‹ Études sur l'antiquité grecqueChapitre 49 sur 121 · Nauck, Trag. Gr. fr. Adesp., 166 (2« cdition · texte numérisé non relu

Nauck, Trag. Gr. fr. Adesp., 166 (2« cdition

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d'abord de ces derniers. Horace dit excellemment des Hellènes: Prœter laiidem niil/iiis avari. On trouverait difficilement une autre nation dans l'existence de laquelle les concours, les prix à disputer, aient tenu plus de place. Nulle fête n'y était sans concours. Les jeux auxquels on distribuait des prix pour les exercices les plus divers du corps et de l'esprit étaient innombrables dans la Grèce. Ils formaient comme un réseau couvrant tout le pays et, comme tous ne donnaient pas la même célébrité, et que, au-dessus des jeux locaux, les grands jeux nationaux offraient aux athlètes des palmes plus glorieuses encore, les efforts étaient sans cesse stimulés et l'ambition tenue en éveil. II en est de même dans la vie politique : les décrets honorifiques et les couronnes entretiennent l'émulation parmi les citoyens.

Nous voyons très nettement dans la vieille Grèce les avantages et aussi les inconvénients d'un principe d'ailleurs excellent et fécond. La gymnastique devait développer tous les muscles, toutes les aptitudes et toutes les énergies du corps, également et harmonieusement. Mais celui qui ambitionnait les couronnes des jeux publics s'adonnait à un exercice spécial au détriment des autres. Voulait-il obtenir des prix à la course ? Il se faisait des jambes fortes et agiles, en laissant grêles les bras et le haut du corps. Le lutteur, le panera tiaste donnaient un relief prodigieux à certains muscles du bras et de la poitrine, en négligeant, eux aussi, l'équilibre du corps tout entier. M. Girard assure, il est vrai, que les athlètes étaient à la fois fêtés et méprisés par les Athéniens,

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et il cite à l'appui de celte opinion des vers de Xénophane et d'Euripide. Mais qu'est-ce que prouvent les protestations de ces poètes penseurs? Elles indiquent, ce me semble, ce que nous voyons ailleurs, que l'opinion ne jugeait rien plus enviable que les couronnes des athlètes. Sans doute les hommes sensés résistaient aux engouements de la foule, maislesentiment public les approuvait. Il y avait donc dans l'athlétisme un danger réel pour l'éducation physique des jeunes Grecs.

Ce que l'athlétisme était pour la gymnastique, la virtuosité l'était pour les études musicales. On trouve à ce sujet dans Aristote des plaintes qu'on dirait de notre temps. Aristote ne veul pas qu'on exerce les enfants aux difficultés, aux tours de force, qui, dit-il, se sont introduits aujourd'hui dans les concours, et des concours ont pénétré dans l'éducation'.

Passons au grief essentiel que les penseurs d'une époque plus éclairée avaient contre l'antique système d'éducation des Grecs. Toute nourrie de poésie et d'art, cette éducation s'adressait trop exclusivement à l'imagination. Quand, arrivée à la maturité de sa raison, la nation se mit à examiner les rêves de son jeune âge, elle y trouva beaucoup à reprendre. Les philosophes qui étudiaient la nature estimèrent enfantines et fausses les fables du fleuve Océan, des coursiers du soleil, delà foudre de Zeus. D'autres protes-

1. Aristote, Polilique, V (VIII), 6, p. 1341 : Eî [jlÔts -rà Trpô; To-jçàYWva; Toùç Tôyvf/.o'jç ôtaTrovoïsv, (jirjTe xà 6au[jLoc(rta xal 7r£ptT-« twv k'pywv, a vûv èAr,X-jO£v sic Toùç àyàivaç, èx 8è T«i)V aYwvwv eî;

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tèrent, au nom de la morale et de la dignité divine, contre les passions qu'Homère et les autres poètes supposaient aux immortels, contre la conduite qu'ils leur prêtaient. Les historiens se mirent à éplucher les récits des temps héroïques, à les condamner comme contraires à la vraisemblance et à la vérité. Les orateurs enfin comprirent que, dans la vie civile et politique, rien n'était plus utile que l'art de persuader au moyen de la parole : ils demandèrent que l'enseignement de cet art eût sa place dans l'instruction de la jeunesse. A mesure que la prose l'emportait sur la poésie dans la littérature, elle tendait naturellement à lui disputer aussi le rôle déducatrice, qu'elle prétendait remplir plus avantageusement. C'est dans la seconde moitié du v'' siècle que s'engage la lutte entre l'ancien système d'éducation et le nouveau. Une comédie écrite dans les premières années de la guerre du Péloponnèse mettait aux prises deux jeunes gens formés aux deux écoles. Ils se posent mutuellement des questions embarrassantes. L'un, qui ne s'est jamais occupé de chicane, ne saitexpliquerles termes de droit employés dans les lois de Solon. L'autre, esprit pratique et dédaigneux des poètes, ne comprend point les mots de la langue homérique. La philosophie et la rhétorique, d'abord mêlées et confondues, ne tardent pas à se séparer et à se combattre. Les philosophes prétendent être les vrais orateurs, les rhéteurs déclarent que leur art est la vraie philosophie. Les uns et les autres font la guerre à l'éducation poétique et voudraient détrôner le vieil Homère. L'esprit national résiste à ces prétentions excessives,

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les tendances nouvelles ne parviennent point à ruiner la vieille éducation éminemment hellénique; mais elles se font une place à côté et au-dessus de cette éducation. Grâce à elles, un enseignement supérieur, à l'usage des hautes classes de la société, se superpose à l'enseignement populaire. Ce nouvel enseignement entre de plus en plus dans les mœurs, et, dès le iii*= siècle, on le voit officiellement consacré dans l'institution de l'éphébie.

Cependant Homère continue de nourrir l'enfance ; on cesse même de l'attaquer au nom d'une raison plus éclairée. Les lumières nouvelles s'accommodent aux antiques traditions, ou les plient de façon à se les accommoder. Plus la philosophie gagne de terrain, plus elle peut devenir tolérante ; quand elle est devenue assez forte pour diriger les âmes, quand c'est à elle, et non plus aux poètes, que les hommes demandent une règle de conduite, la poésie, réduite à un rôle plus modeste, ne paraît plus dangereuse. Platon avait banni Homère de sa cité; les stoïciens l'acceptent à condition qu'il devienne un précurseur de leurs doctrines, et, grâce à l'interprétation allégorique, ils parviennent à trouver dans ses poèmes des idées qu'ils y mettent eux-mêmes. Plus sensé, Plutarque ne demande à Homère que ce qu'il peut donner, il veut qu'on le lise avec discernement, en faisant des réserves, en corrigeant des croyances enfantines, des conceptions morales encore confuses, par les lumières d'une sagesse plus éclairée. Homère ne cesse donc point d'être une espèce de Bible pour les Hellènes; mais il n'est plus qu'une Bible poétique, el cela

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est si vrai que les écoles chréliennes de Constantinople conservent ce vieil éducateur de la nation et laissent subsister dans les écoles, à côté des Écritures sacrées, ce qu'on peut appeler les Ecritures profanes. Nous voilà loin du livre de M. Girard, et nous nous apercevons un peu lard que, entraîné par les considérations que nous suggérait la lecture de l'ouvrage, nous avons négligé d'en donner une analyse suivie et complète. L'auteur ne nous en voudra pas, car un résumé, nécessairement sec et incolore, aurait donné une idée bien imparfaite de l'agrément avec lequel il a su exposer les résultats de ses recherches consciencieuses. Pour apprécier l'art de la composition, goûter les qualités littéraires unies à la sûreté des informations et à la précision des détails, il faut lire le livre; et c'est ce que feront tous les amis de l'antiquité.

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