Eui'ipide, Jlécuhe, Si
112 ÉTLDES suri l'antiqliti!: grecoli:.
injusle, u sur le discours fort », c'est-à-dire sur la cause juste (tôv YjTTOj Xoyov -AzeiiTOi ttoiôïv ). Cette prétention mal sonnante du rhéteur se rattachait chez lui au système du philosophe : en soutenant que toutes nos perceptions et tous nos jugements sont également vrais, et qu'il n'est d'autre vérité que la vérité relative et subjective, il arrivait à cette indifférence sceptique qui lui permettait de défendre les thèses contraires avec la même conviction ou, ce qui revient au même, la même absence de conviction. C'est là du moins l'idée qu'on se fait généralement de l'enseignement de Protagoras. jM. Gomperz proteste contre cette idée. A l'entendre, Protagoras, de sceptique qu'il nous semblait, devient un dogmatique. Il aurait soutenu, contre les Éléates, la légitimité des jugements fondés sur la perception des sens. Loin de prétendre raisonner sur tous les sujets mieux que les hommes compétents, il aurait au contraire pris leur parti et réfuté ceux qui, en abusant des artifices de la parole, dénigraient la science et les savants devant des auditeurs ignorants. Enfin, en fait de religion, tout en refusant à l'homme la science des choses divines, il auraitété partisandela c/'o^/a/zce aux dieux. M. Gomperz avait déjà exposé ces vues dans un mémoire très savant et très intéressant sur le traité hippocratique Usft t£/vy,ç', qu'il attribue à Protagoras; il les a reproduites et longuement développées dans le présent ouvrage. Il a rais au service d'une
1. Die Apologie der Ileilkunst, eine grie^hische Sophislenrede des fûnflen vorchrisllichen Jahrhunderts^ tire des (Comptes rendus des séances de l'Académie de Vienne, ^^'ien, LSOO.
argumentation serrée la science la plus variée et la sagacité la plus ingénieuse; et cependant il ne nous a pas convaincu.
Rien n'est plus connu que l'aphorisme placé en tête de l'ouvrage que Protagoras avait intitulé : « De l'être » (rispl Tou ovToç) ou « Vérité » (AXT|6£ia) : « L'homme est la mesure de toute chose, de ce qui est, comme étant, et de ce qui n'est pas, comme n'étant pas. » Il faut citer le texte, qui n'est pas entendu de la même manière par tous les interprètes :
nâvTOJV ypr,[X7.TWV f/£TpOV avOpWTTOÇ, TWV (JL£V ô'vTWV, cLç 'ÉcTT'.,
Twv o£ [XY, ovTcjv, ojç oùx "ÉtTTtv '. Ccla vcut dirc que l'homme juge que l'être est et que le non-être n'est pas. En d'autres termes : si l'homme juge qu'une chose est, elle est; s'il juge qu'elle n'est pas, elle n'est pas. M. Gomperz estime avec raison que la particule ojç répond ici à « que », non à « de quelle manière ». L'usage grec le veut ainsi, et le bon sens aussi : car si les choses qui sont peuvent être diverses, il n'est pas possible de parler de la modalité de ce qui n'est pas. S'ensuit-il que l'aphorisme de Protagoras fasse de l'homme la mesure, non des propriétés, mais seulement de l'existence des choses? M. Gomperz l'assure, et la conclusion est spécieuse, elle peut même paraître rigoureuse. Cependant Platon rend la pensée de Protagoras par cette paraphrase : Ola /xàv àxa^ra
lji.01 ûatVETai, TO'.auTX p.£v ïsTiv âaoî" oia ol toi, ioi.xutx oï aS (70t. Qiialia singula mihi videntur, talia surit mi/ii ; qiialia tibi videnliir, talia siint tibi. Voici comment