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l'empire, mais de Bome, d'Italie et aussi de la Bithynie, son pays natal. Rome était le théâtre de ses triomphes oratoires. i\Iais avec les sentiments que nous pouvons lui supposer dès lors, il dut regretter davantage encore la patrie qu'il avait toujours aimée et à laquelle l'attachaient tant de liens, sa femme, son enfant, les amis qu'il y laissait, ses propriétés, ses intérêts qui périclitaient. Il supporta ce malheur avec dignité et noblesse. Dédaignant de se faire pardonner à force d'adulations, il renonça au bien-être de l'existence heureuse à laquelle il était habitué et se résigna à une vie de dures privations, gagnant une maigre subsistance par le travail manuel, se louant comme journalier à des laboureurs, des baigneurs, des jardiniers, errant par les provinces de l'empire dont l'accès ne lui était pas interdit et, vers la fin de ces années de dures épreuves, en dehors de l'empire jusqu'à Olbia sur le Borysthène et dans le pavs des Daces'. -Les circonstances l'ayant ainsi poussé à renoncer à tous les biens que le monde chérit, il se trouva naturellement attiré Aers la doctrine des philosophes qui enseignaient le mépris de tous ces biens, jusqu'à revêtir le costume et à embrasser la vie des Cyniques. L'existence errante et le costume de mendiant lui étaient aussi imposés par

1. Cf. Philostrate, Vil. Sophist., i, '. Cet écrivain se montre très bien renseigné sur la vie de Dion. Aussi ne puis-je croire, avec Empérius et Arnim, qu'il mette en doute lexil de l'ami de Sabinus. Il faut interpréter autrement les mots : tv^ Zï i; -x rt-'.v.ot. sôvvi îîipooov -ro-j i'/ù^h; ç-jyrjV jj-ev o*jy. ihô> 6vo(1,dcv£'.v, i-E'.ÔTi (j-r, r.poTc-iybr^ ajTôJ svvîîv. Philostrate veut dire que, Dion n'étant point banni de l'empire, son voyage dans le pays des Gètes ne peut s'appeler un exil.

le souci de sa sécurité, car il ne laissa pas de parler et d'écrire contre le tyran qui persécutait alors tous les philosophes.

Un assez grand nombre des écrits de Dion peuvent être rapportés aux quatorze années de son exil, soit avec certitude, quand ils renferment des allusions aux faits contemporains, soit avec probabilité, à cause de leur ressemblance avec les premiers. Parmi ces écrits, les quatre discours qui portent le titre Diogène (VI, VIII, IX, X) se font remarquer par leur étendue et par une rédaction plus soignée. Dion se plaît à mettre en scène ce héros de l'ascétisme; il se sert de la parole du maître pour prêcher l'effort, la lutte contre les passions, le dédain des besoins factices, le renoncement absolu, le retour à l'état de nature. Ces principes sont de tous les temps; cependant Diogène ainsi évoqué n'est pas un personnage abstrait : Dion le fait revivre avec son tour d'esprit mordant et paradoxal ; il le place au milieu de son siècle sans commettre d'anachronisme. Mais le présent ne ressemble-t-il pas au passé? Si Diogène ne se lasse pas de professer le plus profond mépris pour les sophistes de son temps, ses invectives atteignent la sophistique que Dion a abjurée, et qu'il attaque maintenant avec la même véhémence qu'il avait fait autrefois la philosophie. Si Diogène démontre qu'il vit dans son tonneau mieux et plus agréablement que le Grand Roi dans ses palais de Suse et d'Ecbatane, s'il dépeint les inquiétudes, les craintes du tyran, l'épée de Damoclès constamment suspendue sur sa tête, et s'il ajoute que le monarque est d'autant plus

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malheureux qu'il règne sur plus de peuples et que son empire s'étend sur une plus vaste étendue de pays, puisqu'il ne lui est pas même loisible de se réfugier ailleurs, il est à croire que les auditeurs et les lecteurs de Dion reconnaissaient Domitien sous les traits du roi de Perse. Ils reconnaissaient plus facilement encore sous le masque de Diogène l'homme qui s'efforçait d'imiter par un détachement absolu le grand modèle dont il les entretenait. Deux morceaux représentent Diogène aux jeux isthmiques, où il est allé pour observer les vaines passions, les infirmités morales des foules réunies. On peut en induire que Dion aimait aussi à se donner le spectacle des panégyres de la Grèce et à y prêcher la bonne parole qui affranchit l'homme. Ailleurs Diogène s'entretient avec un Athénien qui est à la recherche d'un esclave fugitif, et il lui fait voir que l'indépendance et le vrai bonheur consistent à savoir se passer de serviteurs. Nous avons un assez grand nombre de morceaux dans lesquels Dion converse ainsi avec un seul interlocuteur, dont il s'efforce de rectifier et de préciser les idées au moyen de la méthode socratique, et qu'il tâche de convertir à la vraie sagesse. Une fois (dans le morceau intitulé Cliryséis, LXI) il s'adresse à une femme. A côté de ces conversations (StàXoyot), on remarque des conférences (o-.aXÉçô'.ç), des allocutions, des sermons prêches à la foule attirée par la parole du maître ambulant. Ces deux genres se mêlent quelquefois, quand une assistance nombreuse est venue écouter le dialogue engagé avec une seule personne. M. d'Arnim classe et analyse ces

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morceaux, presque tous, suivant lui, prononcés dans les années d'exil. Il estime qu'ils n'ont pas été rédigés par Dion, mais notés par des auditeurs et recueillis plus tard par un éditeur. Cela explique que la plupart de ces morceaux nous sont parvenus dans un état fragmentaire.

On peut dire, d'une manière générale, que pendant cette période de sa vie, Dion répudie plus complètement qu'il ne le fera plus tard les procédés du discours d'apparat qu'il avait cultivé autrefois. Il prêche la doctrine de la sectecynique avec la chaleur d'un néophyte, il est intransigeant sur les principes de l'ascétisme, qu'il pratique alors, auxquels il conforme sa conduite; quand il sera rentré dans le monde, force lui sera de se relâcher de cette rigueur, de faire des concessions. L'ami de Vespasien et de Titus est devenu républicain sous Domitien, la persécution lui a inspiré la haine du régime impérial : dans les discours de ce temps, les termes de monarque et de tyran sont des synonymes indifféremment employés l'un pour l'autre.

Dion, qui connaissait de longue date la société polie et lettrée de son temps, avait eu l'occasion d'observer le peuple, auquel il se mêlait en errant, pauvre et inconnu, de province en province. Mais en dehors de l'empire vivaient des hommes non encore modelés par la civilisation gréco-romaine, des hommes indomptés, qui défendaient leur liberté contre les maîtres du monde ; le philosophe moraliste tenait à étudier dans leur propre pays ces Daces qui avaient victorieusement tenu tête aux légions de Domitien.

De celle excursion il rapporta un livre, les Gelica, sur lequel nous n'avons que très peu de renseignemenls par Jordanès, qui le cite quelquefois ^ Dion était revenu en Mésie et se trouvait dans le camp romain, quand la nouvelle de la mort de Domitien et de la proclamation de Nerva y parvint. Depuis Caligula, les prétoriens avaient fait les empereurs; depuis Galba, les légions les avaient plusieurs fois imposés. Aussi n'étaient-elles pas d'humeur à accepter un maître élu par le sénat, l'ne sédition allait éclater parmi les soldats, quand Dion sauta sur un autel et, en récitant ces vers de \ Odyssée : a Alors il se dépouilla de ses haillons, le prudent Ulysse », se fit connaître. Comme il avait une grande réputation et savait parler aux foules, sa harangue contribua beaucoup à réprimer les velléités de rébellion. Il avait d'anciennes relations avec le nouvel empereur, son patron et son ami : son coynomen Coccéianus l'indique assez. Cependant il voulut tout d'abord revoir sa famille et sa ville natale. Des affaires et une maladie contractée dans les dures années d'une vie vagabonde ne lui permirent de se rendre à Rome qu'après la mort de Nerva. Il y vint chargé d'une mission de ses concitoyens, mais il se donna lui-même une plus haute mission auprès du soldat éprouvé, de l'homme ferme, juste et bon, que Nerva avait adopté et déclaré son successeur. Trajan, le souverain qu'Agricole, au rapport de Tacite, avait appelé de ses vœux, devait inaugurer une suite

1. Voir l'édition de Dion par J. d'Arnim. pivlaci^ du 11^' vn- J«me,

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de règnes bienfaisants. Désormais monarque et tyran n'étaient plus synonymes pour Dion. Admis à parler devant Trajan, il lui adressa des discours, des sermons philosopliiques, sur les devoirs de la royauté; nous en possédons quatre, placés en tète du recueil, et le fragment d'un cinquième, qui {)orte le numéro XII. La forme de ces discours est ingénieusement variée, le fond est partout le même. Pour gouverner les hommes, il faut commencer par se gouverner soimême, se dévouer sans égoïsme au bien public, à la mission divine des souverains. Le grand modèle à imiter, c'est Héraclès, le bienfaiteur de l'humanité tel que l'avaient conçu, en corrigeant la fable, Antisthène et l'école cynique. Portant ses regards plus haut encore, le roi doit toujours avoir devant les yeux l'exemple de Zeus, dieu souverain qui gouverne le monde avec une suprême bonté. C'est alors qu'il méritera le beau nom de roi fria<7'.X£'jç), dont le tyran est indigne.

Le premier discours du recueil est aussi le premier en date, M. d'Arnim l'a parfaitement établi. L'orateur débute par une anecdole ; il raconte comment Taulète Timolhée, se produisant la première fois devant le grand Alexandre, l'électrisa, le remplit d'ardeur guerrière par un air martial ; mais sa musique n'avait pas le don d'inspirer les autres vertus, la modération, l'équité, la piété : c'est là le privilège de la parole des sages. Après cet exorde, Dion trace l'idéal du souverain, qu'il termine par ces mots : « Je viens de dire simplement quel doit être le bon roi. Si quelques traits de cette image s'appliquent à toi,

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il faut le féliciter de ta sage et bonne nature, il faut nous féliciler, nous qui en jouissons. » Le deuxième point, esquissé ici pour être plus amplement développé ailleurs, c'est l'admirable ordonnance du monde, établie par Zeus, le père et le roi de tous, de qui les rois tiennent leur pouvoir et auquel ils doivent s'efforcer de ressembler. Enfin le mythe d'Héraclès est placé dans la bouche d'une femme inspirée que l'orateur prétend avoir rencontrée dans un bois solitaire de l'Élide. Elle l'aurait chargé de raconter cet apologue au grand souverain qu'il rencontrerait un jour et de lui dire : « Le fils de Zeus continue, comme il fit pendant sa vie terrestre, de châtier les tyrans; il sera ton auxiliaire et ton gardien tant que lu gouverneras en roi. »

Il est évident que Dion prononça ce beau discours avant dètre admis dans rinlimité de Trajan. Il est évident aussi que c'est plus tard seulement qu'il a pu lui dire dans le discours III : « Je te connais, je connais tes vertus », déclaration après laquelle il fait l'éloge direct de l'empereur. Cependant il n'y insiste pas trop longtemps : quoique personne, dit-il, ne puisse me soupçonner de flatteries puissants, je me bornerai, pour éviter l'apparence de la flatterie, à parler en général du roi tel qu'il doit ètre^ M. d'Arnim établit fort bien que le premier discours doit être de l'an lOô, quand Trajan revint de la Germanie à

1. Je pense toujours que les parojjraphes 12-24 ne sont i^as inconciliables avec la suite du discours, ^'oir mes Ohservationn sur le lexle de Dion Chrysoslome {Revue de philologie, 1898, p. 63\

Rome, et le troisième de l'intervalle entre les deux guerres de Dacie (103-105), années que Dion passa de nouveau à Rome près de l'empereur. Il est moins facile de dater les deux autres discours, et notre auteur ne dissimule pas que ses conjectures à ce sujet peuvent laisser place au doute. C'est que ces deux discours ne contiennent pas un mot qui s'applique directement à Trajan. Le deuxième met en scène le jeune Alexandre et son père Philippe. Le disciple d'Aristote apprit à tirer d'Homère et aussi d'autres poètes, mais d'Homère surtout, des leçons de courage et de toutes les vertus, particulièrement de celles qui conviennent à un roi guerrier. Philippe se félicite de confier l'éducation de son fils à un pareil gouverneur. IXous avons là un des exemples les plus curieux et les plus complets de l'enseignement philosophico-littéraire chez les anciens : le texte sacré des vieilles épopées est ingénieusement accommodé à la morale d'un autre temps. On dirait aussi que Dion veut insinuer qu'il appartient aux philosophes d'élever les futurs souverains. Comme l'orateur insiste surtout sur les vertus d'un grand capitaine, M. d'Arnim pense que ce discours est le dernier des quatre, et fut prononcé au moment où Trajan se disposait à partir de nouveau pour le Danube.

C'est encore Alexandre que nous retrouvons dans le quatrième discours, celte fois en conversation avec Diogène. Le philosophe sermonne le jeune prince avec la rude franchise des cyniques, il le fait rentrer en lui-même, et lui montre tout ce qui lui

manque encore pour être roi clans la pleine acception de ce terme. II décrit tour à tour le prince esclave de la volupté ou de l'avarice ou de la vaine ambition, les génies (oa''|jt.ov£ç) qui président à ces trois genres de vies perverses. On lit à la fin du discours : « Chantons maintenant le génie, le dieu, bon et sage, et ceux qui ont obtenu de vivre sous sa garde grâce à la faveur des Parques, à une saine éducation et à l'empire de la raison. » Ces mots annoncent-ils une péroraison perdue? M. d'Arnim le supposait autrefois, il pense maintenant qu'ils devaient être suivis d'un chant en l'honneur du génie de l'empereur : le discours aurait été composé pour l'anniversaire de la naissance de Trajan, fête, on le sait, consacrée au geniiis . La conjecture est très séduisante. Celle qui attribue le troisième discours à un autre anniversaire de ce genre est moins fortement motivée.

On vient de voir dans ces discours Alexandre et un joueur de flûte, Alexandre conversant avec Philippe, Alexandre conversant avec Diogène, toujours Alexandre. Pourquoi le même personnage figure-t-il dans trois discours sur quatre? J'en cherche la raison, et voici ce que je trouve. Trajan paraît avoir eu une grande admiration, une espèce de culte, pour le héros macédonien. En entreprenant l'expédition contre les Parthes, il nourrissait l'ambition d'égaler la gloire du conquérant de l'Asie ; il visita le palais de Babylone pour offrir un sacrifice aux mânes d'Alexandre dans la chambre même où le héros était mort. Dans le Banquet de Julien, Trajan, admis à la table des dieux, s'empresse de s'asseoir à côté

d'Alexandre. On peut croire qu'Alexandre avait toujours été son héros préféré.

On ne saurait mieux louer celui que Constant Martha appelait « le prédicateur ordinaire de Trajan' » qu'en citant un éloge qui vient de haut. Voici comment s'exprime à son sujet ]\Iarc-Aurèle dans un passage dont on n"a pas, que je sache, fait remarquer la portée : « Je dois, dit-il, à Thraséa, à Helvidius, à Galon, à Dion, à Brutus, d'avoir conçu limage d'une république qui se gouverne d'après les principes d'une parfaite égalité des droits, et d'une royauté qui respecte avant tout la liberté des sujets-. » Le dernier membre de phrase ne peut se rapporter à aucun des quatre républicains nommés plus haut ; il vise évidemment Dion et ses discours -iç,\ paT-Às-'aç.

Avec les discours Bilhyniens, l'horizon se rétrécit et les intérêts en jeu sont d'un ordre inférieur. Tout en étant philosophe et citoyen du monde, Dion avait, comme Plutarque, l'amour de sa ville natale et se dévouait à son service. C'est à Prousa qu'il résidait habituellement; sans doute, il fit beaucoup de voyages, mais on ne lui connaît d'autre absence prolongée que son séjour à Rome entre les deux guerres Daciques. Pour sa personne, il faisait profession de pauvreté, il avait renoncé aux ambitions mondaines;

l. C. Martha, Les moralistes sous l'Empire romain (1865', p. 304. M. d'Arnim semble ne pas connaître ce beau livre, dans lequel un chapitre est consacré à Dion, ni la thèse du même auteur Dionis philosopliantis effigies.

1. Marc-Aurèle, Commentar., I, 14 : rvoiva; Opa-Tsav, 'F,\oiotov, KaTwva, Aj'tova, Bpo-j'ov, 7.at cpavrairi'av /.aosiv Tro/.tTct'a; cTOvôjj.ou, y.ax' inôz-rf-a. xal Inr^'fopioi.w Sioi-/.o-j[j.£vr,ç, v.yÀ [ioi.'jù.zioLz 7(aa)i7r,ç ■jîâvTwv (jAIit^t. -r|V klz-jbzp'.ct.'/ twv àpyouivoiv.

170 KTUDES SUR l'aNTIQUITÉ GRECQUE.

cependant il crut devoir servir l'ambition de ses concitoyens, user pour eux du crédit dont il jouissait près de Nerva et de Trajan. Autrefois il avait aimé à orner sa campagne de somptueux portiques ; désormais il consacrera son temps et les restes de sa fortune ébréclîée à l'embellissement de la ville de Prousa, et il engagera les plus riches de ses compatriotes à y contribuer par des dons volontaires. Il descendra, comme commissaire, à des besognes qui n'étaient ni de son goût ni de sa compétence : vérifier les comptes et les travaux exécutés, calculer, mesurer, surveiller dans la carrière l'extraction des matériaux. Un zèle si touchant fut mal récompensé : il eut à se défendre continuellement contre les accusations des jaloux et des malveillants. La faveur môme de l'empereur leur fournissait un moyen de le dénigrer : ils lui reprochaient de la tiédeur pour les intérêts de la cité, prétendaient qu'il aurait pu obtenir pour elle des privilèges beaucoup plus étendus. Ils criaient que, sous couleur d'ouvrir de larges rues et de reconstruire la ville sur un plan plus magnifique, il la bouleversait, la détruisait, dt^plaçait des monuments, profanait des sanctuaires, se conduisait en vrai despote. On voit que les choses se passaient à Prousa comme à Paris. Dion répondait à ces critiques, à ces calomnies, par des harangues dont plusieurs sont venues jusqu'à nous. La plus jolie porte le n" XLVII: il se défend avec une douce ironie, emploie la méthode socratique avec infiniment d'esprit.

Ailleurs Dion se fait le conseiller de sa ville natale et des autres villes de la Bithynie où il jouissait des

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droits de cité. La vie municipale était encore très intense sous la domination romaine. Anciennement chaque ville avait été un État indépendant, toute la vie politique s'était concentrée dans la 7:0X1?. Quoique les temps fussent changés, Prousa et Apamée, Nicée et Nicomédie,se disputaient le premier rang, ni plus ni moins qu'Athènes et Sparte avaient fait jadis : les mots étaient restés les mêmes; on parlait toujours des Ttpwxeïa à défendre, comme Démosthène avait fait dans ses harangues. Comme alors, les deux villes rivales cherchaient à s'entourer de villes secondaires, disposées à sou tenir leur parti : chacune avait sa clientèle, sa ligue, qu'elle ménageait et accroissait par des flatteries. Elles en appelaient aux gouverneurs romains, et ces derniers profitaient de leurs vaines querelles pour tyranniser impunément les provinces. « Infirmités helléniques » ('EÀÀr,vtxà àwaoT-/,pxra), disaient les Romains en haussant les épaules. En eiïet, les Grecs s'amusaient au simulacre de la vie politique des ancêtres, de même qu'ils applaudissaient au simulacre de l'éloquence que les rhéteurs exhibaient devant eux. Dion ne cesse de les rappeler à la réalité, tantôt avec douceur, tantôt avec une rude franchise. Dans un discours prononcé enCilicie, mais qui doit être rapproché des discours Bithyniens, il s'écrie : « On a honte pour vous en voyant vos haines, vos querelles, compagnons de servitude qui vous disputez la gloire d'être les premiers'. » En

J. Tarsien, Il (xxxiv), § 54 : Ta 6k xaiv vviv à[i/^i<7o-q-rt\i.a.T:x xal 7x aÏTta rri; àmyJido(.^ v.'y.'/ ala/uvôrivat [j.ot So/eï -rt; av Io(iv k'ari yàp ô[;.o5rj-j),wv Tcphç àXXr|/.ou; èpi^ôvTwv mpi ôdÇ/jç xal TrpwTecwv.

172 lÎTUDKS sun l'antiouiti-: gkecque.

même temps que la douceur des rapports entre voisins, il prêche une conduite sensée et digne dans les relations avec les maîtres, sans acrimonie, sans bravade, mais aussi sans servilité. Il ne veut pas non plus détourner ses contemporains de toute noble ambition. Ouelles que soient les circonstances, l'homme s'honore par des efîorts virils, en luttant contre l'avarice, contre rintempérancc, en travaillant à se rendre meilleur.

Que Dion s'efforce de ramener la paix entre des cités brouillées par une rivalité mesquine ou entre les citoyens d'une même ville, il montre un grand bon sens pratique, il parle en homme bien informé des circonstances particulières et en connaisseur du cœur humain. Mais il parle aussi en philosophe spéculatif; il motive ses appels à la concorde par les considérations les plus élevées. Faites, dit-il à ses auditeurs, comme les corps célestes, ces dieux visibles, entre lesquels il n'y a point de discorde ; instruisez-vous parle spectacle de l'univers: l'harmonie qui y règne en garantit la stabilité. On s'étonne de trouver de pareils arguments longuement développés dans des harangues politiques : ces lieux communs de l'école semblent déplacés dans une assemblée délibérante. Comment se l'ait-il que les auditeurs de Dion aient eu la patience de les écouter? 11 se peut que le théâtre ait fait leur éducation ; les pièces d'Euripide, où les morceaux de ce genre foisonnent, se jouaient toujours. Ajoutez qu'ils avaient pris le goid des développements brillants dans les exhibitions oratoires dont les régalaient les rhéteurs.

On peut distinguer des harangues prononcées dans les assemblées délibérantes les discours d'un caractère plus général, conl'érences morales adressées à un public nombreux réuni sur la place publique ou dans le théâtre, sermons prêches aux foules bruyantes qui peuplaient les grandes villes de l'empire. Le plus beau de ces discours, le modèle, c'est sans contredit VAlexamlvina (XXXVI). L'orateur entreprend de faire réfléchir sérieusement la populace la plus frivole qu'il y eût jamais, ces Alexandrins fous de chansons licencieuses et des courses de l'hippodrome, qui se démenaient comme des maniaques dans les théâtres et les cirques, toujours prêts à se moquer des étrangers et tout particulièrement des Romains, leurs maîtres, à les insulter, à faire des émeutes qui leur attiraient des châtiments sévères. La tâche était difficile : comment imposer silence à une populace tumultueuse et faire écouter de dures vérités? Sans doute les Cyniques jouissaient d'une espèce de privilège : on s'était habitué à leur franc-parler ; on leur permettait detoutdire. Or Dion se présentait comme un de ces personnages chevelus, à longue barbe, vêtus d'un manteau grossier. Mais le peuple supportait ces sermonneurs, parce qu'ils étaient peuple, parce qu'ils l'amusaient de leurs saillies bouffonnes, de leurs propos indécents, ordiiriers même ; Dion n'appartient pas à cette plèbe cynique, il ne veut pas être confondu avec des confrères aussi compromettants. Malgré des hardiesses de langage qui commandent l'attention, des traitsd'esprit, des saillies qui pouvaient charmer les auditeurs, il semble que la

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voix d'un orateur qui donne des avertissements si graves, qui met si rudement le doigt sur les plaies, ait dû être couverte par les huées du peuple. Pour le garantir contre cette mésaventure, tout son talent ne suffisait point; il lui fallait une autre protection. M. d'Arnim l'a très bien compris. C'est que Dion était l'ami de Trajan, et que tout le monde le savait. Les Alexandrins comprenaient que le philosophe avait une mission officieuse, qu'il parlait au nom de l'empereur quand il leur faisait sentir que la surveillance romaine était un bienfait pour eux, qu'ils avaient besoin de ce frein pour contenir leur folie, quand il leur rappelait les libéralités du maître et leur laissait entrevoir, s'ils étaient sages, une visite impériale dans leur ville et de nouvelles faveurs.

Il ne reste qu'un fragment du discours prononcé à Kélames de Phrygie (XXXV). C'est un éloge de la richesse de cette ville, de l'abondance qui y règne, du bonheur des habitants : ils ont dû tressaillir d'aise, sans deviner où l'orateur voulait en venir. 11 enduit de miel le bord de la coupe, pour faire avaler la boisson salutaire. — La population de Tarse était mêlée. Les colons venus d'Argos avaient subi l'influence de l'Orient, s'étaient efféminés au contact des hommes et des mœurs de Phénicie. Dans la Tarsica prior (XXXIII), Dion leur fait honte de cette déchéance, et, puisqu'ils sont toujours fiers deleur origine hellénique, il voudrait les ramener aux mâles vertus des Hellènes d'autrefois.

La Borysihenilica (XXXVI), au contraire, olTrc l'image vivante d'une vieille cité grecque séparée de

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la mère patrie, perdue au milieu des Scythes, toujours en péril d'être envahie par le flot de la barbarie qui l'enveloppe, mais résistant vaillamment à la conquête par la mâle vertu guerrière de ses citoyens, à la déchéance morale grâce à un trésor religieusement conservé, les poèmes d'Homère. C'est tout ce qui leur reste du patrimoine hellénique, mais cela suffit pour qu'ils continuent d'être de vrais Hellènes. Au retour d'une expédition militaire, leurs chefs d'abord, puis tous les habitants, entourent l'apôtre de la sagesse hellénique et lui demandent de les instruire. 11 leur parle de justice, du gouvernement des États, et il leur montre dans l'ordre harmonieux de l'univers, de la cité divine, le modèle idéal des cités humaines, initiant ainsi des âmes simples et fortes aux plus hautes conceptions du Portique.

L'art au service de la religion, tel est le sujet du beau discours prononcé par Dion en 105' devant les Grecs assemblés àOlympie. Voici les idées principales développées par l'orateur. L'homme puise la connaissance qu'il peut avoir des dieux à plusieurs sources. La première notion des êtres divins est inhérente à la nature humaine, commune aux Grecs et aux Barbares, à tous les êtres doués de raison. Enfant des dieux, nourri par leur providence des fruits de la terre, en quelque sorte allaité par l'air, entouré jour et nuit de dieux lumineux, l'homme fut initié, dès qu'il sut réfléchir, à leur connaissance et à leur

1. Cf. XII, 16 sqq. Arnim p. 40j établitau moyen de ce passage que Dion se rendit à Olynipie après avoir assisté, sur les bords du Danube, au début de la seconde guerre Dacique

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culte, et bien insensés ceux qui nient leur puissance prévoyante, qui les relèguent oisifs dans quelque coin de l'univers et se l'ont une divinité du plaisir des sens. Ensuite viennent les poètes, qui insinuent, les législateurs, qui imposent des croyances, les artistes, qui font voir aux yeux les figures divines, les philosophes, qui en déterminent et en épurent l'idée. Laissons les autres ; en présence du Zeus Olympien de Phidias, demandons-nous si cette statue répond à l'idéal divin ([ue nous pouvons concevoir. Elle est belle et imposante jusqu'à frapper d'admiration, si cela était possible, les animaux qui en approchent ; elle ravit les hommes au point de leur faire oublier tous leurs chagrins. Mais cette figure humaine dont l'artiste a revêtu Zeus est-elle digne de la divinité ? Question d'autant plus importante que la conception de Phidias s'est imposée aux imaginations : les hommes ne se figurent plus Zeus que sous les traits que lui prêta son art merveilleux. Mis en jugement, voici ce que Phidias pourrait répondre : J'ai suivi une opinion très ancienne, celle de nos poètes, de nos aïeux. .Je ne pouvais figurer la raison elle-même, les hommes ne l'ont jamais vue que sous l'enveloppe de la figure humaine, (jui en est pour eux l'unique symbole. H fallait donc donner à Zeus cette figure, ou renoncer à le représenter. Dira-t-on qu'il faut se passer d'images? Mais il ne suffit pas aux hommes d'aborder de loin les habitants du ciel : comme les enfants séparés de leurs parents tendent vers eux leurs petites mains en rêvant, les hommes veulent avoir leurs dieux près d'eux, les toucher, les encen-

ser, les couronner de fleurs. Si vous condamnez l'anthropomorphisme, prenez-vous-en à Homère, non à moi, qui ai représenté Zeus plus dignement et plus sagement que lui, autant que le permettaient les limites où mon art est enfermé, Homère était libre de faire marcher sur la terre des dieux dont le front louche le ciel ; au moyen de la parole, le plus souple des instruments, il pouvait les montrer se mouvant, parlant, agissant. Le statuaire a pour juges les yeux, plus difficiles à tromper que les oreilles; obligé d'animer une matière dure et résistante par un travail long, obstiné, d'avoir durant des années présente à l'esprit sa conception de la divinité, il ne peut la rendre que par une image immobile, toujours la même. Aussi Phidias n'a-t-il pas figuré le dieu qui lance la foudre; l'eùt-il pu, il ne l'aurait pas voulu. Son Zeus, calme, doux, paisible, vraiment royal, vraiment paternel, répond aux plus belles épithètes, aux plus nobles qualités du dieu souverain, protecteur de l'amitié, de l'hospitalité, de la sociabilité. On voit ici, comme ailleurs, les idées religieuses intimement liées aux idées politiques ; mais ce qui charme surtout dans cet admirable discours, c'est de découvrir en l'austère ascète un enfant de la vieille Grèce, un véritable Hellène.

De tous les ouvrages de Dion, aucun n'a trouvé plus de lecteurs que l'^'w/voï/co.ç (VII), et il mérite bien celte popularité. Il est vrai que ceux qui n'y voient et n'y goûtent qu'une agréable idylle (et c'est peutêtre le plus grand nombre; n'en ont pas saisi la portée. Nous sommes d'abord transportés dans le

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coin le plus sauvage et le plus désert de l'île d'Eubée, au milieu d'une famille toute patriarcale, vivant paisiblement de ses troupeaux, de la chasse et d'un peu d'agriculture, parmi des hommes sains, vigoureux, hospitaliers, pauvres et parfaitement heureux. L'histoire de celte famille est racontée avec une charmante bonhomie par un de ses chefs. Un jour il était obligé d'aller en ville : un sycophante l'avait accusé de s'être retiré dans la solitude pour cacher ses richesses et se soustraire à l'impôt; de là, un procès, où le contraste des deux parties sert à mettre en relief la simplicité de Phonnéte campagnard. D'autres scènes nous font connaître les enfants de ces paysans et leurs amours ingénues. A mesure que l'on avance dans ces pages délicieuses, la morale du récit, l'éloge de la pauvreté, devient plus sensible ; enfin, dans la seconde partie du discours, l'auteur expose directement ses vues. Que les pauvres soient plus hospitaliers, plus généreux que les riches, on peut l'induire du témoignage involontaire d'Homère et des poètes, qui ne laissent pas, d'ailleurs, d'admirer l'opulence, et dont les vers reflètent les opinions du monde. Dion a fait voir, par un exemple, que la pauvreté n'exclut pas une existence dont peuvent s'accommoder leshommes libres qui veulent travailler de leurs mains, qu'elle est plus salutaire que le luxe des riches, plus conforme à la nature de l'homme. Cet exemple réalise l'idéal de la secte cynique mieux que le chenil de Diogène. Mais il n'est guère possible de ramener la société humaine à celte simplicité primitive ; il faut compter avec la réalités et là se

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posent pour le philosophe des problèmes difficiles. Que deviendra le pauvre dans les villes, où le loyer, les vêlements, la nourriture sont chers, où tout, excepté Teau, s'achète à prix d'argent? Eh bien, même dans les villes, l'ouvrier libre (èXs'JOeooç toyàrr,ç, § 107) peut encore trouver des occupations ([ui le feront vivre honnêtement et heureusement, sans descendre à des professions honteuses, ou nuisibles à la santé du corps et de l'âme, ou servant au raffinement d'un luxe corrupteur. 11 n'y a point de honte à être ouvrière, vendangeuse, nourrice, à surveiller des enfants, à leur enseigner à lire ; mais il est honteux d'être paresseux. Dion ne veut pas que ses pauvres (tôjv vjfxeTÉpojv ttsvyitwv, i; 118), que les pauvres comme il faut (toùç xoa'j/o'jç ^:érr^xxç, i^ 107) préparent du fard, des parfums, décorent les maisons des riches d'ornements précieux ; il ne veut pas qu'ils soient acteurs, ni danseurs, ni crieurs publics, ni avocats éhontés, qui promettent l'impunité aux coupables comme aux innocents '. Ouanl au métier de leno, il demande qu'il soit interdit à tous dans toutes les villes, et il flétrit la prostitution avec indignation et éloquence. Là s'arrête le discours d'une manière abrupte; M. d'Arnim estime que la fin manque.

Nous nous sommes étendu sur les discours de la troisième période, les plus nombreux et les plus beaux du recueil. Le rhéteur s'est converti à la philosophie. Est-ce à dire que le vieil homme, je veux dire le sophiste rhéteur, ne se trahisse plus du tout 1

1. XetpOTÉxvaç (xkv yàp èÇ aÙTwv riva; àvâYXY, ysvsaôat, •{'/MiruQ' zéyya,!; 6È xat 8ixoT£)(va; ov&£[A!'a àvây/ri, § 12i.

Il perce en plus d'un endroit, et il ne pouvait guère en être autrement. De même que les brillantes frivolités de la jeunesse de Dion laissaient quelquefois pressentir des tendances d'esprit plus sérieuses, les nobles écrits de sa maturité rappellent souvent, soit en bien, soit en mal, sa première manière : on ne se défait jamais entièrement d'iiabitudes invétérées. Dion avait été un bel esprit ambulant, il devient un sermonneur ambulant : il prêche tantôt à Rome, tantôt dans les villes de l'empire, et il répèle parfois les mêmes conférences en différents endroits. Nous possédons encore l'introduction (TipoXaXiâ; écrite pour une reprise en province d'un des discours sur la Royauté prononcés devant Trajan (LVII). Grâce à ses premières études, il connaît toutes les ressources que peut offrir une langue aussi riche et aussi souple que le grec; il en dispose avec virtuosité soit pour improviser, soit pour écrire. Il lui arrive d'en abuser. Le III'' discours choque le lecteur par sa boursouflure et le fatigue par le cliquetis des assonances et la fréquence des symétries compassées. Mais ces excès sont rares. Généralement Dion nous séduit par la simplicité de son style, par un charmant laisser-aller qui n'exclut pas l'élégance. S'il a profité de la lecture assidue de tous les écrivains du grand siècle de la prose atlique, son modèle préféré c'est Socrate, tel que Platon le fait parler dans Y Apologie ou le Criion. Il a su fixer sur le papier l'inspiration du moment ; en le lisant, on entend un homme qui parle d'abondance, avec agrément, sans recherche. Il va où l'entraîne l'association des idées ; son discours (il aime

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à le direj est aussi vagabond que sa vie ; cependant il retrouve toujours le fil de ses idées et il va au but qu'il s'est proposé. Il en est de même pour le détail de la diction et la structure des périodes : car il use de la période, maiselle n'a chez lui ni l'imposante solennité du discours d'apparat, ni la mordante vigueur de l'éloquence militante, mais la libre allure du dialogue socratique.

Parlerai-je des problèmes que soulève l'état du texte? A côté de discours complets et bien ordonnés, le recueil en renferme qui sont mutilés ou se réduisent à des morceaux détachés, d'autres où règne une certaine confusion, où l'on remarque des doubles emplois. M. d'Arnim a soigneusement étudié ces différences de rédaction, etil en a lire, avec beaucoup de sagacité, des conjectures sur la formation du recueil et sur l'origine des pièces qui le composent. Pour ce qui regarde en particulier les passages parallèles, il estime avec raison que très peu proviennent d'interpolations, mais qu'ils sont tous, ou peu s'en faut, des variantes dues à l'auteur, des remaniements qui dénotent qu'un discours fut prononcé plusieurs fois devant des auditoires différents. Ces recherches intéressantes, mais forcément minutieuses, n'ont qu'un seul tort : ccluid'interrompre trop souvent la suite de l'exposition. On peut regretter que l'auteur, au lieu de les disséminer un peu partout, ne les ait pas réunies en un seul chapitre. Oue les lecteurs ne se laissent pas décourager par ces légers défauts de rédaction. Le livre deM. d'Arnim est le fruit d'une consciencieuse et pénétrante étude ; il est bien écrit.

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dans une bonne langue, claire et expressive, sans phrases, avec la chaleur de l'écrivain qui aime son sujet et qui sympathise avec un noble penseur dévoué au bien de l'humanilé et réglant sa vie sur ses principes : conduite qui témoigne d'une profonde conviction et d'une force de volonté semblables à celles que nous admirons dans la conversion de tel romancier apôtre de notre temps.

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