‹ Études sur l'antiquité grecqueChapitre 25 sur 121 · Euripide, Ilippol · texte numérisé non relu

Euripide, Ilippol

LA CROYANCE A l'iMMORTALITÉ DI-: l'aMI'.. 77

plus vivace des religions. Les révolutions bouleversaient les cités, réformaient les lois et les institutions ; les guerres faisaient passer la suprématie d'un État à l'autre, les mœurs elles-mêmes changeaient et les intelligences s'éclairaient, mais les rites funéraires restaient toujours les mêmes. On continuait de meubler la chambre tombale, d'y déposer les objets les plus chers au défunt, de lui faire des libations, des offrandes de tout genre, de mettre sa dernière demeure sous la garde des pouvoirs publics ou des puissances infernales : la violation des tombeaux passait toujours pour un sacrilège et le Tu^&M^ûyoc; pour le dernier des hommes ; n'avoir plus de famille naturelle ou adoptive pour veiller sur la sépulture et accomplir les rites était considéré comme le plus grand des malheurs. Cependant, la persistance des usages ne prouve pas l'identité des croyances. On admettra difficilement que tous ceux qui déposaient un gâteau sur une tombe ou qui y versaient des libations entendaient réellement nourrir et abreuver le mort; la plupart ne faisaient sans doute que se conformer à une pieuse tradition, non pour subvenir aux besoins d'une ombre, mais pour satisfaire un besoin de leur propre cœur. Malgré les apparences contraires, je crois que le grand point était de perpétuer le souvenir du défunt parmi les vivants. On érigeait les monuments funéraires le long des grandes routes, dans les lieux les plus fréquentés. Chez Homère déjà l'ombre d'Elpénor demande que ses cendres soient ensevelies sous un tertre près du rivage de la mer et qu'on y fixe la rame dont il s était servi, afin

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que sa mémoire arrive jusqu'aux hommes à venir

.Elernumque locus nonien Paliiiuri liabebit.

Par celle promesse, Énée consoleTombredesonpilole. Si les inscripLions tumulaires invitent le passant à saluer le mort, si parfois elles lui prêtent la parole et diclenl au passant la réponse, ce sont là, ce me semble, de jolies fictions, qui plaisaient à l'imagination, mais qui n'impliquent pas de croyance sérieuse. Rien n'est plus naïf en ce genre que l'épitaphe d'un acteur que l'on croit du ii' siècle après notre ère. Il prie ses camarades, quand ils viendront à passer près de son tombeau, de l'appeler en chœur par son nom ou de l'applaudiren claquant des mains; sur quoi ils répondent : « J'appelle Straton et je l'honore en applaudissant^ ». C'est là une charmante prosopopée, rien de plus. Aujourd'hui encore, si nous fleurissons les tombeaux de ceux qui nous sont chers, si nous nous persuadons être plus près d'eux à l'endroit où leurs restes reposent, nous nous abandonnons sciemment à une illusion qui a ses racines en des croyances surannées, parce qu'il nous est doux d'évoquer l'image des amis que nous avons perdus et qu'il est naturel à l'homme de rattacher des souvenirs à certains lieux, comme à certains jours.

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