‹ Études sur l'antiquité grecqueChapitre 24 sur 121 · Journal des Savants, septembre 1S95, p. 552 et suiv · texte numérisé non relu

Journal des Savants, septembre 1S95, p. 552 et suiv

LA CROYANCE A L'iMMORTALlTli DE LAME. 75

tilieuses. Il est vrai que les traits physiques comme les traits intellectuels, la vigueur et la faiblesse, les qualités et les défauts, les aptitudes, les penchants, les passions, se propagent dans les familles ; on est donc fondé à dire que les enfants jouissent, jusqu'à un certain point, des vertus de leurs pères et pâtissent de leurs vices. Dans un âge où la solidarité de la famille était plus étroite qu'aujourd'hui, où elle se trouvait consacrée par les amitiés et les haines héréditaires, par la coutume et la législation, on imagina des effets mystérieux de cette solidarité; on se persuada que des crimes restés impunis étaient expiés par les enfants, par les descendants du criminel. C'est ainsi que l'on expliquait à la fois la prospérité scandaleuse des coupables et les malheurs immérités des innocents. La postérité d'un homme étant considérée comme une série d'autres lui-même, on pouvait admirer la justice divine ; elle semblait même se manifester avec d'autant plus d'éclat qu'elle était plus lente à frapper. Les exemples de cette singulière tlîéodicée abondent chez Hérodote. Le père de l'histoire est ferme partisan de cette croyance, répandue alors en Grèce et chez tous les peuples méditerranéens ; elle fait partie de sa religion, qui est éminemment internationale. En remontant plus haut, on retrouve la même croyance chez Solon et chez Théognis ; et d'un autre côté, les poètes ti'agiques, jusqu'à Euripide, en attestent la diffusion et la persistance. Inutile de rappeler Eschyle, le grand peintre des races, dont les trilogies mettent en œuvre cette conception de la destinée humaine. Citons cependant

deux déclarations explicites. Les Danaïdes conjurent le roi d'Argos de ne pas méconnaître les lois deThospilalité. Autrement, disent-elles, ses enfants et toute sa maison expieraient son impiété'. Ailleurs, on lit que le mortel ne sait d'où viennent les coups qui le frappent, quand les crimes commis par ses ancêtres le traînent aux pieds des Furies ^ Sophocle voit dans le meurtre de Myrtile par Pélops la cause première des malheurs des enfants d'Agamemnon, etson Antigone expie les forfaits d'OEdipe'. Je ne sais si Euripide partageait la même croyance; mais les personnages qu'il met en scène la professent plus d'une fois. A la vue du cadavre de Phèdre, Thésée s'écrie que ce malheur lui vient sans doute de quelque faute commise par un de ses aïeux; Hippolyte attribue son infortune à la même cause lointaine et mystérieuse^. Il s'agissait d'expliquer des malheurs en apparence immérités . Les partisans de la migration des âmes y voyaient le châtiment de délits commis dans une vie antérieure; la croyance populaire accusait les crimes d'une autre génération. D'un côté, les auteurs de la race renaissant dans leurs descendants; de l'autre, les mêmes âmes parcourant le cercle de plusieurs existences. Ces deux doctrines sont parallèles.

Le sentiment de la solidarité de la famille était nourri par le culte des morts, la plus antique et la

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