Voir p. 227, avec la noie relative au passage cité
2. Aristophane, Paix, 833 : 0-j-/. r,v ap' o-jS' a Xéyo-juc, 7.0.-01. t'o^
24 ÉTUDES SUR l'aMIQIITI': GRIXOUK.
naît la thèse soutenue avec tant de science et de talent par Fustel de Coulanges dans sa Cité antique, thèse qui est devenue une des pierres angulaires de la Sociologie d'Herbert Spencer. A leurs yeux, les esprits des morts, doués par l'imagination d'une puissance surhumaine, auraient été les premiers dieux adorés par les hommes, le culte des morts aurait été partout le point de départ de tous les autres cultes. M. Rohde touche à cette grande question en passant et en y mettant beaucoup de réserve : il est trop historien pour rien affirmer sur ce qui sort du domaine de l'histoire, il penche cependant vers la solution que nous venons d'indiquer. S'il est vrai que, dès la plus haute antiquité, chaque famille adorait ses morts comme des êtres bienheureux, veillant au sort de leur descendance ; s'il est vrai, d'un autre côté, que chez la race hellénique l'organisation de la famille précéda celle de la tribu, et l'organisation de la tribu, celle de la cité ; si enfin le culte de Zeus et des autres Olympiens constitue le lien religieux des membres de la même cité, en sorte que ces dieux se trouvent être éminemment des dieux civiques — n'estil pas logique d'admettre que le culte des morts est plus ancien que le culte des dieux de la nature, et que ce dernier, étant plus récent, provient de l'autre par une évolution naturelle ? Quelque séduisant que puisse être ce système (et il a séduit de très bons esprits), nous hésitons à nous y rallier. D'abord il ne nous est pas prouvé que le culte des morts ait eu chez les Grecs, à l'origine, le caractère qu'on lui attribue, celui d'une adoration d'êtres supérieurs aux
vivants. Mais, quand môme il en aurait été ainsi, comment les hommes se seraient-ils imaginé que la foudre était lancée du haut du ciel par un de leurs ancêtres, que leur aïeul était devenu le dieu qui répand la clarté du jour ? Prétendra-t-on sérieusement que ces croyances s'expliquent par un malentendu, les surnoms hyperboliques de Soleil et de Foudre, donnés à des chefs victorieux, ayant fini par être pris au pied de la lettre ? Sans doute, les acteurs des grands drames de la nature apparaissaient alors comme des espèces d'hommes de taille et de force surhumaines ; les hommes pouvaient croire que ces êtres les avaient procréés, qu'ils étaient les auteurs de leur race. Mais ne renversons pas les rôles en élevant les hommes de notre espèce au rang de grands dieux de la nature. Personne ne se serait attendu, il y a un demi-siècle, à cette résurrection de l'évhémérisme ; et, jusqu'à plus ample informé, nous demandons la permission de ne pas nous y convertir.
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