Enéide, VI
2, Virgile, En., VI, 445-446.
LA r.UOYANCE A l'iMMORTALITK DE l'aME. 9]
Qu"esl-ce qu'Ériphyle vient faire dans celte société ? M. Norden répond qu'un poète alexandrin avait peutêtre imaginé une intrigue d'amour entre Polynice et l'épouse d'Amphiaraos. Quelque ingénieuse que soit cette conjecture, il nous est difficile de l'admettre en présence du texte latin, où Ériphyle est loin d'être présentée comme une femme qui se mourait d'amour. Le premier des deux vers cités est composé de deux hémistiches homériques', à une épithète près. UOdyssée raconte la trahison d'Ériphyle et l'appelle « odieuse )>,(7TUY£p/,v; Virgile l'appelle « triste », mœstam, et nous montre les blessures qu'elle reçut de la main d'un fils. Cette mort lamentable peut lui valoir une place légitime parmi les ombres plaintives des limbes, sinon parmi les victimes de l'amour, où elle s'est égarée parce qu'elle est femme, et que les victimes de l'amour ont pris la place des femmes de V Odyssée.
Si l'on demande maintenant où Virgile prit les éléments de ses limbes, voici ce que nous répondrons. On a vu dans l'article précédent qu'un écrit orphicopythagoricien, qui existait déjà du temps de Platon, assignait une place à part aux enfants morts en bas âge. Les hommes injustement condamnés ou morts de leur propre main sans avoir commis de crime pouvaient figurer à côté des enfants dans un écrit de ce
1. Homère, Od., XI : $ac8prjV te Ilpoxpiv te l'ôov (321) (TT-JY£pr,v x' 'EptcpûXriV (326), v^ y^p-jo-bv çt'Xou àvopbç ÈSé^aro Tt[j,r|EVTa (327), M. Norden aurait pu alléguer ce dernier vers en faveur de sa conjecture, en supposant qu'un poète bâtit un roman d'amour sur les mots çc'Xoy àv5pô; interprétés à contresens. Les Grecs ont plus d'une fois abusé des vieux textes pour modifier les traditions antiques.
92 KTIDES SUR r.'ANTlOUlTK fJHECOLE.
genre. Les femmes amoureuses et les guerriers de Troie ont été ajoutés par Virgile, qui reprenait ici, en les modifiant, les données de VOdijssée.
La justice et la rémunération ne commencent qu'à la bifurcation. A gauche, au fond du Tartare, sont enchaînés dans une prison inexpugnable les grands criminels condamnés à des supplices éternels. Les plus fameux sont passés en revue; la foule innomée des antres est classée d'après les genres de délit qu'ils ont pu commettre. Ces deux séries, confondues dans les manuscrits, ont été heureusement séparées par M. Louis Havet au moyen d'une transposition fortement motivée'. Comme la seconde série est générale, le poète pouvait y faire des allusions aux choses romaines, soit par le choix de certains termes, soit par l'énoncé de certains délits. A moins de commettre de choquants anachronismes, il n'avait pas la même liberté pour la première série ; force lui était de s'en tenir aux traditions grecques. Sur le bouclier prophétique d'Énée, il pourra montrer Catilina châtié dans le Tartare ^. Les suppliciés qu'il introduit ici nominativement ont tous provoqué la colère des dieuxen les combattant et les outrageant directement. On peut affirmer qu'il ne suit pas, pour cette partie, unmodèleattique, puisqueThésée,lehéros d'Athènes, figure parmi les impies, sedet aelernumqiie sedebit infelix Thesem. Du reste, il était déjà condamné à cette peine dans le poème de Panyassis^ Mais le