‹ Études sur l'antiquité grecqueChapitre 42 sur 121 · Platon, Prolay., x, p. 320 C · texte numérisé non relu

Platon, Prolay., x, p. 320 C

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qu'un écrit que les Athéniens firent brûler sur la place publique ait été respectueux de ces opinions. M. Gomperz va jusqu'à dire que Protagoras eût peutêtre approuvé ces paroles écrites par Ernest Renan, peu de temps avant sa mort: « Nous ne savons rien,... n'affirmons rien, ne nions rien, espérons. » Nous avons peine à nous persuader que Protagoras fût aussi sceptique à l'endroit de son scepticisme.

Si M. Gomperz atténue singulièrement le scepticisme de Protagoras, s'il n'est pas éloigné de faire de ce philosophe un dogmatique, cela tient surtout, si je ne m'abuse, à une découverte qu'il croit avoir faite. Il veut que le traité hippocratique Uzc,\ ri/y-f^ç soit de la main de Protagoras. L'étude consacrée par M. Gomperz à ce traité est un petit chef-d'œuvre de science pénétrante. Il en constitue le texte, le traduit en allemand, établit, par une fine analyse des procédés de raisonnement, de la phraséologie, du style, qu'il appartient au dernier tiers du v- siècle. Le traité ou, pour mieux dire, le discours en question, est une apologie de la médecine. Dès le début, l'orateur indique nettement le genre d'adversaires qu'il se propose de réfuter. Les détracteurs de la médecine sont détracteurs de tous les autres arts: « Ils font métier de vilipender les arts et métiers (ràç xé/vaç). Ils déprécient les inventions utiles, non pour les perfectionner, mais pour faire parade devant les ignorants d'une science qui ne consiste qu'en vaines paroles. » L'orateur déclare laisser le soin de venger les autres arts et métiers à ceux qui en sont capables ; le présent discours se bornera à défendre la médecine

contre les attaques de ces gens. Cependant on lit plus bas (ch. x) : « Ce qui concerne les autres arts et métiers sera expliqué à un autre moment et par un autre discours. » Je ne sais trop comment concilier les deux passages. Dans le premier, qui est le plus explicite, l'orateur dit qu'il ne s'occupera que de médecine, les autres arts n'étant pas de sa compétence- On peut donc croire qu'il est médecin. Le second passage semble impliquer que nous nous trouvons en présence d'un homme prêt à discourir sur toutes les matières, d'un sophiste, comme on disait alors. D'après M. Gomperz, ce sophiste ne serait autre que Protagoras. En effet, Protagoras avait écrit sur tous les arts, à commencer par l'art de la lutte ', Platon nous apprend qu'on pouvait trouver chez lui de quoi disputer contre chacun de ceux qui font profession d'un art quelconque-. On veut nous persuader qu'en s'exprimant ainsi, Platon fait allusion au llsoi -éyyr^ç et à d'autres discours du môme genre où les arts étaient, non pas contestés, mais défendus contre les attaques des sophistes. Sans doute, l'auteur du Usf'. xéyyr^:; ne ménage pas certains médecins, les charlatans, qui ne sont médecins que de nom et qui jettent un discrédit immérité sur l'art de la médecine; mais il faut beaucoup de bonne volonté pour croire que Platon ait en vue des arguments de ce genre, quand il caractérise comme nous venons de le voir

1. C'est de ce passage de Platon que vient le Ttepl TtàX-oç dans la liste des ouvrages de Protagoras (Diog. Laert., viii, 55), où il figure comme un écrit à part.

2. "A ôct TTpbç ey.aaTOv aùxbv tov ôr)[j.toypybv àvTctTrstv. Platon, Sophisli, XX, p. 232 D.

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des discours qui portaient le titre expressif de Kxtx- C-iÀÀovTE;, et qu'il ajoute : « Puisqu'ils discutent sur tout, et qu'il est impossible qu'un homme sache tout, comment un ignorant pourrait-il rien dire de solide contre l'homme compétent? » Aristote cite un des arguments dont Protagoras se servait dans le discours où il réfutait les géomètres (IXsy/.wv toùç ysojas-ça;) ' : <^ Il n'existe, disait-il, aucune ligne, ni droite, ni courbe, telle qu'ils l'imagflient, aucune tangente qui ne touche le cercle que dans un point. » Voulait-il seulement prouver que la géométrie avait son point de départ dans le monde matériel et que les définitions des géomètres, leurs points sans étendue, leurs lignes sans largeur, étaient abstraits des objets sensibles ? Nous ne le pensons pas. Il voulait, comme Sextus Empiricus, saper la géométrie par la base et démontrer qu'elle n'était pas une science. Mais le passage du Sophiste de Platon suffit pour établir que l'Apologie hippocratique de la médecine n'est pas de Protagoras, mais que, tout au contraire, elle a pour objet de réfuter Protagoras et les sophistes de son école.

En soutenant sur un point spécial une thèse contraire à celle de M. Gomperz et en motivant longuement notre manière de voir, nous entendons lui témoigner la haute estime où nous tenons ses travaux. Il importe de réfuter avec soin les erreurs des savants qui jouissent d'une grande et légitime autorité ; quant aux erreurs des autres, il est moins

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