‹ Études sur l'antiquité grecqueChapitre 40 sur 121 · Platon, Théétète, vin, p. 152, A · texte numérisé non relu

Platon, Théétète, vin, p. 152, A

114 KTUDES SIR l'.VNTIQUITK GHECOUE.

M. Gomperz s'y prend pour récuser le témoignage de Platon. Protagoras, dit-il, n'est ici qu'un prôlenom. En réalité, Platon combat des théories contemporaines, celles de l'école de Cyrène ; mais comme il place la réfutation dans la bouche de Socrale, il ne pouvait, sans anachronisme choquant, nommer les adversaires qu'il a en vue. Toutefois il avertit assez le lecteur attentif en imaginant une doctrine ésotérique que Protagoras aurait fait connaître en secret à ses disciples sans la révéler au public. Nous répondons que celte doctrine, imaginée ou non par Platon, ne concerne qu'un point accessoire : elle rattache l'aphorisme de Protagoras au système d'Heraclite. La paraphrase de l'aphorisme se lit déjà plus haut, immédiatement après l'énoncé de l'aphorisme, et elle se lit aussi dans le Crati/le, où il n'est fait aucune mention de doctrine ésotérique. Que faut-il donc penser de cette paraphrase ? Platon ne savait-il pas le grec ? Pvcprenons l'aphorisme : « L'homme est la mesure de toute chose, de ce qui est et de ce qui n'est pas. » Par « toute chose », 7ravT(ov/pY,[j.âTcov, il ne faut pas seulement entendre les objets, comme fait M. Gomperz; cette locution a un sens plus large et comprend tout ce qu'on peut dire, affirmer ou nier. Le ciel est bleu ; voilà une chose que nous affirmons. Donc le ciel est bleu, il l'est pour nous. L'assertion de Protagoras porte donc sur les propriétés des choses ; et il serait fort étonnant qu'elle n'eût pas cette portée et qu'elle ne se référât qu'aux jugements d'existence.

Voici maintenant une autre question. D'après

Platon, la doctrine de Protagoras aboutit à un scepticisme absolu. En elTet, que peut-on affirmer si chacun, vous et moi, Pierre et Paul, a le même droit de dire que les choses sont telles qu'elles lui paraissent. i\I. Gomperz soutient, sur ce point encore, que tel était le sentiment de l'école de Cyrène, non de Protagoras. Ce dernier aurait érigé l'homme en général, non tel ou tel individu, en mesure des choses. Il est vrai que le mot av6;co-oç se prête aux deux interprétations ; il peut désigner l'homme générique aussi bien que chaque individu de l'espèce humaine. Comment faut-il l'entendre ? Nous saurions sans doute à quoi nous en tenir si nous pouvions lire la suite du traité dont les premières lignes seulement sont venues jusqu'à nous. Mais Platon le lisait tout entier, et, nous le répétons, il donne sa paraphrase de l'axiome de Protagoras sans restriction, sans invoquer une doctrine secrète et conjecturale. Il y a plus, Platon s'exprime tout aussi catégoriquement dans le Craiyle, où il ne touche qu'en passant aux idées de Protagoras et où rien ne trahit l'intention de viser les idées d'Aristippe sous un nom emprunté. C'est bien Protagoras lui-même qu'il entend quand il écrit : Eî nçcoTJCYopx; àXv/jT, iXsye y.y). ëirt'.v auTYj Yj àATjOs'.a, To rj'.y. av oox7, Éxà^Tw Toia'JTOC xz; s'.vx'. *. Il suffisait de dire àÀr/Jr, Taevs ; si Platon ajoute xxl 'étt-.v auTT, y; àÀy/Jî'.a, n'esl-il pas évident qu'il fait allusion au titre de l'écrit de Protagoras?

Pour ma part, je ne vois pas de quel droit nous

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