Pausanias, V
[?. S-J[v]((7ei. C'est ainsi que Blass [Rhein. Mus. LV, p. 101) a constitué ce vers après un nouvel examen du pap., en approuvant mon interprétation. Les premiers éditeurs avaient lu KAI. P.,
128 KTiDEs SLH l'antioliti': grecoue.
Avant y-is, on peut suppléer rioûÀoaa-., ou T-iccoj, ou oiowjxt, ou un autre verbe de ce genre. Zeus dit à Héra : « Je veux que les mariages t'appartiennent (soient ta part) », et il ajoute que ce sera là le yisaç, la T'.aYp de la déesse. Il la proclame ainsi ya;j.Y,'A;'a, TsXcîa. La conjonction v-/p semble indiquer qu'il vient de la saluer du premier de ces surnoms.
La suite n'a pas besoin de commentaire. Phérécyde marque bien le caractère typique de ce mariage divin, une des rares fables de la mythologie grecque qui aient une haute portée morale. On peut dire, en effet, que le mariage sacré, îcob; yàixo;, sanctifiait les unions légitimes, pour lesquelles on observait les rites dont le roi et la reine du ciel avaient donné l'exemple. Eschyle rappelle les gages de foi que s'étaient donnés Zeus et Héra ( Hpaç teXs-'x; xa\ A-.b; -tTTojaaxa;, pour tlétrirle crime de Clytemnestre, et il ajoute que les liens du mariage lient plus fortement que le serment*.
Très intéressant, on le voit, par le sujet dont il traite, le nouveau fragment est encore précieux comme spécimen du style de Phérécyde. Nous voyions ce très ancien prosateur un peu à travers les néo-platoniciens qui en parlent souvent, et je crains que nous ne lui ayons prêté involontairement quelque chose du jargon subtil et amphigourique où ces
lecture qui avait donné lieu à plusieurs conjectures, que je supprime.]
1 . Eschyle, Euménides, 214-218. — Je n" ose compléter la suite du morceau. Les éditeurs proposent : 'II oï [aïHi? ■^i^vs.]'ZAi Ô£?a[a£vy,: -h] ?â[po:]. Cependant nous en sommes au surlendemain du mariage.
philosophes ont noyé ce qu'ils rapportent de la risvTé- [xu/oç. Il appartient, nous l'apprenons maintenant, au groupe de ces vieux conteurs ioniens qui avaient précédé Hérodote. Rien de plus simple, rien de plus naturel, que ces membres de phrases juxtaposés qui se suivent comme ils peuvent, un peu au hasard, ces répétitions des mêmes particules, des mêmes verbes, des mêmes adjectifs, tous ces traits enfin qui dénotent l'inexpérience de la prose naissante, sans manquer cependant d'une certaine grâce naïve, d'une saveur d'archaïsme qui ne déplaît pas. Si l'on compare le style de Phérécyde à celui d'Hérodote, on ne peut méconnaître un certain air de famille, malgré la distance qui sépare l'enfance de la prose ionienne de sa maturité. Hérodote parle, et fait parler les personnages qu'il met en scène, sur le ton des conteurs qui l'avaient précédé; mais il perfectionne leur manière et il y met tout art qu'elle pouvait comporter sans faire tort au naturel.
Une dernière observation. Sur la deuxième colonne, le papyrus porte à gauche de la troisième ligne un slifjma (Ç) entouré de quatre traits. Ce signe n'indique certainement pas, comme supposent les éditeurs, le commencement d'un nouveau chapitre ; c'est un signe stichométrique, qui nous apprend que nous en sommes à la six centième ligne du présent traité. Paut-il entendre les lignes de notre papyrus ou les lignes normales de quinze à seize syllabes d'après les^ quelles on payait les copistes?' De toute fa^on, il
\. Voir Diels dans Hermès, 1832, p. 377 sqq; iSIomniseii, Ihid.j 1886, p. 146.
130 KTUDES SUR l'aNTIOUITK GRECQUE.
s'ensuit que l'ouvrage de Pliérécyde n'était pas trop volumineux: on pouvait s'y attendre chez un prosateur du vi*^ siècle avant notre ère. Dans l'article de Suidas, les dix livres des Généalofjies de Phérécyde d'Athènes sont à tort attribués à son homonyme. Diogène (I, 119) dit très exactement: Soj^sTa-. toj XI-js^'cj Tô piêXfov 0 GuvÉypxJ/sv. Le tout ne formait qu'un seul rouleau.
P.-S. — Au moment de terminer cet article, qui résume une communication faite, le 5 mars, à l'Académie des Inscriptions et Belles-lettres, je reçois un mémoire sur le môme sujet que M. Diels a la bonté de m'adresser. Le savant académicien de Berlin croit qu'il s'agit du mariage de Zeus et de XOovtV,, et il cherche à concilier le nouveau fragment avec les hypothèses bâties autrefois sur les citations de Clément d'Alexandrie. Il ne m'a pas convaincu. Je tiens à mon interprétation des mots yàp ako toù; yàixouç slvai. Sur un point, cependant, je constate avec plaisir que nous nous sommes rencontrés. M. Diels a pensé aussi au péplos des Panathénées à propos du chêne ailé.
L'ÉDUCATION ATHENIENNE
AU V" ET AU iV SIÈCLE AVANT NOTRE ÈRE
Le sujet traité dans le livre que nous annonçons est un de ceux qui excitent la curiosité la plus légitime, un des plus dignes d'être médités par l'historien comme par le philosophe. Quelle était l'éducation de la jeunesse à la plus belle époque d'Athènes? Comment furent élevés les hommes qui déployèrent une si prodigieuse activité à la guerre, dans les luttes politiques, dans les arts, les lettres et les sciences? Malheureusement, ce sujet est aussi obscur, aussi difficile à traiter, qu'il est intéressant. Et d'abord, nos informations sont très incomplètes ; quelques pages de Platon et d'Aristote, quelques vers d'Aristophane, un certain nombre d'allusions, de mentions accidentelles, éparses dans divers écrits, ne suffisent pas pour tracer un tableau complet. On est tenté de sup-
1. Journal des Savants, 18S9, octobre, p. 601 et suiv. — L'Éducation athénienne au V<^ et au /V^ siècle avant Jésus-Christ, par Paul Girard, maître de conférences à la Faculté des lettres de Paris. Paris, Hachette, 1SS9, iv-340 pages, in-S», avec 30 figures dans le texte. [Un deuxième tirage a paru en 1891. Voir aussi les articles Éducation et Ephébie publiés par le même auteur dans le Dictionnaire archéologique de Saglio.î
l'A'2 i':tudi:s sur l'amiocitÉ grecque.
pléer à notre ignorance au moyen des données fournies par les auteurs d'un âge postérieur, et la plupart de ceux qui se sont occupés de cette matière n'ont pas su éviter cet écueil. Ils ne distinguent pas assez les siècles, ou, tout au moins, ils présentent les choses de manière que le lecteur ait besoin d'un grand effort d'attention pour ne pas les confondre. C'est là le défaut de l'ouvrage dans lequel M. Grasberger a rassemblé avec beaucoup de soin tout ce que l'on peut savoir de l'éducation des Grecs et des Romains.
Une autre difficulté provient de la liberté athénienne. Tandis qu'à Sparte la loi réglait les exercices, les jeux, l'existence tout entière de la jeunesse et, on peut ajouter, la vie journalière des hommes de tout âge, le père de famille athénien était libre de donner à ses enfants l'éducation qu'il lui plaisait. Il est vrai que Socrate, en énumérant dans le Crilon les bienfaits des lois d'Athènes, dit qu'il leur doit d'avoir appris la gymnastique et la musique'. Il semble donc qu'une prescription légale obligeait l'Athénien à faire donner à ses fils ce double enseignement. Mais, outre que cette prescription est vague et laisse une grande latitude, on ne voit pas quelle pouvait en être la sanction. A Lacédémone, quiconque n'avait point passé par tous les degrés de l'éducation officielle et n'avait point pris part à tous les exercices imposés par la loi (t7. vôai[;.a), tout ce que Xénophon, en adoptant sans doute un terme lacédémonien, appelle les
J. Voir Crilon, p, nû, D.
l'éducation athénienne. 133
belles choses (rà xaXà), ne jouissait pas de la plénitude'des droils de cité qui consliluait le Spartiate proprement dit. Rien de pareil n'existait à Athènes. La prescription visée par Platon était-elle simplement une annexe à cette autre loi de Solon qui enjoignait au fils de nourrir ses vieux parents et ne le dispensait de celte obligation que dans le cas où le père ne lui eût pas fait apprendre un métier?' Quoi qu'il en soil, il n'y avait pas d'écoles publiques à Athènes, et la cité n'intervenait dans l'éducation des enfants que par certains règlements de police. Les écoles devaient èlre fermées avant la tombée de la nuit. Les adultes autres que les membres de la famille ne devaient point y entrer; l'État se bornait à protéger autant que possible la moralité des enfants. Nous sommes portés à exagérer l'influence de l'État sur l'éducation chez les anciens. Nous la voyons généralement à travers les systèmes de Platon et d'Aristote. Pour ces philosophes, l'État est une grande maison d'éducation; mais ils admirent les institutions de Sparte, qu'ils adoptent en les corrigeant et les idéalisant, et Aristote atteste, en le déplorant, que, dans la plupart des cités grecques, liberté entière était laissée au père de famille. Vivre£Ljaisser jïiïre^lÊlle étalLJa maxime d'Athènes. Aristote regarde cette liberté laissée aux individus comme un reste de l'état primitif de l'humanité, antérieur à la formation des États, ou plutôt des cités. En parlant des villes dans lesquelles chacun élève ses enfants comme il lui plaît, Aristote ^ dit