Pindare, Isthm., V
Des deux odes consacrées à des Éginètes, l'une se réduit aujourd'hui à un court fragment; dans l'autre (XIII), Bacchylide se conforme à la loi que Pindare s'était imposée. Nous avons cité plus haut les beaux vers sur Pythéas et la fiancée de ce jeune vainqueur. A ces actualités le poète rattache les souvenirs mythiques par une transition des plus heureuses. Le chœur conduit par celte jeune fille chante la nymphe Endaïs et sa glorieuse postérité, Achille, fils de Pelée, et Ajax, fils de Télamon. Nous voilà en pleine Iliade. Dans un brillant tableau lyrique, le poète a su résumer les péripéties de l'épopée. Nous aurons l'occasion d'en donner plus bas un passage.
On ne trouve guère, dans le présent recueil, de mythe relatif au lieu où la victoire a été remportée. Cependant, au début de la IX'' ode, Bacchylide esquisse à grands traits la légende de la fondation des jeux de Némée par Adraste, le chef des Sept contre Thèbes. Quand le mythe est librement choisi par le poète en dehors des traditions locales, on recherche la raison, la convenance de ce choix. Ce cas se présente deux fois dans les poèmes conservés. On a vu plus haut la légende de Crésus: elle est on ne peut plus appropriée au sujet traité dans l'ode où elle figure. La grande ode composée pour Hiéron (le n" V) contient un récit mythique très développé : il en occupe plus de la moitié. On connaît la tragique légende de Méléagre. Notre poète l'a rendue plus émouvante encore par une mise en scène dont il faut, je crois, lui faire honneur. Héraklès est descendu aux enfers pour chercher Cerbère. Parmi les ombres « errant
sur le bord du Cocyte, comme les feuilles que l'ouragan fait tournoyer sur les vertes pentes de l'Ida », Héraklès aperçoit une image si gigantesque, un guerrier si redoutable dans sa brillante armure, qu'oubliant qu'il est dans le séjour des ombres (et le poète lui-même semble l'oublier un instant), il tend son arc pour se mettre en état de défense. Ensuite la grande ombre raconte elle-même sa mélancolique destinée. Vainqueur des monstres dans la forêt et des hommes sur les champs de bataille, au comble de la gloire, il a senti tout à coup ses forces l'abandonner et sa jeune vie s'éteindre avec le tison fatal allumé par une mère implacable. A ce récit, le fils d'Amphitryon est touché jusqu'aux larmes, lui qui n'avait jamais pleuré. Puis, ayant appris qu'une sœur de Méléagre, digne d'un tel frère par son héroïque beauté, vit sur la terre, il se propose d'épouser cette Déjanire, qui ne lui sera pas moins fatale que le tison le fut à Méléagre.
Wilamowitz ' estime que Bacchylide a gâté la légende mieux racontée par Pindare, qui avait aussi parlé quelque part de la rencontre aux enfers d'Héraklès et de l'ombre de Méléagre. Cependant rien n'autorise à penser qu'à cette occasion Pindare ait raconté la tragique histoire dufilsd'Althœa. D'après le scholiaste de Vlliade^, son récit roulait sur la lutte d'Héraklès contre Achéloos, entreprise, disait le poète, à la demande du frère de Déjanire. Wilamowitz fait àBac-
1. Gôtting. gelehrle Anzeigen, p. 157. Cf. Journal des Savants, 1898, mars, p. 183.