XI
[2. Voir Homolle, dans Mélanges Weil, p. 20T, sqq.J
[3. Voir cependant les objections de Blass,. 2? édition de-
Bacchylide (1900), p. lvii.]
faut pas s'en étonner. Jusque-là les rois de Lydie seuls avaient envoyé de l'or au temple d'Apollon ; l'or était, à celte époque, encore très rare en Grèce ^; aussi le don du roi de Syracuse témoignait-il avec éclat d'une dévotion qui devait attirer sur lui, comme jadis sur Crésus, la faveur du dieu et lui procurer la gloire proclamée par la muse. Voici maintenant la traduction de l'ode :
Chante Déméter, qui règne sur les fertiles guérets de Sicile, et sa fille couronnée de violettes, chante, ô Clio, dispensatrice de la douce renommée, la course olympique des chevaux d'Hiéron. Niké, la triomphante, et Aglaïa - étaient avec eux quand ils volaient par la carrière près des larges eaux de TAlphée. C'est là qu'ils remportèrent des couronnes pour l'heureux fils de Dinomène. Et le peuple des Achéens s'écria : « Mortel trois fois fortuné ! élevé par Zeus au plus haut rang parmi les Hellènes, il ne veut pas entasser des trésors pour les cacher sous le voile épais de l'obscurité. »
Devant le sanctuaire se pressent les hécatombes : dans les rues, les convives du prince hospitalier. Tout ^ étincelants d'or, les trépieds aux reliefs ciselés brillent devant le temple, dans l'enceinte sacrée où, près de la fontaine Castalie, le peuple de Delphes préside au culte d'Apollon. Honorez le dieu, parez le dieu de vos oflVandes : c'est là le meilleur des ti'ésors. Témoin le souverain des cavaliers de Lydie. Lorsque Sardes, accomplissant l'arrêt de Zeus '*, fut conquise par les guerriers perses, le dieu au glaive d'or,
1. Athénée, /. c. Bacchylide dit dans cette ode même : sôcpooa\)^n^ ù ô ypuaô;, et Pindare : 6 ôè ypyirôç atÔôfASvov Ttîip axe Sia- TTpÉTtst vjxtI (X£";'ivopo; iioyx izlo-j-ryj.
2. J'écris Nîxa et 'Ay/atca par des majuscules. Agla'ia est une des Grâces dont Pindare dit : o-liv yàp ■jjxixcv toc tî -rspirvà y.olï Ta fXuxéa Yt'vETat TrxvTa fSpoToî"; {01., XIV, 5). « Sans elles les plus grands succès n'ont pas de lustre. »
3. Quoique le poète nous avertisse que les trépieds se trouvent à Delphes, loin du lieu où se célèbre la fête, la transition est brusque.
4. V. 26. Je lis : Zr,vb; T£/c[io"jo-ai y.pi'Jitv. Kenyon : y.Tiatv. Jebb : -ii:'/.
Apollon 1 prit Crcsus sous sa f;arcle. Quand fut venu le jour qui ruinait son espoir, le roi n'entendait pas subir la lamentable servitude. Devant les murs d'airain de son palais, il fit dresseï- un bûcher où il monta avec sa fidèle épouse et ses filles aux beaux cheveux. Elles se répandaient en gémissements; lui, tendant les mains vers la voûte éthérée, s'exclama : « Cruel destin, où sont les dieux ingrats? où est le fils de Latone ? La maison d'Alyattes (a péri)... le Pactole (roule des cadavres avec) ses paillettes d'or; arrachées à la clôture du gynécée, les femmes sont traînées ignominieusement.
« Ce que je fuyais, je le recherche : rien ne m'est doux comme de mourir. » Il dit et commanda à un ministre de sa fastueuse maison - d'allumer l'édifice de bois. Les vierges poussèrent un grand cri et jetèrent les bras autour de leur mère : la mort qui se dresse devant les yeu.x est la plus cruelle pour l'homme. Mais, quand la flamme redoutable jaillit brillante de tous côtés, un nuage aux flancs sombres, accouru sur l'ordre de Zeus, éteignit la splendeur du feu. Rien n'est incroyable de ce qu'a résolu la volonté divine. Alors le dieu de Délos enleva le vieillard et le transporta avec ses sveltes filles dans le pays hyperboréen, pour prix de sa piété, puisque aucun mortel ne dédia de plus riches ofl'randes dans l'illustre Pytho ^. Parmi les enfants d'IIellas, nul, ô glorieux Hiéron, ne se vantera d'avoir consacré plus d'or à Loxias *
Espérance, la flatteuse, s'insinue dans le cœur des mortels. Mais le seigneur (de Pytho) dit jadis au fils de Phérès : « Etant mortel, tu dois nourrir une double pensée : peut-être le soleil de demain est-il le seul que je verrai encore, peut-être aussi pourrai-je achever de vivre cinquante ans au sein de l'opulence. Réjouis ton cœur sans blesser la piété : c'est là le plus grand des biens. »
A bon entendeur salut. L'éther profond est à l'abri de la souillure, les eaux de la mer ne croupissent jamais, l'or n'est que pure joie ; mais il n'est pas donné à l'homme que l'âge a
1. Les alinéas de la traduction marquent le commencement d'une autre triade strophique.
2. Le texte porte : -/.où âêpoêarav xéXîUo-sv auTSiv |-JXtvov Sôiiov. Je me trouve embarrassé pour traduire àêpoêxTav, vocable qui désigne peut-être un eunuque royal. Ce n'est pas un nom propre.
3. Écrire, V. 62 : â; à[Y]a6£av [àv]éTV£!X'i£ [IIuôJw, non £7r£7r£[JL'I/£, qui fait un faux sens.
4. Voici comment je complète les vers 63-66 : "Oo-ot [làv 'E),),âô' à'youfftv où'-tç, 1 u> \Lf{(xi'n,-c.. 'lÉpwv, 6£Xr,a£t | [a-jy£Ï]v (7£0 7t>,£tova y^puabv [.VoSi']a ■Ké[i'hcci.
blanchi de recouvrer la verte jeunesse. Cependant la vertu ne perd rien de sa splendeur quand le corps de Fhomme décline, la Muse en prend soin. Hiéron, tu olTris aux regards des mortels les plus nobles fleurs de la richesse. Les belles actions ne sont pas honorées par le silence ; avec vérité on vantera aussi la grâce de l'harmonieux rossijjnol de Céos.
La belle légende, qui est le morceau capital de cette ode, offre aussi un grand intérêt historique. On connaît le récit d'Hérodole : Crésus y monte aussi sur un bûcher, mais c'est par ordre de Cyrus. L'historien ne sait trop comment expliquer qu'un roi de Perse ait infligé un tel supplice à un ennemi vaincu, et cet embarras prouve qu'il ne fait que répéter ce qu'on lui a raconté. La version qu'il suit est évidemment d'origine hellénique: elle est la suite logique du fameux entretien de Solon avec le roi de Lydie ; elle confirme la leçon donnée par le sage. Dans la version lydienne, c'est Crésus lui-même qui fait allumer le bûcher, et il y monte volontairement, comme Sardanapale, à l'exemple de l'Héraklès des Orientaux. On soupçonnait la chose depuis assez longtemps, d'après une peinture de vase qui représente Crésus sur le bûcher, le sceptre en main, une couronne de laurier en tête, offrant une libation aux dieux. Le récit de Bacchylide met hors de doute ce qui avait été jusqu'ici une simple conjecture. Cependant ce récit ajoute à la légende lydienne un dénouement dû à l'imagination grecque. Apollon avait abandonné le roi de Lydie malgré sa dévotion et ses largesses : il s'agissait de justifier le dieu de Delphes. Hérodote s'en tireparlesarguments d'une théodicée compliquée et étrange. L'enlèvement de Crésus, transporté par
ledieu clans une espèce crÉlysée, couronnela légende d'une manière bien plus belle et plus poétique.
Hiéron a sa page dans l'histoire de la Grèce ; sa vie, ses actions, offraient une belle matière à l'éloge des poètes. Il n'en était pas de même de la plupart des autres vainqueurs: c'étaient de simples particuliers, souvent des adolescents ; cette circonstance explique pourquoi le personnage dont le poète célèbre la victoire, et qui semble devoir être le héros de son ode, y tient la plupart du temps très peu de place. On peut cependant noter à ce sujet une différence entre Pindare et Bacchylide : Pindare se borne souvent à une simple mention ; Bacchylide insiste plus longuement sur l'éloge du vainqueur. Voici ce qu'il dit d'Automède de Phlionte, couronné dans les jeux de Némée ' :
Il brillait parmi les athlètes du pentathle comme, au milieu de sa course mensuelle, la pleine lune resplendit entre les étoiles. Telle, sous les yeux de la Grèce assemblée, se dressait sa puissante stature quand il lançait le disque arrondi, quand la branche du sureau feuillu, envoyée par sa main jusqu'à la voûte éthérée, ou enfin l'éblouissanle voltige de la lutte, provoquait les cris du peuple. Ayant ainsi, par sa triomphante vigueur, terrassé les robustes corps de ses adversaires, il revint près des flots écumants de l'Asopos -.
Le n" XIII (XII) célèbre la victoire néméenne de Pythéas d'Égine, enfant (adolescent), vainqueur au pancrace. C'est le môme que Pindare chanta dans sa V*" Néméenne, brillant hommage rendu à la gloire d'Égine et de ses héros légendaires ; mais le jeune