‹ Études sur l'antiquité grecqueChapitre 69 sur 121 · Classical Review, XI (1898), p · texte numérisé non relu

Classical Review, XI (1898), p

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Je crois donc que le copiste a sauté quelques lignes après (oGzt. Evidemment je ne puis remplir la lacune que par conjecture : l'orateur pouvait rappeler le fait que je viens de citer ou un autre du même genre. Ensuite, après la lacune, il passe à des faits qui eurent lieu « dans les temps antérieurs », h xoT; £[jL7rpo(7Ôsv /povo'.ç, c'cst-ù-dire longtemps avant les guerres Médiques, et il rapporte l'oracle, l'appel de Tyrtée, le rôle qu'il joua à Sparte. Ainsi complété, le texte de Lycurgue n'offre plus d'incohérence, et il ne contredit plus les vers dans lesquels Tyrtée déclare expressément : « les pères de nos pères » ont conquis la Messénie. Nous continuerons donc de croire que l'auteur des Elégies patriotiques religieusement conservées à Sparte a vécu au vii*^ siècle. Ce fait n"a d'ailleurs rien d'invraisemblable; il est au contraire d'accord avec d'autres faits incontestés. Alors Sparte ne chassait pas encore les étrangers, et n'était pas encore ennemie de tout progrès. Elle appela Terpandre de Lesbos, Thalétas de Crète, d'autres poètes musiciens, dont elle adopta les innovations ; elle laissa Alcman de Sardes instruire les chœurs de ses jeunes filles. C'est à la même époque qu'elle accueillit un autre poète capable de relever le courage de ses guerriers et de les conduire à la victoire '.

[1. J. Béloch vient de publier dans V Hermès, XXXV ;1900), p. 254, sqq., un article dans lequel, s'appuyant sur la leçon des manuscrits, changée par les éditeurs, il essaye d'établir que Léotychidès l'ancien, mentionné par Hérodote, VIII, 131, avait été, lui aussi, roi de Sparte, et que rien n'empêche de croire que Rhianos avait en vue cet ancêtre de son homonyme plus célèbre. Sans connaître mon article du Journal des Savants, il soutient aussi l'authenticité et l'antiquité des Elégies de Tyrtée.]

M. Kenyon est un savant heureux. Après le traité d'Aristote sur le gouvernement d'Athènes et les Mimes d'Hérondas, voilà maintenant les Odes de Bacchylide qu'il a eu la bonne fortune de trouver sous sa main et le mérite de publier dans Vedilio princeps. Il faut remercier M. Kenyon de nous avoir donné tant de trésors littéraires, et de les avoir donnés sans nous faire attendre longtemps : bis dat qui cito dat. Il faut aussi lui rendre la justice qu'il n'a cessé d'étudier, d'apprendre, de perfectionner sa méthode, d'ajouter enfin aux connaissances nécessaires à qui édite pour la première fois de vieux textes. Aussi ceux qu'il nous offre aujourd'hui se présentent-ils sous une forme épurée et presque définitive; le lecteur peut en jouir sans trop d'efforts, et, s'il est arrêté par une difficulté, il en trouve presque toujours la solution dans les notes, dans l'Introduction ou dans l'Index des mots grecs. S'il veut contrôler le travail

1. Journal des Savants, 1898, p. 13 et suiv.. — The poems of Bacchylides, front a papyrus in the Brilish Muséum, edited by Frédéric G. Kenyon, M. A., D. Litt., sold by the Muséum and by Longmans and C», etc. Londres, 1897, lui et 256 pages in-80.

de l'éditeur, il n'a qu'à jeter les yeux sur la page en regard du texte, où la teneur du manuscrit est exactement transcrite, en attendant le volume qui contiendra l'autotype de tout le recueil. Plusieurs hellénistes, la plupart anglais, ont aidé M. Kenyon de leurs lumières; on remarquera particulièrement d'ingénieux suppléments de M. Jebb. M. Blass a remis à leur place quelques fragments de papyrus qui n'avaient pas encore été rapprochés par l'éditeur. Quand le manuscrit fut apporté en Angleterre, il se composait d'environ deux cents fragments, dont quatorze seulement d'une étendue considérable. Déroulés, combinés et rassemblés, ils forment aujourd'hui trois séries, constituant dans leur ensemble vingt pièces plus ou moins complètes. Les fragments détachés, la plupart minuscules, sont au nombre de quarante. Sur les vingt pièces, quatorze sont, ou étaient, des odes triomphales; les six autres sont de petits poèmes roulant sur diverses aventurés de la légende héroïque. Leur intérêt est dans le genre auquel ils appartiennent et qui est nouveau. L'intérêt des Epinikia est dans la comparaison avec Pindare, dont Bacchylide, on le sait, était le contemporain et le rival.

Quand on exhuma le théâtre contemporain de celui de Shakespeare, on vit que son système dramatique ne lui appartenait pas en propre, et qu'il se distinguait de ses rivaux, non par la forme générale de ses pièces, la même chez tous, mais par l'usage que son génie savait faire de conventions traditionnelles. De même pour Pindare. Les odes qu'il com-

pose pour les vainqueurs aux jeux de la Grèce ressemblent à celles de Bacchylide, de Simonide et sans doute aussi d'autres poètes. C'est le même cadre, ce sont les mêmes éléments obligés, les mêmes procédés de composition, les mêmes formes musicales; et c'est précisément à cause de la similitude des formes et des procédés que le génie divers des poètes se marque plus nettement. Nous ne prétendons pas faire dans cet article une étude approfondie de Bacchylide comparé à Pindare ; nous ne voulons présenter que quelques observations, quelques aperçus provisoires. Mais avant d'analyser et de faire œuvre de critique, il nous semble bon de mettre le lecteur en face du poète lui-même, autant du moins que cela peut se faire au moyen d'une traduction. Nous choisissons une des trois odes composées pour Hiéron de Syracuse, le n° III du recueil. Elle a été laborieusement recomposée avec vingt fragments de papyrus ; encore n'est-elle pas complète : deux endroits, l'un de quatre vers, l'autre de huit vers, sont trop mutilés pour permettre une restitution. Cependant l'ensemble de l'ode se dessine nettement, et ce qui en reste nous a paru de toute beauté. Sans doute, il est impossible de rendre en prose française le charme des vers grecs; l'essayer, c'est entamer une lutte inégale où le traducteur est vaincu d'avance. La sonore magnificence du lyrisme grec ne s'imite point, et la périphrase est un pauvre équivalent des belles épithètes composées. Mais si la couleur s'efface, le dessin subsiste, et il y a dans toute vraie poésie un fond qui résiste aux plus mauvais traitements.

Un mot d'introduction. Hiéron remporta en 468 le prix des quadriges à Olympie, victoire qu'il avait vivement souhaitée; Pindare s'était déjà fait l'interprète de cette ambition à la fin de sa 1''-' Olympique (en 472). Ce succès vint consoler le prince dont l'humeur était assombrie par une maladie douloureuse, la gravelle, dont il mourut l'année suivante. Après avoir exaltéla victoire récente, le poète nous transporte de Syracuse, où l'ode est chantée, à Delphes où brillent les^ magnifiques trépieds d'or offerts par Hiéron.

M. Kenyon fait exécuter l'ode à Delphes, et lespremiers vers de la strophe p donnent quelque apparence à cette hypothèse. Mais la fête se célébra évidemment en présence d'Hiéron (le poètelui adresse plusieurs fois la parole), et on n'admettra pas que, souffrant comme il était alors, le prince ait quitté la Sicile^

Quant aux trépieds, ils n'ont aucun rapport avec la victoire récente : comment Hiéron aurait-il remercié le dieu de Delphes pour une couronne obtenue à Olympie? Ils pourraient rappeler des victoires pythiques; mais, à notre connaissance, Hiéron n'a consacré de trépieds d'or à Delphes que de concert avec son frère Gélon, en commémoration de la bataille de l'Himéras. Théopompe le rapportait', et son témoignage vient d'être confirmé par une inscription trouvée à Delphes ^ . Les trépieds y étaient donc depuis assez longtemps ^ quand Bacchylide les vanta. Il ne

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