité de héros bienheureux, c'étaient les rois, les athlètes et les hommes distingués parla sagesse {Goz>b.), c'est-à-dire les poètes, peut-être aussi les penseurs. Platon ayant moins d'estime pour le délire divin, qui ne sait ce qu'il dit, met les devins et les poètes beaucoup plus bas dans son échelle de l'excellence humaine : il leur assigne le cinquième et le sixième rang, et ne place au-dessous d'eux que les artisans, les sophistes et les tyrans'.

Ces rêveries s'accordent mal avec la méthode toute scientifique de la cosmogonie du même Empédocle; son monde se forme et se développe d'après des lois physiques qui lui sont immanentes. Des conceptions de nature aussi différente ne peuvent être conciliées; cependant M. Rohde a montré, avec beaucoup de pénétration, comment elles pouvaient se loger dans le même esprit et y faire assez bon ménage. Chez Platon, la théologie et la philosophie sont beaucoup mieux fondues ensemble. Platon s'est plu à redire à sa façon, c'est-à-dire en poète, les mythes des théologiens orphiques ; mais il les donne pour des mythes, non pour des vérités démontrées. Il en retient cependant, il en affirme les doctrines fondamentales. L'âme

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