‹ Études sur l'antiquité grecqueChapitre 6 sur 121 · Fr · texte numérisé non relu

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LA CnOYANCE A l'iMMORTALITÉ DE I.'aME. 37

ajoute que ceux qui s'en sont rachetés au gré de ^ Perséphone reviennent au soleil d'en haut dans la neuvième année : ce sont les rois illustres, les athlètes forts et agiles, les sages, destinés à être invoqués un jour comme de saints héros/^

On a trouvé dans quelques tombeaux du territoire de l'ancien Thurii six feuilles d'or couvertes d'inscriptions qui remontent au iv'' siècle avant notre ère. On y lit des vers évidemment destinés à rappeler aux défunts le chemin à suivre sous terre et les paroles à prononcer afin d'être admis au séjour des bienheureux. La forme même de ces vers laisse deviner leur origine : ce sont les fragments d'un poème qu'on a désigné avec justesse comme le livre des moiis d'une secle orphique. Xous aurons l'occasion de revenir sur la plus longue de ces inscription», trouvée à Pétélia^

// Sur trois tablettes découvertes près du bourg de Corigliano -, l'àme du défunt s'adresse à Pereéphone, la grande déesse qui, d'après Pindare, que nous venons de citer, décide de la destinée des défunts.^-De ces trois tablettes, la deuxième et la troisième offrent le même texte, à très peu de chose près ; la première s'accorde avec ce texte pour les premiers vers, mais s'en écarte pour les vers suivants. Voici la partie commune :

« Pure et issue de pures, j'arrive devant vous, Reine des Enfers, Euclès, Eubouleus et vous autres dieux immortels ; car je me glorifie d'être, moi

1. Inscr. gr. Sic. el liai.. Éd. Kaibel, n» ô'SH. '2. Ihid., n» OU,

38 ÉTUDES SUR L'ANTlOUrn': GRECQUE.

aussi, de voire race bienheureuse. Mais je fus frappée par la Parque et le Irail du dieu qui lance la foudre. »

"Ep/ojxoii £■/. y.aOapâiv xadapà, /Oovûov paTt'Xîia, E-Jy-Xr,: E-joo-jXs-j; tî y.al àôivaro'. Ôïol a).).oi' y.al yàp èywv -jy-wv yévo; o)êiov cu/ofiat ei[i,îv. 'AX/.i |j.ï (j.oî'px) £oâ|J.ai7c-î y.at àdTîpo— r.Tà y.EpscjvôJv'.

Dans l'autre version, le dernier vers est légèrement varié et précédé de :

Tioivà; îj y.v-nzi-t'.<y[y.) ïp-'MV ï-nv.' o'jti O'.y.aiwv.

« Mais j'ai subi la peine d'actes injustes, quand je fus frappée par la Parque et le trait du dieu qui lance la foudre-. »

Voici comment je crois pouvoir aujourd'hui expliquer ces vers obscurs. On connaît le mylhe orphique suivant lequel les Titans, après avoir déchiré Dionysos, dévorèrent les membres du jeune dieu. Zeus les frappa alors de la foudre, et de leurs cendres naquit le genre humain. Le crime commis par les Tilans pèse encore sur leur postérité ; c'est là probablement le T.yXy.'.hv ttévOo; dont parle Pindare. Mais l'initiation aux mystères dionysiaques et la sainte vie orphique ont la vertu de laver les hommes de celte souillure originelle et d'en faire des purs (xaOxpoj;),

1 . Une tablette porte y.T-ic,cui.r-x y.îpa-jvov ;une autre aT7=po-r,Tt y.pa-jvwv. Nous suivons Dietcrich, De hymnis Orphicis, 1891, p'. 31.

2. Nous proposons S'jré (jls [Aoïp' £5a;j.i'7'TZT(o) o t' àiTEpoTiriTà y.îpa-jvàiv pour î'.'ts [j.z. aoip eôaixxTaTo eit xT-zç>o-Kr,-i y.pa-jvwv. Mais les cori'cclions de textes aussi fautifs sont extrêmement douteuses.

LA CROYANCE A l'iMMORTALITK DE l'aME. 39

des enfants du dieu dont la substance se trouvait mêlée aux cendres des impurs Titans. Délivrée de l'élément titanique et matériel, l'âme peut aspirer au séjour des bienheureux '■.

Après la partie commune des tablettes, voyons la seconde partie, pour laquelle elles diffèrent. On lit d'un côté : « Maintenant jeparais en suppliante devant la vénérable Perséphone, afin d'être admise par sa grâce au séjour des âmes pures. «

N-jv 8' izÉtt; r|/.w Tiao" àyvr|V <I>£pT£çôvîtav,

Voilà une humble prière. Dans la première des trois inscriptions réunies sous le n" 641, l'âme est sûre de son salut et triomphante. « J'ai pris mon vol, dit-elle, j'ai échappé au triste cycle des peines et des douleurs, d'un pied rapide j'ai atteint l'enceinte désirée, je me suis abritée sous le sein de Despoina, la reine des enfers. »

K-jy.)vO-j o' iËÉuTav pap-jTrevôÉoç, àpyaXéoto, £lJ.£pToij S' sTrÉêav ats^àvo-j tiotI y.apTraXt'jxo'.o-f, AsG'Trofvaç 5à CiTto xôXuov s5-jv yOovi'a; Sao-iXît'aç.

Et la déesse répond : « Fortuné, bienheureux, de mortel lu deviendras dieu. »

"OXêtE «a; [).y.y.y.pi<7~s, 6îo'ç ô' scrr, àvîl fipoToî'o.

1. Une observation de M. Tannery sur Tinscription de Pétélia [Rev. de philoL, 18fi9, p. J29) m'a suggéré l'explication que je donne ici des tablettes de Corigliano.

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LTUDLS SUR L ANTIOUITK GRECQUK.

Suit la formule sacramentelle: "Eo-.cpoç éî yy-X' £Z£Tov, (( je suis un chevreau tombé dans le lait ». Après avoir passé par des existences et des épreuves diverses, revêtu, pour son supplice, toutes sortes de corps, l'âme est enfin délivrée de cette entrave, sortie de ce tombeau qu'on appelle le corps. Kora et Dionysos ont écouté la prière que l'initié leur adressait dans le poème d'Onomacrite, « de le délivrer du cycle, de laisser respirer l'àme affranchie de la misère » :

K-jy.).o"J t" à/.Àvo'xi y.al àva'Vj^a'. ■/.a7.ÔTr|T'i:'.

Voilà le trait le plus saillant de la doctrine orphique sur la nature et la destinée de l'âme, la croyance à la métempsycose, la dure nécessité pour l'àme de renaître sans cesse en revêtant des corps divers. Le corps est pour elle une entrave, une prison, un tombeau ; l'existence terrestre, la vie d'ici-haut (il faut bien dire ainsi, pour parler comme les anciens), mériterait plutôt le nom de mort, etla félicité suprême consiste à en être délivré à jamais. Rien ne paraît plus contraire au génie des Hellènes que des conceptions pareilles. Il ne faudrait cependant pas attribuer aux vieux Orphiques ce que nous appelons des croyances spiritualistes, ni se laisser induire en erreur par les interprétations des Orphiques néo-platoniciens. Pour les premiers, le bonheur des élus était un bonheur très matériel. On les a vus dans Pindare se livrer à des exercices de gymnastique et de mu-

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