‹ Études sur l'antiquité grecqueChapitre 27 sur 121 · Platon, Phédon, p. 68 A; Apologie, p. 41 B · texte numérisé non relu

Platon, Phédon, p. 68 A; Apologie, p. 41 B

LA CROYANCK A l'imMORTALITÉ DE l'aME. 81

un acte d'un dévouement plus héroïque encore que celui qui partage les privations ou l'exil de la personne qui lui est chère.

L'attente d'une vie amoindrie, sans joie comme sans douleur intenses, peut se supporter avec résignation. Si une pareille conception des Enfers laisse place à un autre sentiment, c'est la crainte, plutôt que Tespoir, qu'elle inspire. On imagine plus facilement des châtiments que des récompenses dans la sombre demeure d'Hadès. Les Furies qui punissent le parjure après la mort sont déjà dans Homère, et les Enfers de V Odyssée décrivent les supplices de quelques grands criminels. Peu importe que ces derniers morceaux soient des amplifications du texte primitif; les Grecs ne mettaient pas de lunettes critiques pour lire leur poète. Il est très vrai que le Minos de la Nexut'a n'était primitivement qu'un simulacre de juge, une ombre de ce qu'il avait été pendant sa vie; mais de bonne heure déjà on ne l'entendait plus ainsi; nous nous refusons à suivre M. Rohde,qui prête aux hommes du v" siècle les lumières d'un Aristarque. Quand Socrate parle dans V Apologie de Minos, de Rhadamante et des autres, il les présente comme les juges devant lesquels les morts doivent rendre compte de leur vie passée : on ne saurait en douter, puisqu'il les appelle les vrais juges et les oppose aux soi-disant juges d'Athènes'. Or

1. Platon, ApoL, p. 4t E : El yâp -tç àcpiy.o[Acvoç etç "AcSoy, à'KaX).a.ys.\(; to-jtwv twv ça<ry.6vta)v SticaaTwv elvat, eypriTSt xoù; àJ>r|6(jiç StxaiTTà;, oiVep xal XÉyovxat èxet ôtxà^^eiv. Je dois dire que Schanz adopte l'avis de Rolide.

82 ÉÏL'DKS SLU l'antiquité GRECQUE.

Socrale exprime ici les idées généralement reçues'. Dans un de ses plaidoyers, Lysias met en scène une femme d'Athènes, avec la vérité et le naturel que l'on sait. Obligée de détendre les intérêts de ses enfants contre un grand-père qui les a dépouillés, elle se déclare prête à confirmer son accusation par un serment, et elle ajoute : « Et cependant je ne suis pas assez malheureuse ni assez avide d'argent pour quitter la vie après m'être parjurée sur la tête de mes propres enfants et avoir enlevé injustement le bien de mon père-. » Képhalos, le père de Lysias, est encore plus explicite. On se souvient de cet honnête et aimable vieillard, qui figure dans les premières pages de la République de Platon. A mesure, dit-il, que l'on approche de la fin de la vie, on est plus enclin à ajouter foi aux croyances populaires, on est inquiet, tourmenté, on craint d'expier dans l'Hadès les fautes que l'on a pu commettre, on fait son examen de conscience, et les hommes sages (comme Képhalos lui-même) s'efforcent de réparer tous leurs torts avant de mourir ^ Ces croyances populaires sont converties par Platon en doctrine philosophique ; avec un art d'autant plus achevé qu'il est dissimulé, Platon énonce dès le début de l'ouvrage, à l'état d'idée juste, mais irraisonnée (oô;a ôpO/j) ce qu'il proclamera à la fin comme une vérité établie sur

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