‹ Études sur l'antiquité grecqueChapitre 38 sur 121 · Thucydide, V · texte numérisé non relu

Thucydide, V

108 lÎTUDKs suij l'antiol'iti': (;recque.

est question d'une infirmité que les Scythes croyaient infligée par les dieux : « Et moi aussi, ajoute l'auteur, je crois que cette maladie est divine, et qu'elle ne l'est ni plus ni moins que toutes les autres maladies. En effet, toutes sont pareilles et toutes sont divines : chacune a sa cause naturelle, il n'en est point qui se produise en dehors de la nature '. » Mais c'est surtout grâce au théâtre que les vérités proclamées par les philosophes et les hommes de science gagnèrent du terrain. Il n'en est pas une seule qu'Euripide n'ait prèchée ou mise en action : la mission qu'Aristophane assigne au poète, d'instruire les hommes, nul poète ne l'a peut-être remplie avec plus de persévérance et de génie que celui qu'Aristophane ne cesse de harceler.

En éclairant les hommes, on ne les rend pas nécessairement meilleurs, on ne leur trace pas une règle de conduite. C'est là une mission que la philosopiiie grecque se donna plus tard, quand elle tint lieu de religion, qu'elle devint une espèce de religion. Les penseurs de l'Ionie s'étaient bien aussi occupés de l'homme, mais accessoirement, en tant que l'homme fait partie de la nature. Il faut excepter l'école de Pythagore, mais cette exception confirme la règle. On ne vivait pas en disciple dAnaximandre ou d'Heraclite, mais il y avait une vie pythagoricienne (nuOayoptxbç fiioç). C'est que dans la secte

1. Hippocratc, IIspl àiptav, 22 : 'Ejxot £k xat a-JTw ôoy.v. Ta-jra Ta Trâôsa Ôcïa sivat y.al -aX/.a uâvta, y.xl oùSàv etegov étïoo'J ÔîtÔTcoov O'joè àvÔpwrtvwTîpov, àX/à uâvra ôjjioïa v.a: Ttivïa 6ctx. "Ey.aa-ov 8à aÙTôiv 'éyei ç-jo-iv Tr|V ia-jToy xai oùSàv avsy çyato; i-ivîTa:. Cf. Ilepl t£pT|; voùffO'j, 1, 2, 18.

fondée par Pythagore, la doclrine philosophique s'était alliée à l'Orphisme. Or, TOrphisme était une religion, et qui méritait ce nom plus que les religions locales des cités de la Grèce, parce qu'elle n'avait aucune attache civile : on n'y naissait pas, on y entrait.

Cependant l'élude de l'homme, de sa nature physique comme de sa nature morale et intellectuelle, fait des progrès, et l'esprit apprend à se replier sur lui-même. Un des chapitres les plus intéressants et les plus neufs du livre de M. Gomperz met en lumière la part considérable que les médecins grecs prirent au développement de la philosophie. Sortie des sanctuaires et sécularisée, la médecine subit l'intluence des systèmes philosophiques, se défendit contre eux et réagit à son tour sur les philosophes. Le traité hippocratique sur la vieille médecine {-ôç.\ àp/a-'r,? '.Y,Tp'./.-r,ç) nous transporte au milieu de ces relations et de ces discussions" entre philosophes et médecins. Les uns et les autres (et plus d'une fois le môme homme était l'un et l'autre à la fois) s'appliquèrent à l'étude de la physiologie de l'homme; en cherchant à déterminer la fonction de ses organes et particulièrement des organes des sens, ils ébauchèrent la théorie de nos perceptions et de l'origine de nos connaissances. D'un autre côté, dans le camp qui, jetant un hardi défi au témoignage des sens, refusait de reconnaître l'existence du monde sensible, Zenon, pour réduire à l'absurde les défenseurs du bon sens, inventa l'art subtil et prestigieux de la dialectique.

110 ÉTLDKS sin L'ANTiQurn'; GfiKCQur:.

Ceux qui savaient manier avec adresse la redoutable arme de ce raisonnement affiné se donnaient le nom de sophistes (aocptiTa-'^ qui succéda au nom de sages (cocpo''), dont la Grèce avait honoré ses poètes et ses penseurs, et prit bientôt un sens fâcheux, celui qu'il garde encore aujourd'hui. M. Gomperz est de ceux qui s'efforcent de réhabiliter les sophistes, notamment ceux de la première heure, les Protagoras, les Gorgias, lesProdikos. Et d'abord, dit-il, c'est une erreur de considérer les sophistes comme une secte philosophique ; ils différaient de vues, de principes, de méthodes, et n'avaient de commun qu'un trait qui ne touche en rien la doctrine. Jusqu'au milieu du v'' siècle, l'éducation de la jeunesse grecque avait été des plus élémentaires ; les sophistes eurent l'idée d'un enseignement supérieur, pour lequel ils réclamaient un salaire. Comme ils allaient de ville en ville et se faisaient souvent concurrence, ils tenaient à se faire connaître avantageusement par des discours publics, des improvisations brillantes, des exhibitions, £7:''o£'.;ciç, comme on disait alors. En un mot. ils étaient professeurs et conférenciers; c'est la seule définition qui convienne à tous. M. Gomperz ajoute n cependant que, novateurs en fait d'enseignement, la / I plupart d'entre eux se séparaient des traditions du ' passé et inclinaient vers les idées nouvelles. Voilà certainement la note juste. Comme, d'ailleurs, toutes les questions théoriques et pratiques qui peuvent intéresser les esprits qui réfléchissent, depuis l'origine du langage jusqu'à celle des institutions civiles et des croyances religieuses, étaient agitées et diversement

résolues, ne peul-on pas dire que renseignement des sophistes dans son ensemble, sinon celui de chacun d'eux en particulier, tendait à tout mettre en doute et à produire une fermentation confuse des esprits? Ce que les sophistes enseignaient avant tout, c'est à se servir habilement de la parole. Depuis l'avènement de la démocratie, c'est par la parole que l'on gouvernait la cité, que l'on défendait ses intérêts devant les tribunaux populaires : « La persuasion était devenue la reine du monde'. » Deux sciences nouvelles, la rhétorique et la grammaire, s'étaient formées, et les sophistes les enseignaient l'une et l'autre, particulièrement la plus pratique de ces sciences, la rhétorique, qu'on appela bientôt l'art (t£/vy,) par excellence. Or la rhétorique a pour objet, non le vrai, mais le vraisemblable, et la grammaire roule sur les signes des idées plutôt que sur les idées mêmes. Ces deux études s'accordent très bien avec un état d'esprit sceptique et dominent naturellement aux époques qui désespèrent d'arriver à aucune certitude. Les chefs de la seconde Académie, les Arcésilas et les Carnéade, étaient des orateurs éloquents, el c'est à leur école, à la philosophie du probable, que Cicéron aiguisa son talent.

La première figure, et la plus considérable, des sophistes qui enseignèrent avec éclat dans Athènes du temps de Périclès est sans contredit celle de Protagoras. C'est lui qui inventa la formule « Faire triompher le discours faible », c'est-à-dire la cause

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