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colique ni rêverie. » Ces derniers sentiments auraientils été, en effet, étrangers aux anciens? Ou'on ne puisse les découvrir dans les compositions où l'artiste nous montre l'enfant se livrant à ses jeux avec l'insouciance de son âge, ne nous en étonnons pas; comment en aurait-il été autrement? Mais j'en appelle au vieil Homère, à cette scène, mêlée de larmes et de sourires, où Hector embrasse son petit enfant et souhaite que le fils devienne un jour plus brave que son père et réjouisse le cœur de sa mère. L'Ajax de Sophocle forme aussi le vœu que son fils montre un jour de quel père il est né et il envie cette ignorance enfantine qui préserve la jeune Ame des chagrins de la vie.

Si nous sortons de la première enfance pour en venir à l'éducation proprement dite, on sait qu'elle était, dans la vieille Grèce, de la plus heureuse, la plus enviable simplicité. Elle répondait à cette civilisation hellénique, si parfaite en son genre, tout en étant si voisine de la nature. On formait le corps par la gymnastique, on formait l'âme par la musique. Courir, sauter, lutter, chanter, ce sont là autant d'exercices auxquels tous les hommes s'adonnent instinctivement. Mais, dans la vieille Grèce, l'observation et la réflexion firent trouver d'assez bonne heure une suite d'exercices gradués ; les méthodes se perfectionnèrent, et l'art raisonné des pédotribes florissait, Pindare l'atteste, tout particulièrement à Athènes ^ On cultivait surtout les cinq exercices du pentathle,

1. Cf. Pindare, Xcm., V, 47 : Xpr^ o à-' 'AÔavàv téxtov' àsô/r,-

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la course, le saut, le disque, le javelot, la lutte, exercices dont la combinaison développait tous les membres, toutes les parties du corps, d'une manière harmonieuse. La culture du corps primait d'abord celle de l'ûme, et la gymnastique parvint avant la musique à constituer une science, une méthode raisonnée, propre à donner au jeune homme la santé, la vigueur, la souplesse, le courage, la confiance en soi-même. Les Grecs étaient jaloux de perfectionner leur corps, d'en faire une œuvre d'art. Ils pensaient (jue la meilleure manière d'honorer les dieux, de les remercier de leurs dons, c'était de montrer à leurs fêtes combien ils étaient beaux et vigoureux et de réjouir les immortels par cette joyeuse offrande.

Quant à la musique, les philosophes la considérèrent plus tard comme le plus puissant moyen d'éducation de l'àme : mais, convaincus qu'elle pouvait dépraver les mœurs aussi bien que les former, ils la surveillaient jalousement. On connaît les théories de Platon. Des musiciens qui avaient beaucoup réfléchi sur leur art, tels que Damon, avaient préludé à la doctrine du philosophe. Mais faut-il attribuer des vues aussi profondes aux anciens législateurs? La plupart des Grecs, nous le savons par Aristote, ne voyaient dans la musique qu'un art d'agrément, un moyen d'orner l'esprit, plutôt que de régler les mouvements de l'âme. A Sparte, il est vrai, il y avait une musique officielle : les anciennes normes faisaient loi, et les magistrats veillaient à la conservation de ces normes, comme à celle des rites religieux dans les fêtes publiques, comme à celle des

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lois civiles et politiques. C'est qu'à Spatte tout était stationnaire. Les lois, ou plutôt les usages, qui présidaient anciennement à l'éducation des Hellènes n'ont pas été dictées par une profonde sagesse; elles n'ont fait qu'obéir au génie de la nation. A une certaine époque, le goût de la musique se répandit dans l'aristocratie grecque : les nobles, succédant aux vieux aèdes, aimaient à tenir d'une main l'épée et de l'autre la lyre. Je suis à la fois, disait l'un d'eux, serviteur du dieu des batailles et savant dans l'aimable art des muses :

'Afiçéxepov, OîpiTttov [kvi 'Evjaî.c'oto avaxTo; xal Moucrétùv èpaTov Sàipov kTumâ.ii.evoç.

Tout le monde connaît la scène de Ylliade dans laquelle Achille, renonçant aux travaux de la guerre, chante en s'accompagnant de la lyre. Ce trait est isolé dans le poème; on ne voit rien de pareil non plus dans V Odyssée; ne daterait-il pas d'une époque assez voisine des Archiloque et des Alcée? Quoi qu'il en soit, il laisse prévoir l'avènement des poètes de noble lignée. C'est ainsi que le chant et la cithare, avant toute prescription légale, s'introduisirent insensiblement dans l'éducation libérale, celle des hommes libres. Le législateur n'était ni un Charondas, ni un Solon ; c'était le génie du peuple grec.

On sait que la musique grecque, l'art des Muses, comme son nom l'indique, est intimement liée à la poésie. Pendant très longtemps la musique instrumentale était subordonnée à la musique vocale : l'instrument ne servait qu'à accompagner le chant,

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et le chant lui-même s'accommodait à la parole. Il en fut toujours ainsi dans l'instruction de la jeunesse : les enfants apprenaient à s'accompagner de la lyre en chantant. Il est vrai que le vase de Douris et d'autres monuments nous montrent des écoliers apprenant à jouer de la flûte, et il est évident qu'on ne saurait chanter en soufflant dans cet instrument. Aussi la flûte (Aristole l'atteste) n'eut-elle qu'une vogue passagère chez les Athéniens. Les meilleurs esprits Texcluaient des écoles, pour l'abandonner aux virtuoses de profession'.

Plus populaires encore que les mélodies et les vers des poètes lyriques, étaient les récits des vieux conteurs, ces poèmes épiques, qui ne gardaient plus que dans la mesure des vers le souvenir de l'accompagnement primitif. Le fait le plus saillant de l'éducation hellénique, c'est que les poèmes homériques en sont le point de départ, le fondement, le noyau. Homère est le grand éducateur de la nation ; c'est le lait dont on nourrit l'enfant et qui semble encore doux à la vieillesse. Aucun âge n'en est sevré ; et il ne faut pas demander quels pouvaient être les avantages de la lecture d'Homère. Dans VIliade et dans VOdyssée,

\. M. Girard (p. 168) tire d'un frag'nienl de Pratiiias la preuve qu'au début du v^^ siècle on remplaça les joueurs de flûte volontaires par des musiciens à i;ages, et il croit que le poète se plaint de cette innovation. Il n'a pas lu attentivement les beaux vers cités par Athénée, XW, p. G17, (;.-F. Si Pratinas dit qu'on doit imposer silence au Phrygien qui chercîhe à dominer la voix du clianteur (ua-jî tov «l'p-jy' àotSo-j ttoixO.o'J Trpoa/éovTa), il donne ce nom d'esclave, « le Phrygien », non pas au musicien, mais à l'instrument venu de Phrjgie; c'est la flûte qu'il rappelle à l'ordre, qu'il entend subordonner au chant.

pour ne parler que des deux épopées qui d'assez bonne heure éclipsèrent les autres, se trouvent les souvenirs brillants des hauts faits de jadis. Là est Timage de la vie humaine, là sont les modèles, les deux types éternels du courage et de la ruse. Homère est le lien de toutes les tribus grecques, séparées par la diversité des dialectes de tant de cités rivales, jalouses de leur indépendance. Il est le lien des g"énérations qui se succèdent ; à travers les changements des idées et des mœurs, il conserve l'unilé de la nation grecque, et quand mainte production, inspirée par lui dans les lettres ou dans les arts, tombe dans l'oubli, le vieux poète ne vieillit point, il ne cesse de rester présent à toutes les imaginations et à tous les esprits. Depuis qu'on a recueilli les vieux chants par écrit, et que les enfants commencent, non seulement à les réciter par cœur, mais aussi à les lire, les livres d'Homère sont les premiers qu'ils épèlent, et c'est alors que la légende fait du divin aède un maître d'école. Au cithariste et au pédotribe, il faut donc ajouter le grammatiste, pour compléter le nombre des professeurs que fréquentent à Athènes tous les enfants de naissance libre dès le v"" siècle.

Cependant, à côté des~grands tableaux de la vie humaine, d'où l'on pouvait tirer les leçons les plus diverses, mais qui par eux-mêmes ne donnaient aucun enseignement particulier, on aimait à placer des lectures plus directement morales. Ainsi s'introduisirent dans les écoles les poèmes hésiodiques, qui proclament les lois de la justice et du travail, qui résumaient, par la bouche de Ghiron, les lois reli-

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gieuses et politiques. On y ajoutait les vers sentencieux de Théognis prêchant la fermeté d'âme, la résignation, et aussi les bonnes manières de l'homme / bien élevé, du convive aimable, qui sait, comme dit/ Pindare, « cueillir la sainte fleur des plaisirs de la vie », oox7T£?v Ispbv eùCojaç aojxov'.

Plus tard seulement, vers le milieu du ix" siècle, à ce qu'il semble, le dessin devint un objet d'enseignement, sinon général, du moins très étendu. On attribue les méthodes de cet enseignement à Pamphilos d'Amphipolis, peintre savant, versé dans la géométrie, comme à une autre époque Léonard de Vinci. Tout récemment, des graphites découverts à Délos ont montré combien la justesse des yeux et l'habileté de la main étaient familières à la jeunesse grecque"-.

Les enfants devaient aussi apprendre les éléments du calcul; mais il est curieux qu'à ce sujet aucun renseignement relatif au v^ siècle ne nous soit parvenu. Nous ne pensons pas que l'arithmétique ait tenu une très grande place dans le système pédagogique des Athéniens de cette époque. On se souvient des vers dans lesquels, bien plus tard, Horace oppose l'éducation des Romains, capable de former des financiers, aux libérales traditions de la Grèce. Platon déclare que tous les Grecs confondent les mesures linéaires avec les mesures carrées et cubiques, et il rougit de cette ignorance de ses compatriotes^

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