Aristote, -l/e7a/)/i., ii, p. 99n, a
LES PREMIERS PENSEl'RS GRECS. 121
nécessaire d'y insister. Mais avons-nous assez fait ressortir tout le mérite du présent livre? Pour achever de le caractériser, signalons un de ses plus grands attraits. M. (lomperz ne se confine pas dans la vieille Grèce ; il rapproche sans cesse les penseurs de jadis de ceux des temps modernes, en descendant jusqu'à nos contemporains. Par ces excursions à travers les siècles et les pays (car tout ce que Ion écrit en allemand, en français, en anglais, en italien, lui est familier , il ne donne pas seulement à son exposition l'intérêt de la variété, il fait aussi mieux comprendre les questions, et il éclaire l'évolution philosophique en montrant comment les intuitions primitives ont été confirmées, modifiées ou écartées à mesure que les connaissances se sont accumulées et que les méthodes sont devenues plus rigoureuses.
A la fin de son avant-propos, M. Gomperz dit, en s'appropriant un mot de Gustave Flaubert : « Je fais tout ce que je peux pour élargir continuellement ma cervelle et je travaille dans la sincérité de mon cœur; le reste ne dépend pas de moi. » Nous ne pouvons mieux terminer cet article qu'en reproduisant une déclaration qui fait tant d'honneur à l'auteur du présent ouvrage.
PHÉRÉGYDE DE SYROS '
Sous le litre Xew classical fragments and other gveek and lalinpapytd {Oxïord, 1897), MM. Bernard P. Grenfell et Arthur Hunt viennent de nous donner un recueil de textes sortis du sol de l'Egypte qui offrent tous de l'intérêt, mais parmi lesquels la palme revient sans contredit à un fragment de la riîVTsyj/oç du vieux Phérécyde de Syros, qui passait pour le plus ancien prosateur grec. Nous avons là, dans une écriture du ni- siècle après notre ère, le haut de deux colonnes consécutives, en tout vingt-cinq lignes. Or, nous „ne possédions jusqu'ici que deux citations textuelles de Phérécyde, très courtes ; elles ne formaient que quatre petites lignes chacune. Par le plus grand des hasards, l'une de ces citations se retrouve sur le papyrus, mais elle s'y présente sous un jour nouveau, parce qu'on voit maintenant le contexte dont elle faisait partie. Gela peut nous apprendre, à nous autres philologues, à nous défier àes conjectures fondées sur des citations détachées.
1. Revue des éludes grecques, 189", p. 1 et les suiv.... Un nouveau fragment de Phérécyde de Syros.
Nous voyons ici par un exemple instructif combien il est facile de s'y tromper du tout au tout.
Clément d'Alexandrie * cite un texte de Phérécyde dont voici la traduction : « Zeus fait un voile (oxooç) firrand et beau, et il v brode la terre et osrénos 'c'està-dire l'océanj et la demeure d'Océan (rà 'i^^fr^ww ooSjxaTa). >) Dans un autre endroit, Clément demande ce qu'est le chêne ailé de Phérécyde et le voile brodé qu'il place sur ce chêne, ou bien, qu'il attache à ce chenet Voici comment on entendait ces deux passages. Phérécyde présentait la surface visible de la terre comme un grand voile brodé par Zeus et jeté sur un chêne comme sur un support, une charpente. Ce chêne est ailé, parce que la terre est suspendue au centre du monde. 11 était difficile, reconnaissonsle, d'imaginer une interprétation plus plausible. Sans doute, on aurait pu être arrêté par un scrupule. Clément prétend qu'en imaginant un voile brodé par Zeus, Phérécyde se souvenait du bouclier fabriqué par Héphsestos dans VIliade. Or, il n'y a aucun rapport entre les broderies de ce voile métaphorique et les spectacles figurés au centre et au bord du bouclier d'Achille. Mais Clément n'a-t-il pu faire un rapprochement forcé, une comparaison boiteuse ?
A notre grande surprise, le papyrus nous apprend que nous étions dans une profonde erreur. Le voile était un voile réel, et les broderies étaient des bro-