‹ Études sur l'antiquité grecqueChapitre 41 sur 121 · Platon, Cratijle, iv, p. 3S6 C · texte numérisé non relu

Platon, Cratijle, iv, p. 3S6 C

116 ÉTUDES SUR l'antiquité GRECQUK.

éluderions le témoignage de Platon. Que sera-ce si le témoignage de Platon est confirmé par celui d'Aristole? Dans sa Métaphijsir/ae, ce philosophe interprèle à quatre reprises la proposition. « L'homme est la mesure de toutes choses », absolument comme Platon; il s'exprime même avec plus de rigueur encore à l'endroit où il la résume par ces mois : « ce qui semble à chacun, cela est réellement », xô ooxoùv Ixa^Tto, to5to Trayi'wç slva-. ^ .J'attache une importance particulière à un autre passage qui semble attribuer à Protagoras la doctrine que les propriétés des objets n'ont aucune réalilé tant qu'elles ne sont pas perçues par l'homme ^ C'est un trait qui n'élait pas dans Platon. Pour infirmer ces témoignages, on invoque un cinquième passage de la Mélaphijsique. En définissant les notions d'unité et de mesure, Aristote, après avoir établi que la vraie mesure c'est l'unité, ajoute: « Nous disons aussi que la science est la mesure des choses et nous en disons autant de la perception, parce que nous acquérons des connaissances o-ràce à elles. Par le fait, cependant, elles ont besoin d'être mesurées plutôt que de pouvoir servir de mesure ; c'est comme si nous voulions connaître notre taille en la mesurant au bras d'un autre. [Le bras n'est pas un étalon.] Protagoras dit que l'homme est la mesure de tout: c'est comme s'il disait, les êtres doués de science et de perception, facultés que nous considérons comme les mesures des objets. Tout en

1. Aristote, Mélaphys., x, 6, p. 1062, b, 1. 13; m, 4, p. 1007, b, 1. 22; m, 5, p. 1009, a, 6.

'2. Ibid.. VIII 3, p. 1047, a, 1. G.

ayant l'air de dire quelque chose de très fin, il ne dit donc qu'une banalité ^ » Si je comprends bien, le philosophe veut dire que le mot de Protagoras n'a rien de particulier, si on donne au mot « mesure » une extension abusive, et que Terreur de Protagoras consiste à ne pas distinguer entre le sens vague et le sens strict de ce mot, à faire de la perception individuelle l'étalon de la vérité. Quoi qu'il en soit, un seul passage, dont la portée peut être discutée, ne saurait prévaloir contre quatre passages clairs et explicites.

Au début d'un autre écrit, Protagoras déclarait : « Pour ce qui est des dieux, je ne puis savoir ni s'ils sont ni s'ils ne sont pas -. » Il est vrai que douter n'est pas nier ; il est vrai encore qu'il y a une différence entre savoir (sîoÉvai) et croire (vo[j.tÇ£tv). Mais doit-on penser, avec M. Gomperz, que Protagoras ne cherchait pas à ébranler la croyance à l'existence des dieux? Dans le dialogue de Platon, Protagoras raconte un mythe dans lequel figurent Zeus et les autres dieux. Mais il ne donne ce morceau de son invention que pour un mythe (p-ùOcç), non pour un récit vrai {loyoç)-'. C'est une espèce d'allégorie à l'appui de la thèse que le sens de la justice et la vertu politique sont donnes à tous les hommes. Ce mythe, que Platon semble avoir emprunté à Protagoras luimême, ne donne aucune indication sur les opinions religieuses de ce dernier, et il semble peu probable

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