Ammien Marcellin, XXV
dons naturels. Sans doute, il n'a ni l'élévation ni la profondeur de Pindare ; le coup d'aile lui a été refusé, et il a tort de se comparer quelque part à un aigle. Mais Pindare s'est laissé entraîner trop loin par une animosité personnelle, s'il est vrai qu'il visait Bacchylide dans le passage où il parle des corbeaux qui croassent contre l'aigle de Zeus', Bacchylide luimême s'est appelé, dans une de ses odes, le « rossignol de Céos ». Voilà la note juste, le surnom que la postérité peut lui conserver. Pindare dit à un vainqueur digne d'un portrait en marbre : « Je ne suis pas statuaire-. » Cela n'est vrai qu'au pied de la lettre; Pindare sait dresser devant nos yeux la figure d'un Hercule, d'un Jason, d'un Ajax : il a l'imagination plastique. Bacchylide a le don du pittoresque ; si son trait est moins ferme, ses couleurs sont plus variées; il aime les détails descriptifs, et il y excelle ; il affectionne les belles épithètes, il lui arrive même d'en abuser, de les accumuler à satiété. Ajoutons qu'il a de l'agrément, de la douceur, de la sensibilité ; aussi, s'il n'est pas de ces génies qui enlèvent le lecteur de vive force, il le charme toujours et il le touche souvent. Ces qualités lui avaient valu dès son vivant une grande réputation dans les pays grecs, au delà comme en deçà de la mer Ionienne. Le présent recueil atteste, tout incomplet qu'il est, qu'on lui demandait des odes triomphales, non seulement dans son île natale, mais à Phlionte, à Athènes, en Thessalie, à Métaponle. Égine est comme une seconde