‹ Études sur l'antiquité grecqueChapitre 67 sur 121 · Pausanias, IV · texte numérisé non relu

Pausanias, IV

20G ÉTUDES Sun l'antiquité grecque.

Athéniens combattre seuls à Marathon, c'est qu'elle avait, dit-il, une guerre contre les Messéniens à soutenir chez elle. Hérodote ne dit rien de cette guerre; il attribue la conduite des Lacédémoniens à un scrupule religieux, et Platon lui-môme fait allusion à ce motif, mais subsidiairement et d'une manière dubitative*. S'il est vrai cependant, ce que Platon raconte lui-même, que le secours envoyé par Sparte arriva dès le lendemain de la bataille, il est clair que la guerre de Messénie n'était pas bien sérieuse alors, et que Texplicalion donnée par Hérodote est la seule qui rende compte d'un si léger retard. Reste cependant le fait incontestable d'une guerre que Sparte eut à soutenir contre la Messénie au commencement du v- siècle.

Le témoignage de Platon suffirait à le mettre hors de doute ; mais je crois qu'Hérodote aussi y fait allusion dans un passage dont on n'a pas encore, que je sache, apprécié la portée. Aristagoras de ^lilet demande un secours au roi de Sparlc; il lui promet une victoire facile sur des Barbares peu aguerris et un riche butin : « Ajournez, lui fait dire l'historien, les batailles contre les Messéniens, adversaires capables de se mesurer avec vous, contre les Arcadiens et les Argieus. Pourquoi leur disputer un petit coin de terre médiocrement fertile et de maigres tributs, quand vous pouvez, sans grand effort, vous

1. Platon, Lois, III, p. 689, E : Ovito; ôï (les Lacédémoniens) 'jnô TE TO'j TCpb; ^lirrrif^vr^'i ovto; tôte tcoXéiao-j y.at £'. Sr, ti O'.îxw/'Uîv à').),o aÙTovJ;, o"j yàp ïij\Lv/,},i'{6\i.Z'/ov, ucTEpoi S" oOv àyr/.ovTOT'/iç èv MapaOwvt [lâxo? yîvofjiîvr,; [j.tâ r,[i.ipi. Cf. Menexène, X : Oûrot 8k

rendre maîtres de toute l'Asie ? * » : « Ajournez les batailles contre les Messéniens », ces mots peuventils viser une guerre terminée depuis plus d'un siècle? Ils doivent se rapporter à un fait contemporain. Nous en conclurons que vers 498, date de l'ambassade d'Aristagoras, la Messénie révoltée tenait tête à Sparte "^ et qu'en 490, à l'époque de la bataille de Marathon, elle était à peu près domptée.

La révolte des premières années du V- siècle n'est donc point tout à fait passée sous silence par Hérodote. Elle n'était pas non plus ignorée des historiens suivis par Strabon dans le passage où il énuraère, après la deuxième guerre de Messénie, une troisième, qui est évidemment la révolte en question, et une quatrième, celle dont parle Thucydide. A entendre M. Schwartz, celle qu'on appelle la deuxième n'aurait rien d'historique ; elle ne reposerait que sur une mauvaise interprétation d'un vers de Tyrtée. Le poète dit que la Messénie a été conquise par « les pères de nos pères », TcaxÉowv Y,u.£T£GOiv ■Kctiiozç. Ou entendait « par nos grands-pères », à tort, d'après MM. Verall et Schwartz; cette locution, assurent-ils, désigne ici d'une manière générale les ancêtres. Sans doute,

1. Hérodote, V, 49 : 'A).Xà ttïoI jj.sv yoip/jç àpa où 7ro),).r|Ç oyok oyxw ypr^n—f^z y.al o'j'ptov (lisez '^ôpwv) (j|j.ixpàiv y p=.6v ègti \j\j.é(x.Q [i-iy^oiç àvaoaXXsffôat upôç t£ Metcitivioui; èovtaç IffoTcaXE'a; y.al 'Ap7.à5aç T£ xal 'Aoyiiryjç, Toïat o'jxe ypyaoC iy6\>.zv6^/ ia~i oùSàv 0'j-£ àpyjpou... TrapÉyov oï tyj; 'Aata; TiâoTi? oipyzv/ z-jizBzéu>ç, à).Xo Tt aîpriTîaÔc.

2. A cette date s'appliquerait bien ce que Platon dit un peu plus haut (p. 692, D) : 'H [ih (la Messénie) -/.al Aa/.ïca;[jLova 6iï/.a>),-j£v ÈTtaji-jvEtv aCiTyj (à la Grèce), 7toÀE[xoûcra a-jt?) (à Lacédémone) -/.ol-x -/.oito;.

l'expression TiaTÉpe; 7]pi£T£ço'. est à double entente; elle peut s'appliquer aux pères proprement dits et aux ancêtres. Mais, à cause de cela même, les mots Trarépwv Y,!Ji.£T£pcov 7raT£p£i; ne peuvent avoir qu'un seul sens, le sens précis de « les pères de nos pères ». Cela est vrai pour le grec comme pour le français. Les anciens avaient bien expliqué ces mots; toute autre explication est inadmissible.

Tyrtée et la guerre d'Aristomène, ô 'AciTTciJi.ivsioç T.ôlejxo;, comme dit Polybe', ne sauraient donc être placés à l'époque des guerres Médiques. Le même raisonnement s'applique au faux Tyrtée de l'hypothèse de M. Schwartz : ceux qui lui prêtèrent les vers en question n'entendirent pas non plus le séparer de la première guerre messénienne par un si long intervalle de temps. Mais cette hypothèse est-elle vraisemblable en elle-même, abstraction faite des arguments que nous avons tirés de l'examen des Élégies ? Des oligarques athéniens, nous dit-on, grands admirateurs de Sparte et de ses institutions, composèrent vers la fin du V siècle un pastiche tout plein du plus ardent patriotisme lacédémonien, et l'attribuèrent à un poète originaire d'Aphidné dans l'Attique, en forgeant à la fois les vers, le nom et la légende de €6 personnage fictif: fiction audacieuse, on en conviendra; les auteurs de pareilles fraudes littéraires sont généralement assez avisés pour s'autoriser d'une tradition quelconque. L'idée de cette fraude a sans doute été suggérée par une conjecture analogue mise

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