‹ Études sur l'antiquité grecqueChapitre 51 sur 121 · LVi. llpô -rj-j :pt).o(70^£Îv, èv tr] TtatpîSi · texte numérisé non relu

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et dans d'autres villes pour llétrir des abus ou des vices. Cependant, à y regarder de plus près, elle en diffère et elle doit être placée vers la fin de la période sophistique de Dion. Les Rhodiens décernaient avec la plus grande légèreté des statues aux hommes influents, mais ils s'en tiraient à bon compte. Ils mettaient tout simplement d'autres inscriptions sur la base d'anciennes statues accordées autrefois aux bienfaiteurs de la cité. Il est injuste, dit l'orateur, de reprendre des récompenses méritées; il est imprévoyant de décourager de nobles ambitions. Partout il se conforme aux opinions rerues sur limporlance de ces honneurs, sans s'élever à des considérations vraiment philosophiques. Il faut remarquer cependant que le sujet ne permettait pas à Dion de traiter ces distinctions de vanités mondaines. Un autre argument a plus de portée sans être pourtant, ce semble, tout à fait décisif. L'orateur creuse son sujet de manière à ne laisser de côté rien de ce qui est dans la cause. Il aligne des arguments souvent si voisins les uns des autres qu'il fallait une grande subtilité d'esprit pour les trouver et qu'on a besoin d'une attention soutenue pour les distinguer. C'est là le procédé des discours d'apparat tel que l'appliquera plus tard Aristide avec non moins de sagacité, et avec plus d'ennui pour le lecteur. Mais il faut dire que Dion ne dépouillera jamais complètement les habitudes contractées à l'école des sopiiistes. Un indice plus sur est fourni par l'exorde. Dès l'abord on s'aperçoit que l'homme qui parle ne professe pas les principes d'un philosophe cynique et ne porte pas

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le costume de la secte : vous croyez sans doute, ditil aux Rhodiens, que je suis venu ici pour vous entretenir de mes intérêts particuliers. Quand il aura ostensiblement rompu avec le siècle, l'idée ne lui viendra plus qu'on puisse lui supposer de pareils motifs. Ici Dion est encore sophiste, mais son esprit s'achemine visiblement vers un plus noble emploi de ses rares facultés. Dans ce discours, justement admiré par les anciens, il rivalise, non sans bonheur, avec la Leptinéenne de Démosthène. C'est la même fécondité dans l'invention, la même biendisance, le même charme moral. Parfois le ton s'élève jusqu'à la plus noble indignation, quand l'orateur fait honte au peuple d'une cité illustre de trembler devant tout liomain, de flatter bassement des hommes obscurs, comme des chiens sans courage qui font fête à quiconque entre dans la maison '. La péroraison respire le patriotisme hellénique le plus mâle et le plus éclairé. L'orateur ne cache pas que la Grèce a des maîtres et doit se résigner à l'obéissance ; il sait, et il le déplore, que son ancienne grandeur n'est plus attestée que par les pierres, par les ruines de ses monuments; que dans la plupart des villes autrefois illustres les hommes ont dégénéré, les caractères se sont abaissés. Cependant il y a encore place pour des vertus privées et même pour de modestes vertus civiques; que chaque municipalité se gouverne avec justice et sagesse, qu'elle honore ses patrons sans

1. xxxi, 114 : Tô ùï o'jxw; ovtaç èTriTriiJ.O'j; y.xt 6a-j(j.a!^o[j.£vouç Tcxpà Ttâatv àvâyxriV £/eiv oWnsp tovç àYôvvîï: xvva; aat'vEiv xov uaptôvra, Seivdv.

lâS ÉTUDES SUR l'aNTIQUITK fJRECQUE .

•servilité ; que les enfants de la Grèce restent fidèles aux vieilles mœurs, que par la dignité de leur maintien, par la modération dans les plaisirs, par la mesure en toutes choses, ils se montrent de vrais Hellènes,

Un passage peut servir à déterminer plus exactement la date du discours aux Rhodiens. Au paragraphe 12-2, Dion l'ait un grand éloge de Musonius Rufus, le même contre lequel il avait écrit autrefois. On croit généralement, et .M. d'Arnirn partage cette opinion, que Vespasien permit à IMusonius de rester à Rome quand, en 71, il bannissait les autres philosophes de la capitale et de l'Italie. Cela se lit en ell'et dans les extraits que nous a laissés Xiphilin du LXVP livre de Cassius Dion i ch. xui). Mais les abréviateurs ne résument pas toujours avec exactitude, et c'est ce qui arriva ici à Xiphilin. La chronique d'Eusèbe porte à la date de 833 après la fondation de Rome : Titus Miisonium Riifiim de exilio revocat. Ce renseignement précis, tiré probablement du De viris illiistribus de Suétone, est tout à fait digne de foi et doit primer le récit de Xiphilin. Nous savons par Tacite que Musonius, banni par Xéron, rentra à Rome et dans le sénat après la mort de ce prince. S'il fut rappelé d'un nouvel exil par Titus, il avait donc été banni par Vespasien. On comprend maintenant que Dion, à l'époque oij il partageait encore les préventions des rhéteurs contre les philosophes, ait justifié la politique impériale en écrivant contre Musonius. Quand, dix ans plus tard, Musonius fut rappelé par le fils de Vespasien, Dion avait fait de

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salutaires réflexions : le discours dans lequel il s'exprime avec tant de sympathie au sujet de Musonius doit être placé sous le règne de Titus.

On pourrait relever, dans d'autres discours encore, des indices de la réforme morale qui se préparait insensiblement dans l'esprit de Dion. Citons encore deux passages du Troïciis qui nous ont frappé, et presque étonné, au milieu de ce jeu d'esprit. L'orateur déclare incidemment que c'est une lâcheté de craindre la mort et la douleur ', et il dit à propos de la mendicité d'Homère que rien n'empêche que le sage ne mendie et ne soit traité défont Voici maintenant par suite de quels événements s'accomplit cette réforme morale.

Dion fut banni par Domitien, non comme philosophe (il ne l'était pas encore), mais pour des raisons qu'il a expliquées lui-même au début du discours prononcé à Athènes après son exiP. C'est sa liaison avec un membre de la famille impériale, suspecté et condamné par Domitien, qui lui attira cette mesure de rigueur. Empérius a démontré que le noble Romain dont l'intimité fut funeste à Dion n'était autre que Flavius Sabinus, gendre de Titus, qui fut mis à mort en 82. L'exil de Dion ne prit fin qu'avec l'avènement de Nerva ; il dura donc quatorze ans. Pendant ce temps il se trouvait banni, non de tout

1. ,M, 10 : "Oaw: 6k Tiiayj.iy [xkv oJ ^iko-jm -rà Setvà oià OctXtav, cpoêo-j[A£V0[ TO-JÇ T£ 9avà-roy; xal tàç à'/.jrfiô^nxz-

2. //}., 16 : K())).-J£t yàpo-jôkv av5pa o-oapov tttwxcvjîiv o-jok [j.atv£T&a; Soxïïv. Cf. VIII, 30 : Oî ttoàaoI xotTscppôvo-jv aùto-j (Diogène) -/.ai [Aai'veiôai ïcpaTav.

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